Des Vénus aux peintures rupestres : la richesse et l'universalité de l'art préhistorique au Musée de l'Homme

A travers une centaine d'objets et une évocation très réussie des peintures rupestres, le Musée de l'Homme nous plonge dans l'art de la préhistoire, un art à part entière et universel, nous dit l'exposition (jusqu'au 22 mai 2023).

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France Télévisions Rédaction Culture
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Antilope peinte à l'estompe dans la grotte de Burley (Afrique du Sud)  (© Jean-Loïc Le Quellec)

Dans le monde entier, les Homo sapiens, il y a des dizaines de milliers d'années ont produit des œuvres d'art exceptionnelles, des gravures et peintures sur les parois des grottes et des falaises, ou bien des objets. Leurs auteurs sont des artistes à part entière, nous montre une magnifique exposition du Musée de l'Homme, qui souligne le côté universel de l'art des temps très anciens.

On découvre d'abord une centaine d'objets provenant de l'univers de l'art paléolithique européen, "des chefs-d'œuvre originaux", souligne Mathilde Beaujean, co-commissaire de l'exposition. La présentation en vitrine de ces objets, outils décorés ou plaquettes gravées, est classique. Dans cette partie de l'exposition, "on a fait le choix de ne pas mettre du tout de dispositif numérique à côté parce qu'on trouvait important d'avoir un face-à-face avec ces œuvres, que le regard ne soit pas perturbé", explique-t-elle.

On est accueilli par une représentation humaine, un rare profil gravé dans une plaquette de calcaire, trouvé en 1937 dans la grotte de La Marche (Vienne). La figure humaine est peu présente en termes quantitatifs dans l'art préhistorique, explique Eric Robert, préhistorien, maître de conférences au Musée national d'Histoire naturelle et co-commissaire de l'exposition. Ce qui ne veut pas dire qu'elle n'a pas d'importance.

La Vénus de Laugerie-basse (Dordogne), dite "impudique" (© MNHN / JC DOMENECH)

Une dizaine de Vénus

En témoignent les fameuses "Vénus", statuettes souvent minuscules produites en grand nombre dans toute l'Europe du paléolithique. Une dizaine sont réunies autour de la fameuse Vénus de Lespugue, découverte en 1922 en Haute-Garonne. Un peu plus grande que les autres (14,7 cm), celle-ci présente des rondeurs particulièrement spectaculaires. Conservée dans les collections du Musée de l'Homme, elle n'avait pas été montrée depuis l'exposition du Centre Pompidou en 2019. Elle est présentée couchée pour des raisons de conservation. Cassée par un coup de pioche en plusieurs fragments lors de sa découverte et reconstituée ensuite, elle est particulièrement fragile.

On distingue deux styles différents pour ces "Vénus". Un premier groupe, de l'époque gravettienne (entre -34 000 et -26 000 ans). "Elles présentent alors des formes plus marquées au niveau des seins et du bassin, plus affinées au niveau de la tête ou des jambes, suivant une structure en losange qui se décline de façon assez proche sur l'ensemble de l'Europe", ce qui laisserait penser qu'il y a eu partage à travers le continent, note Eric Robert. 10 000 à 15 000 ans plus tard, les Vénus magdaléniennes sont plus stylisées et plus allongées, comme la Vénus dite "impudique", trouvée en Dordogne en 1863.

L'interprétation de l'art préhistorique est difficile et on ignore si ces figures étaient des portraits ou des symboles de féminité, de fécondité. Les hommes préhistoriques aimaient aussi représenter les animaux, des animaux choisis, qui ne reflètent pas forcément la diversité du vivant, ce qui laisse penser que certains avaient une valeur symbolique forte.

Anthropomorphes (dont une femme et deux archers) et antilopes, Brandberg (Namibie) (© Jean-Loïc Le Quellec)

Une plongée dans l'art pariétal

La deuxième partie de l'exposition, consacrée à l'art pariétal et rupestre est particulièrement intéressante, elle nous plonge littéralement dans l'univers de l'art préhistorique à travers le monde, pour nous montrer à quel point il est universel. Puisqu'on ne peut pas déplacer les cavernes, elles sont évoquées à travers des images et des dispositifs numériques très réussis.

