Le son nostalgique de la city-pop japonaise des années 1970-1980 revient à la mode

Inspirée du rock, de la soul et du R&B, la city-pop japonais fait fureur chez les jeunes Nippons, qui s'arrachent les vieux vinyles

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France Télévisions Rédaction Culture
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Des albums de "city-pop" japonaise des années 1970-1980, dans les mains du DJ Kei Notoya (6 février 2022) (PHILIP FONG / AFP)

Tel Liyanto n'était pas encore née au moment du boom des années 1980 au Japon, mais elle adore la "city pop", un genre musical qui faisait fureur à l'époque et que de jeunes fans du monde entier ont sorti de l'oubli. Ces tubes glamour ont été la bande-son du miracle économique et technologique du Japon, et étaient largement influencés par le soft rock, la soul et le funk américains.

Signes du retour en grâce de la city pop, l'artiste canadien The Weeknd a recyclé la mélodie du titre de 1983 Midnight Pretenders de Tomoko Aran pour la chanson Out of Time de son dernier album, et des maisons de disques s'empressent de ressortir des vinyles de ce courant musical.

"C'est comme le disco : un son nostalgique, mais aussi moderne", explique Tel Liyanto, une Indonésienne de 27 ans, qui travaille pour une agence de communication, en dansant sur des sons de city pop dans un bar de Tokyo. "J'écoute ça quand je danse, j'écoute ça quand je me détends", dit-elle à l'AFP.

Un renouveau amplifié par YouTube

Parti de cercles confidentiels de musique en ligne, le renouveau a été amplifié par l'algorithme de YouTube qui repère une chanson quand elle est aimée et partagée, et la recommande ensuite dans le monde entier. Les titres les plus populaires, comme Plastic Love de Mariya Takeuchi, comptent plusieurs dizaines de millions de vues sur YouTube. La ligne de basse funk et la flamboyante section de cuivres de cette chanson évoquent l'allégresse de Club Tropicana de Wham!, mais les paroles japonaises racontent une toute autre histoire, celle d'un coeur brisé.

Kei Notoya, un DJ japonais de 33 ans, a été ensorcelé par la city pop dès qu'il l'a entendue pour la première fois lors d'une fête universitaire. Il a depuis collectionné environ 3 000 disques du genre, dont certains se vendent en quelques secondes sur sa boutique en ligne Tokyo Condition. "La musique japonaise de l'époque copiait beaucoup le rock américain, la soul, le R&B", explique-t-il à l'AFP. "Ça sonne frais mais, en même temps, c'est familier. Les gens qui n'étaient pas nés peuvent ressentir l'énergie, l'atmosphère des années 1970 et 1980, en écoutant ces chansons."

Nombre de perles à redécouvrir

Et si le buzz a incité les maisons de disques japonaises à mettre en ligne une plus grande partie de leur ancien catalogue sur les plateformes de streaming, le nombre considérable de perles restant à redécouvrir maintient l'intérêt pour ce genre, selon le DJ. Il se vante de "faire de nouvelles trouvailles chaque semaine" chez des disquaires d'occasion, et a sorti une compilation, Tokyo Glow, en décembre.

Gary Ieong, copropriétaire du magasin de disques White Noise Records à Hong Kong, explique que si les fans préfèrent rechercher les originaux de city pop, la réédition vinyle de Plastic Love a été "très populaire" dans sa boutique. Les jeunes qui ont écouté le titre sur YouTube veulent acheter sa réédition "comme souvenir, ou comme œuvre d'art", dit-il à l'AFP.

La city pop est également populaire sur TikTok, où les fans associent leurs morceaux préférés à des bribes de vieux dessins animés japonais, ou se filment en train de danser avec des vêtements des années 1980.

Quelque chose de triste

Mais au-delà de l'amusement, les nouveaux auditeurs de city pop sont également attirés par "l'élément de mélancolie qui s'y cache", souligne Patrick St. Michel, un critique musical installé à Tokyo. "C'est quelque chose qui se glisse dans toutes les chansons de city pop et qui leur confère une certaine viralité. Elles dégagent quelque chose de triste aussi, ce n'est pas de l'hédonisme pur." Cependant, les premiers lanceurs de tendances qui ont commencé à faire revivre la city pop au début des années 2010 sont déjà passés à autre chose, comme chasser des pépites des années 1990, selon Patrick St. Michel.

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