"Calvin Russell, c’était une voix magnifique" : le bluesman français Manu Lanvin rend hommage à sa musique avec ses invités Axel Bauer, Charlélie Couture, Popa Chubby

Grand admirateur du songwriter américain décédé en 2011, avec lequel il a joué à plusieurs reprises, le bluesman français a répondu à nos questions.
Article rédigé par Jean-François Convert
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 4 min
Manu Lanvin et Calvin Russell sur scène en 2009 (Eric Martin)

Déjà 13 ans que Calvin Russell nous a quittés. L'artiste texan disparu en 2011 a marqué de son empreinte singulière la scène country, rock et blues pendant une vingtaine d'années. En 2009 il enregistrait son dernier album Dawg Eat Dawg avec Manu Lanvin. Une rencontre qui a marqué à jamais le bluesman français, au point que ce dernier a souhaité lui rendre hommage avecTribute to Calvin Russell, un disque où il a convié de nombreux invités parmi lesquels son père Gérard Lanvin, Neal Black, Axel Bauer, Charlélie Couture ou encore Popa Chubby. 

"Calvin, c’était une voix magnifique", explique Manu. "Celle du peuple, des opprimés, des condamnés, des oubliés de la société et parfois même celle des rebelles, tellement il se sentait aussi en marge de la société et résolument contre l’autorité et le pouvoir abusif." Et quand on lui demande ce que le Texan lui a transmis, la voix du français sonne avec une grande sincérité : "De sortir parfois de l’ego, du "moi je"  tellement récurant dans les textes et la complainte du bluesman. S’intéresser aux autres que soi, aux anomalies du monde et les dénoncer fermement, c’est aussi une des possibilités qu’offrent les mots mis en musique."

Manu Lanvin et Calvin Russell sur scène en 2009 (Calvin Russell)

Alors forcément, Manu Lanvin n'a de cesse de vouloir perpétuer la musique de son ami disparu. "Il n'y a pas un jour où après un concert on ne me parle pas de notre collaboration qui m'a porté chance et a incontestablement lancé ma carrière avec le groupe Devil Blues." Il ajoute : "Alors, produire cet album hommage, c'était ma manière aujourd’hui de le remercier et de m'avoir montré le chemin."

C'est un événement en 2022 qui a véritablement lancé l'idée du projet de cet album tribute. La salle normande La Traverse de Cléon demande au chanteur-guitariste d'organiser un concert hommage à Calvin Russell avec des invités. Tous les billets se vendent en moins de deux jours. "La soirée était très émotionnelle" raconte Manu Lanvin. "Je me suis rendu compte que plus de 10 ans après sa disparition, la musique de Calvin était encore ancrée dans le cœur du public."

Pour rendre hommage à Calvin Russell, Manu Lanvin décide de s'entourer d'invités. Il explique : "Lorsque je suis rentré en studio avec mes musiciens pour enregistrer toutes les bases rythmiques des titres que je voulais pour cet album hommage, les voix et les artistes que j'idéalisais se sont imposés à moi de manière évidente. Il ne me restait plus qu’à les convaincre un à un." C'est ainsi qu'on retrouve un casting cinq étoiles sur le disque : Hugh Coltman, David Minster, Beverly Jo Scott, Johnny Gallagher, Théo Charaf, Neal Black, Charlélie Couture, Craig Walker, Popa Chubby, Haylen, Fred Chapellier, Gérard Lanvin, et Axel Bauer.

Les reprises transpirent l'esprit du songwriter. Par exemple, si Charlélie Couture reprend à son compte la philosophie du Texan "Trop vieux pour grandir maintenant" sur Too Old To Grow Up Now, c'est pour faire suite au morceau précédent où s'exprime la thématique du temps qui passe,Time Flies superbement interprété par Neal Black.

Le temps file, mais la musique reste, les mots de Calvin Russell aussi. Car au milieu des guitares qui alternent son gras et pureté acoustique, on entend l'américain parler, chose peu courante dans un album tribute. "Oui, j’avais besoin de sentir mon pote avec nous sur cet album et garder sa voix tellement apaisante comme référence et comme lien entre les chansons" confirme Manu Lanvin.

Il précise : "J’ai pu récupérer les derniers mots qu’il a confiés lors d’un documentaire qui se tournait dans mon studio pendant les enregistrements de son dernier album "Dawg eat dawg".  Ce documentaire n’a jamais pu voir le jour car Calvin est tombé malade avant que ce projet ne puisse se concrétiser. Il y parlait de la genèse de certaines chansons mais aussi de certaines anecdotes de vie tellement craquantes comme elles sont racontées, que je n’ai pas pu m’empêcher d’en sélectionner certaines pour le tribute."

Le guitariste Nikko Bonnière, Calvin Russell et Manu Lanvin en 2009 (Eric Martin)

Un tribute très fidèle à l'œuvre et aux visions de Calvin Russell. Beverly Jo Scott reprend Crossroads que le Texan jouait en pensant forcément à Robert Johnson, le jeune Théo Charaf chante le désespoir de l'américain dans Nothing can save me, et Gérard Lanvin dialogue avec son fils sur la morosité ressentie dans une cellule de 5M2, mais en gardant une note d'espoir à travers la musique qui permet de s'évader mentalement. Un texte adapté en français, tout comme celui d'Axel Bauer avec Soldier qui clôt l'album.

Et même si Johnny Gallagher exprime la tristesse de celui qui considérait "Trouble" ("problème") comme son deuxième prénom, Popa Chubby rappelle que la musique est là pour nous sauver dans All we got is rock'n'roll. S'échapper de sa cellule, de ses démons, grâce au blues et au rock, c'est tout l'art et les tripes de Calvin Russell qui sont partagés dans cet album hommage d'une grande sincérité.

La pochette de l'album "Tribute toCalvin Russell" (Gel Prod / Pias)

Tribute To Calvin Russell est sorti le 7 juin (GEL PROD / PIAS)

Manu Lanvin sera en concert :

  • le 30 juin à Bron (69)
  • Le 3 juillet à Jazz à Vienne (38)
  • Le 5 juillet à Cognac Blues Passion (16)
  • Le 19 juillet au Havre (76)

Retrouvez toutes les dates sur le site officiel

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