Des milliers de sites existent, dans tous les continents, comme nous le montrent d'abord les projections qui présentent l'environnement naturel d'une sélection de lieux, des falaises de Huashan en Chine à la Serra da Capivara au Brésil en passant par le site de Bulu Sipong à Sulawesi (Indonésie) ou la cave de Niaux en France.

Puis une installation met l'accent non seulement sur l'universalité de la présence de l'art préhistorique mais aussi sur celle des sujets qu'il aborde. Dans un espace évoquant les parois de la caverne, constitué de facettes, sans autre commentaire que le pays d'origine, 200 images sont projetées par thèmes, successivement. Elles viennent du Soudan, de Russie, du Tchad, de Corée, de Norvège ou bien encore d'Australie ou du Chili. Elles nous montrent que partout dans le monde, à toutes les époques, on trouve quatre thèmes récurrents : les mains, les figures humaines, les animaux et les signes géométriques.

"L'idée était simplement d'amener à voir, à découvrir, à apprécier sans avoir besoin d'en dire plus. Parce que l'image reste un lien entre nos humanités, qui facilite la compréhension et le dialogue. Pas besoin d'en dire beaucoup pour qu'on ressente naturellement des choses face aux images, même si elles font partie d'univers très différents du nôtre", explique Eric Robert.

Exposition "Arts et Préhistoire" au Musée de l'Homme, le "Bison aux cupules" de la Grotte de Niaux (France), réalisée à partir de quatre petits creux naturels formés par des gouttes d'eau dans l'argile du sol. (© MNHM 6 J.C. DOMENECH)

Une utilisation remarquable du volume et du contexte

Selon le contexte bien sûr, on a des styles différents qu'un dispositif numérique en forme de jeu permet d'identifier. On peut voir aussi différentes façons de représenter un cheval, animal très présent dans les grottes. Voir comment un espace vide entre les pattes, par exemple, peut donner une sensation de volume.

Le plus impressionnant, ce sont quatre projections en 3D et à l'échelle réelle qui nous montrent comment les artistes préhistoriques ont su utiliser un site naturel existant, le relief d'une paroi, un dessin qui s'y esquissait déjà, pour créer une œuvre et suggérer des effets de volume et de perspective. A Itxerri, au Pays basque espagnol, il a suffi de graver un œil, un bec et quelques plumes pour souligner un relief qui très naturellement évoquait la forme d'un oiseau.

Remarquable aussi, l'utilisation dans la grotte Chauvet (Ardèche) de l'angle de deux parois où a été représenté un bison : on voit la tête de face sur un côté et le corps file sur l'autre, dans un effet de perspective. "Si vous vous déplacez, vous pouvez le suivre et vous avez l'impression que le bison vous suit dans votre appréhension de la paroi", commente Eric Robert. "L'utilisation de ces volumes et de ce contexte est une des dimensions extrêmement prégnantes dans les arts de la préhistoire et notamment dans le plus ancien, l'art paléolithique", souligne-t-il.

Louise Bourgeois, "Femme" (© Courtesy Galerie Karsten Greve, Paris, Koln, St Moritz - C. Burke, New York - The Easton Foundation)

L'art contemporain nourri d'art préhistorique

Sur le balcon du Musée de l'Homme l'exposition convie l'art contemporain, autour du centenaire de la découverte de la Vénus de Lespugue, pour nous faire voir à quel point les artistes ont toujours été fascinés par l'art de nos lointains ancêtres. Avec Louise Bourgeois, Brassaï, Jean Arp, Muriel Décaillet…

A partir de février 2023, une troisième salle sera consacrée à Picasso. Une quarantaine de peintures, sculptures, dessins, céramiques et galets gravés montreront comment la Préhistoire a nourri l'œuvre du maître espagnol du XXe siècle.

Arts et Préhistoire
Musée de l'Homme
Place du Trocadéro, Paris 16
Tous les jours sauf le mardi, le 25 décembre, le 1er janvier, le 1er mai, 11h-19h
10 € / 13 €
Du 16 novembre 2022 au 22 mai 2023

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