Fabien Gabel, des débuts émouvants à la direction d'orchestre de l'Opéra Bastille pour ce fils et petit-fils de musiciens

Élevé au sein d'une famille de musiciens, le chef de 47 ans a fréquenté dès son plus jeune âge les coulisses et la fosse d'orchestre de l'Opéra de Paris. Il dirige actuellement une série de représentations de "Carmen" à l'Opéra Bastille, jusqu'en février 2023.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le chef d'orchestre français Fabien Gabel le 21 novembre 2022 à Paris (JOEL SAGET / AFP)

Il avait huit ans quand son père trompettiste l'a emmené dans la fosse d'orchestre de l'Opéra de Paris, où son grand-père maternel était violoncelliste. Quatre décennies plus tard, le chef d'orchestre français Fabien Gabel fait ses débuts au pupitre de la prestigieuse maison. Des débuts d'autant plus émouvants qu'il dirige à l'Opéra Bastille une longue série de représentations de Carmen de Bizet (depuis le 15 novembre, et jusqu'au 25 février 2023), son premier souvenir à l'Opéra.

La famille musicienne

"J'avais trois ou quatre ans et c'était Noël. L'orchestre de l'Opéra jouait comme tous les ans l'ouverture de Carmen ; je me souviens aussi d'un sapin immense et du père Noël au Palais Garnier", se remémore en souriant le chef d'orchestre de 47 ans. Biberonné à la musique classique dès son plus jeune âge, avec également une mère harpiste et un frère aîné violoniste, il a été en immersion dans la fosse avant même d'apprendre un instrument - la trompette -, avant de se convertir plus tard à la direction d'orchestre.

"Enfant, j'allais plus dans la fosse que dans la salle elle-même. J'ai connu l'envers du décor avant le lieu du décor", explique le maestro qui a grandi dans les Yvelines. "La première fois, c'était un soir où l'orchestre jouait Norma (opéra de Bellini). Mon père m'a dit : Tu ne bouges pas. J'étais tiré à quatre épingles, je me mettais au bord de la fosse pour que personne ne me voie", se souvient-il. Il est alors fasciné par les musiciens, par le son enveloppant de l'orchestre mais aussi "les voix du public au-dessus de la fosse, les applaudissements et les coulisses". "Il m'a même entraîné dans la fosse des Folies Bergère et, là, c'était des plumes qui tombaient", rit-il, en référence aux heures de gloire cet ancien cabaret.

À 16 ans, il est admis au Conservatoire de Paris pour étudier la trompette et, la même année, l'Opéra de Paris fait appel à lui pour jouer lors d'une soirée consacrée à l'opéra Elektra de Richard Strauss.

Trompettiste, il entame une nouvelle carrière à 27 ans

Mais la direction d'orchestre a toujours été un "désir latent". Alors qu'il a 14 ans, en 1989, il se souvient avoir vu le légendaire Carlos Kleiber diriger le concert du Nouvel An à Vienne. Fasciné, cet amoureux du répertoire français entame cette nouvelle carrière à 27 ans; un long processus durant lequel il se forme aux côtés d'éminents maestros comme Sir Colin Davis, avant de se lancer à l'international. Il deviendra pendant de longues années directeur musical de l'Orchestre symphonique de Québec.

Avant lui, son père et son grand-père avaient côtoyé les plus grands. Son grand-père, qui a également joué avec l'Orchestre Lamoureux, a travaillé avec les compositeurs Igor Stravinski, Wilhelm Furtwängler, Igor Markevitch ou Bruno Walter. Son père a connu l'ère de Rolf Liebermann, administrateur de l'Opéra entre 1973 et 1980 qui a attiré de grands noms. "Un soir, Lorin Maazel dirigeait Pelléas et Mélisande, le lendemain, Georg Solti dirigeait L'Or du Rhin et la semaine d'après, Karl Böhm était là pour Elektra, en sachant que ces deux derniers avaient travaillé eux-mêmes avec Richard Strauss. C'était des légendes vivantes", précise Fabien Gabel.

Son expérience comme instrumentiste lui a appris l'humilité et surtout à être sensible aux états d'âme des musiciens qui lui font face. "L'orchestre est une micro-société. (...) Il y a des musiciens nerveux, qui ont besoin d'aide, d'autres à qui on peut parler ouvertement", souligne-t-il. Dans sa carrière, il dit avoir vu "des chefs très durs envers les musiciens, avec des comportements qui n'avaient pas lieu d'être, mais cela a changé". Après, nuance-t-il, "cela n'empêche pas la rigueur et l'autorité car il faut bien que quelqu'un régule les choses".

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