30 ans de Nevermind de Nirvana : "Les gamins de 15-16 ans se sentent proches de Kurt Cobain, un petit blondinet un peu mal dans sa peau"

Kurt Cobain, un artiste qui a réussi à "parler à l'oreille" des adolescents, juge Isabelle Chelley, autrice du "Dictionnaire des chansons de Nirvana".

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Radio France
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Kurt Cobain du groupe Nirvana à l'Astoria Theater à Londres, le 5 novembre 1991. (RUDI KEUNTJE/GEISLER-FOTOPRESS / GEISLER-FOTOPRESS)

Avec Nevermind, "Kurt Cobain a réussi à faire une combinaison parfaite du nerf et de la mélodie", a affirmé vendredi 24 septembre sur franceinfo Isabelle Chelley, journaliste au magazine Rock&Folk, autrice du Dictionnaire des chansons de Nirvana, alors que ce deuxième album mythique de Nirvana est réédité à l'occasion des 30 ans de sa sortie.

Disparu à l'âge de 27 ans, Kurt Cobain a réussi à "parler à l'oreille" des adolescents de leur "angoisse existentielle, de leurs tourments" en étant "dans ce questionnement permanent, dans l'émotion". "Pour toujours il restera adolescent", assure Isabelle Chelley.

franceinfo : Pourquoi est-ce que Nevermind est considéré comme l'un des plus albums les importants dans l'histoire du rock ?

Le facteur principal est qu'il a été composé par quelqu'un qui est à la fois un fan des Pixies, des Meat Puppets, de toutes sortes de groupes de punk assez inconnus, mais qui aime aussi les Beatles, Kiss, qui aime plein de groupe très pop. Kurt Cobain a réussi à synthétiser deux pôles qui ont toujours plu au grand public, des choses assez distordues, du rock, des grosses guitares, des grosses batteries, mais aussi des mélodies très accrocheuses, des mélodies que l'on peut reprendre en chœur. Il a réussi à faire une combinaison parfaite du nerf et de la mélodie.

Est-ce que Nevermind a ringardisé ce qu'il se faisait à l'époque ?

A l'époque, il y a beaucoup ce que l'on appelle le courant Hair Metal, un mouvement basé à Los Angeles. Ces groupes, ce sont des mecs avec des espèces de petits pantalons en strass léopard, et avec des énormes crinières. Ils ont des permanentes de caniche avec beaucoup de laque. Les chansons parlent de draguer des filles, de prendre de la drogue, de prendre de la drogue pour draguer les filles. Et Nirvana arrive et parle d'angoisse existentielle, de tourment adolescent. Des choses pas très dôles, mais les gamins de 15-16 ans qui écoutent ça se sentent plus proches de Kurt Cobain, un petit blondinet un peu mal dans sa peau, torturé, qui a des jeans déchirés trop grands, des vieux tee-shirts, des chemises de bucherons. Ils se sentent plus proches de lui que de ces gars sur maquillés qui ne ressemblent pas à quelqu'un qu'ils peuvent croiser dans la rue. On a tous été au lycée avec des Kurt Cobain.

Nevermind est devenu multigénérationnel. Mais est-ce que les jeunes de 2022 ont la même rage, les mêmes tourments que ceux d'il y a 30 ans ?

Il y a la figure de Kurt Cobain, qui se suicide à 27 ans, c'est forcément quelque chose qui marque. Ce serait un mec de 50 ans maintenant, il n'aurait peut-être pas ce rayonnement. Ce serait une figure un peu paternelle, de grand frère. Là il restera ce gars qui leur parle dans l'oreille, qui parle de se poser des questions sur ce que l'on veut dans la vie, sur sa sexualité, mais de manière très écorchée, très adolescente. Pour toujours il restera adolescent. Kurt Cobain est dans ce questionnement permanent, dans l'émotion. Ses paroles sont souvent assez décousues, elles racontent des histoires. Mais à la fois il y a des bribes de phrases assez surréalistes au milieu. On a l'impression qu'il les débite au moment où il les invente, que c'est un gars qui se confie à nous de manière un peu brute, au fil de son émotion.

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