Au Yémen, Chibam, surnommée la "Manhattan du désert", menacée par les pluies

Classée au patrimoine mondial de l'Unesco, Chibam, extraordinaire cité de hauts immeubles en terre de l'est du Yémen, est menacée après les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la région.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Vue aérienne de Chibam, la "Manhattan du désert", au Yémen, le 17 octobre 2020 (AFP)

Avec ses gratte-ciels en argile dans un paysage de Grand Canyon, Chibam, ville historique du Yémen surnommée la "Manhattan du désert", a été épargnée par la guerre mais se trouve menacée par les catastrophes naturelles.

Chibam, cité située au centre de la vallée de l'Hadramaout dans le sud-est du pays le plus pauvre de la péninsule arabique, a mal supporté les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le pays entre avril et mi-septembre. Déclenchant des crues, elles ont tué des dizaines de personnes selon les derniers chiffres de l'ONU.

Inscrite en 1982 au patrimoine mondial de l'Unesco comme "plus ancienne cité gratte-ciel du monde", Chibam porte aujourd'hui les stigmates de cette météorologie défavorable. "La ville a été frappée par ce qui ressemble à une catastrophe sans précédent", a dit à l'AFP un responsable local, Abdelwahab Abdallah ben Ali Jaber. Selon lui, au moins quatre maisons de plusieurs étages ont été complètement détruites et 15 autres endommagées sur ce site du XVIe siècle.

Vue aérienne de Chibam, la "Manhattan du désert", au Yémen, le 17 octobre 2020 (AFP)

Les habitants manquent de moyens pour entretenir les façades

Située sur un éperon rocheux, la ville est protégée par un rempart rectangulaire de 330 mètres sur 250 et offre une rare densité urbaine, ses demeures de sept à huit étages n'étant séparées que par d'étroites ruelles.

"Ces sont les toits et les façades qui ont subi le plus de dégâts", explique à l'AFP Hassan Aïdid, directeur de l'Organisation générale pour la préservation des villes historiques du Yémen, une administration publique. Pour protéger les tours en argile, l'enduit de protection des façades doit être refait périodiquement mais "les habitants n'ont pas pu le faire en raison du manque de moyens et de la guerre", souligne-t-il.

Chibam n'est pas une ville musée mais une cité habitée depuis l'antiquité, rappellent les spécialistes. Aux abords de la vallée inondable de l'Hadramaout où prospère une vaste oasis, Chibam est restée loin du conflit opposant depuis 2014 le gouvernement aux rebelles houthis qui se sont emparés de la capitale Sanaa et d'une bonne partie du nord du pays. La guerre entre le gouvernement, appuyé depuis 2015 par une coalition militaire emmenée par l'Arabie saoudite, et les rebelles soutenus par l'Iran a dévasté le pays, faisant des dizaines de milliers de morts et provoquant la pire crise humanitaire du monde, selon les Nations unies.

Un programme de restauration pour parer au plus urgent

Théoriquement sous l'autorité du gouvernement, Chibam n'a pas moins souffert des conséquences indirectes du conflit avec un ralentissement de l'activité économique et une baisse des dépenses publiques. Le programme de conservation tente cependant de parer au plus urgent, indique Hassan Aïdid. Une opération de restauration de 40 demeures est en cours avec l'assistance de l'Unesco pour un montant équivalent à 194 000 dollars (environ 166 000 euros), assure-t-il.

Un riche homme d'affaires saoudien, originaire de Hadramaout, cheikh Abdallah Ahmed Baqchane, a offert l'équivalent de 54 000 dollars (46 200 euros) pour réparer les dégâts provoqués par les dernières pluies. Cet argent n'a pas encore été utilisé, affirme Barak Baswitine qui dirige une association spécialisée dans la restauration des bâtiments en argile. "Le travail est lent car nous nous heurtons à certains obstacles comme le manque de main-d'oeuvre spécialisée et le retard dans le paiement des salaires", dit-il à l'AFP à propos de cette opération pilotée par la province de l'Hadramaout et la Caisse de développement social, un organisme gouvernemental.

Seyoun et Tarim également menacées

Chibam, tout comme deux autres villes historiques yéménites, sont des témoins vivants de l'architecture en argile de l'Hadramout qui a été le berceau de nombreuses civilisations anciennes.

Seyoun, avec son grand palais blanc considéré comme le plus imposant bâtiment en argile de la péninsule arabique, se trouve à seulement une vingtaine de kilomètres à l'est de Chibam. Le palais a été endommagé par la pluie et les responsables locaux ont lancé un appel à l'aide pour la restaurer.

A 55 km à l'est de Chibam, on trouve aussi la cité de Tarim qui était le centre théologique et universitaire de Hadramout. Elle est connue pour ses 365 mosquées dont celle d'Al-Mehdar, dominée par un minaret d'argile de 46 mètres, le plus élevé du Yémen.

Les pluies torrentielles ont également endommagé de nombreux sites inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco à Sanaa, la capitale du Yémen.

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