Réalisateurs, mixeurs, paroliers... ces oubliés des Victoires de la musique

Comme tous les ans depuis longtemps, les grands oubliés des Victoires de la Musique seront ceux qui oeuvrent dans l'ombre des artistes sans être récompensés pour leur travail essentiel, les réalisateurs, arrangeurs, mixeurs, paroliers, ingénieurs du son… L'idée d'une soirée off, entre gens de la profession, pour leur décerner des prix, fait son chemin.

Fischbach aux 33e Victoires de la musique, le 9 février 2018
Fischbach aux 33e Victoires de la musique, le 9 février 2018 (Thomas Samson / AFP)
Dominique Blanc-Francard, Andy Scott, Patrice Cramer, Mick Lanaro, Michel Coeuriot, Jannick Top... Ces noms sont pour la plupart inconnus du grand public. Pourtant, dans l'industrie du disque, ils sont incontournables. Ces réalisateurs, arrangeurs, ingénieurs du son, musiciens de studio sont parmi les rares à avoir été récompensés dans le cadre des Victoires, de façon épisodique, de la première édition en 1985 à la huitième en 1993. Et une fois de plus, ils ne le seront pas cette années, à la soirée des Victoires qui aura lieu à la Seine musicale le vendredi 8 février (la soirée sera retransmise sur France 2).                                        
 
La fabrication d'une chanson requiert d'autres participants au rôle tout aussi important comme le mixeur, le directeur artistique et évidemment le parolier, dont on ne compte plus les belles plumes en France, d'Étienne Roda-Gil à Jean-Loup Dabadie en passant par Jean Fauque. Aucun, pourtant, n'a jamais été récompensé pour ses textes.
 
"Cette absence de reconnaissance est une aberration totale", déplore Frédéric Lo qui composa et réalisa à lui tout seul "Crèvecoeur", le chef-d'oeuvre de Daniel Darc en 2004, et qui a coréalisé quelques titres de l'opus d'Alain Chamfort, "Le désordre des choses", en lice cette année dans la catégorie "album de chansons".

Les Victoires, c'est une émission de télévision

"Si on prend les César, c'est la soirée du cinéma et la cérémonie est diffusée à la télévision. Les Victoires, ce n'est pas la soirée de la musique. C'est une émission de télévision. Tant que ce n'est pas la soirée de la musique, on n'aura aucune place. La preuve, c'est qu'on n'est même pas invités", souligne-t-il.
 
"Et pour finir, on n'est pas cités. En 2005, quand Alain Bashung a obtenu la Victoire des Victoires pour 'Fantaisie Militaire', il n'a remercié ni Jean Fauque, ni Les Valentins, ça fait mal. Le truc qui est dingue, c'est la fragilité de certains artistes qui croient que ça leur retirera un truc s'ils mentionnent les autres."
 
"J'ai déjà eu vent de cette explication, mais je ne l'ai jamais entrevue moi-même", affirme pour sa part Pierre-Dominique Burgaud, auteur de plusieurs chansons pour Alain Chamfort ou Johnny Hallyday et pour qui ces métiers de l'ombre ne peuvent pas tous bénéficier d'un même traitement.

Le chemin est grand entre la maquette et la chanson terminée

"Pour mon métier de parolier, je ne trouve pas ça scandaleux qu'il n'y ait pas de récompense, avance-t-il. J'ai l'impression que le réalisateur est plus important. Le chemin parcouru est souvent très grand entre une maquette et une chanson terminée. À ce titre, ce travail de transformation mérite d'être récompensé."
 
Pour l'inventeur du "Soldat Rose", successivement mis en musique par Louis Chedid, Francis Cabrel et la famille Souchon, la difficulté tient au fait que les mots font corps avec la musique.           
 
"Prenons le Nobel de littérature de Bob Dylan : peut-on sortir un texte d'une chanson et le juger tel quel ? Alain Souchon dit souvent : 'J'ai écrit la moitié d'une chanson, l'autre moitié c'est la musique'", étaye Burgaud qui a toutefois son idée pour récompenser un parolier.
 
"On pourrait voter pour les paroles d'une seule chanson parmi dix en lice. Le principal bienfait est que ça mettrait la lumière sur certains titres", autres que ceux pour lesquels vote le public, propose-t-il.

"On pourrait organiser une soirée off, sans la télé"

La cérémonie des Victoires, pendant trois heures, donne surtout la part belle aux performances live, ce qui laisse peu de place pour ajouter des remises de prix aux treize prévues.
 
"On pourrait organiser une soirée off. Sans la télé, juste entre nous. Ce ne serait pas très compliqué à monter, par exemple la veille des Victoires, autour d'un repas avec toute la profession", suggère Frédéric Lo qui sortira le 15 février, son 3e album "Hallelujah".
Une idée qui germe déjà du côté des Victoires. "Ça doit pouvoir faire l'objet d'une autre cérémonie, pas forcément télévisée. C'est une idée qu'on aimerait vraiment voir se concrétiser l'année prochaine", abonde la présidente Natacha Krantz-Gobbi, pour qui "les prix sont importants pour le moral des troupes".