Découverte d'une petite Vénus paléolithique exceptionnellement préservée sur des fouilles à Amiens

Une statuette féminine de 4 cm de haut en craie datant du paléolithique a été trouvée lors de fouilles à Amiens. Elle est jugée "exceptionnelle" par les archéologues qui l'ont exhumée.

Vénus gravétienne aux cheveux, de face, de dos et de profil, Amiens-Renancourt, 2019
Vénus gravétienne aux cheveux, de face, de dos et de profil, Amiens-Renancourt, 2019 (© STEPHANE LANCELOT, INRAP)

Une statuette paléolithique, de la série appelée "Vénus de Renancourt", a été découverte dans un état exceptionnel de conservation en juillet dernier dans un gisement préhistorique à Amiens (nord de la France). Elle constitue un rare témoignage de l'art gravettien caractéristique des chasseurs-cueilleurs entre 28 000 et 22 000 ans avant notre ère en Europe, a révélé l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) mercredi 4 décembre.

"Comme toutes les belles découvertes, on l'a trouvée dans les derniers jours de fouilles, sur les derniers mètres carrés", a raconté Clément Paris, directeur des fouilles pour l'Inrap, lors d'une conférence de presse.

Haute de 4 centimètres, cette nouvelle "Vénus de Renancourt" est sculptée dans la craie. Avec ses attributs féminins (fessiers, cuisses, seins) hypertrophiés, son visage sans traits encadré par une remarquable coiffe quadrillée, elle vient faire écho aux célèbres dames à la capuche de Brassempouy (Landes, sud-ouest de la France) et de Willendorf (Autriche), aux canons esthétiques semblables, a souligné l'Institut national de recherches archéologiques préventives. Elle rappelle aussi la célèbre Vénus de Lespugue (Haute-Garonne).

La dernière d'une série de 15 statuettes

Cette statuette jugée "exceptionnelle" est la dernière d'une série de 15 statuettes découvertes depuis le démarrage en 2014 du chantier de fouilles programmées sur le site amiénois de Renancourt. La nouvelle Vénus est la mieux conservée : c'est la seule qui a été retrouvée entière.

Des chasseurs-cueilleurs nomades vivaient là, en campement. On était alors en pleine période glaciaire - le glacier scandinave se trouvait à une centaine de kilomètres seulement de la Somme - et les populations auraient profité d'une "micro-amélioration climatique" pour s'installer dans ces paysages steppiques peuplés de mammouths, de rhinocéros laineux, de lièvres...

L'habitat se caractérise par une concentration de vestiges "parfaitement bien conservés" par le limon, à 4 mètres sous le sol actuel : ossements d'animaux, outils, parures . "On avait jusqu'ici très peu de sites dans le nord de la France qui pouvaient se rattacher à cette période", a expliqué lors d'une conférence de presse Clément Paris, de l'Inrap, qui dirige les fouilles.

Bientôt dans les manuels scolaires ?

Le site d'Amiens-Renancourt est un des rares témoignages de la présence de l'Homme moderne (Homo sapiens) dans cette région.

Jusqu'en 2014, une quinzaine de statuettes sculptées par les Gravettiens avaient été trouvées - la dernière fouille remontait à 1959. "En quelques années on a doublé le nombre de statuettes", qui sont désormais une trentaine en France, et une centaine sur toute l'Europe, des Pyrénées à la Sibérie.

A quoi servaient ces statuettes ? L'hypothèse la plus probable est celle d'un atelier d'objets fabriqués sur place, puisque les statuettes ont été retrouvées en série, comme d'autres vestiges du gisement. Et elles sont accompagnées de plusieurs milliers de fragments de craie dont certains semblent être des déchets de fabrication.

Que représentait cette Vénus ? Là aussi il n'y a que des suppositions, mais le plus probable est qu'elle était "une expression symbolique de la femme et plus particulièrement de la fécondité", avance Clément Paris.

"C'est le genre de document que l'on va retrouver dans les manuels scolaires", estime pour sa part Dominique Garcia, le président de l'Inrap.