#MusicTooFrance : un appel à témoignages pour un #MeToo de l'industrie musicale

Le collectif Music Too France a posté un formulaire sur les réseaux sociaux, pour collecter des témoignages d'agression ou de harcèlement sexuel dans le monde de la musique. Il est disponible jusqu'au 30 septembre.

Un concert à l\'Espace Julien de Marseille, le 10 mars 2020. 
Un concert à l'Espace Julien de Marseille, le 10 mars 2020.  (ROBERT GEOGES / MAXPPP)

Et si la parole se libérait dans le milieu de la musique française ? Dans le prolongement des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc initiés en 2017, #MusicToo a été lancé sur Twitter et Instagram le 17 juillet 2020. Derrière cette initiative, se cache un " petit collectif qui préfère rester anonyme" : Music Too France. Sa création a pour but de recueillir, jusqu'au 30 septembre, les témoignages d'agressions, de violences sexistes et sexuelles dans le milieu musical. Cet appel a déjà été relayé par des artistes comme Chris, Pomme ou Camélia Jordana

Une filière dangereuse et toxique 

Composé de membres de l'industrie musicale, Music Too France prépare cette action depuis plusieurs mois, en lien avec des avocates et deux associations, pour mettre en place un suivi juridique et psychologique si nécessaire. Un formulaire est mis à disposition : les victimes peuvent témoigner anonymement et nommer leur agresseur. "À partir de ces informations, nous pourrons associer des agressions et violences entre elles, commencer à dessiner des profils et rassembler des plaintes", explique le collectif dans son manifeste

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“Nous reprenons aujourd’hui le hashtag #MusicToo pour donner un nouveau souffle à la libération de la parole dans l’industrie musicale.“ Nous (anonymes, comme vous) collectif à l’initiative de ce questionnaire, sommes issu.e.s du secteur musical. Certain.e.s d’entre-nous ont quitté la filière il y a plusieurs mois ou années, certain.e.s y évoluent encore aujourd’hui. Une filière professionnelle parfois dangereuse, souvent toxique pour les femmes, pour la communauté LGBTQIA+ et les personnes racisées sous représentées. Depuis plus d’un an, nous repensons aux témoignages de nos ami.e.s, aux histoires d'agressions sexuelles que tout le monde connaît dans le milieu mais dont personne ne parle. Et nous constatons l’impunité des agresseurs (professionnels à des postes clés, artistes omniprésents dans les médias) qui n’ont aucune raison d’arrêter leurs agissements si personne ne parle. Il est temps que la peur change de camp. Sur notre google form (lien dans la bio), jusqu’au 30 septembre, nous recueillons vos témoignages de violences sexistes - propos sexistes, dégradants, ambiances sexistes - et sexuelles. Vous pouvez rester anonymes si vous le souhaitez, mais il est temps de nommer votre ou vos agresseur.euse.s. A partir de ces informations, nous pourrons associer des agressions et violences entre elles, commencer à dessiner des profils et rassembler des plaintes. Nous travaillons avec des avocates et deux associations pour vous accompagner vers un suivi juridique ou psychologique si nécessaire. Dans certains cas, nous transmettons des informations aux médias qui voudraient mener une enquête.

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Music Too France dénonce "une filière professionnelle parfois dangereuse, souvent toxique pour les femmes, pour la communauté LGBTQIA+ et les personnes racisées sous représentées" et ajoute que "les oppressions s’imbriquent et se cumulent dans un secteur dominé par les hommes : ce sont eux qui occupent les métiers en lien avec l’artistique, la direction, la technique et tiennent les postes clés qui permettent le développement ou la fin des carrières".

Avec cette initiative, Music Too France souhaite libérer la parole des victimes et briser l'omerta toujours présente dans l'industrie musicale française :"Nous constatons l’impunité des agresseurs (professionnels à des postes clés, artistes omniprésents dans les médias) qui n’ont aucune raison d’arrêter leurs agissements si personne ne parle." Pour le collectif, "il est temps que la peur change de camp"

Une artiste sur trois agressée ou harcelée

Selon une enquête publiée en octobre 2019 par le collectif CURA, une femme artiste sur trois a été agressée ou harcelée sexuellement dans l'industrie musicale française. D'autres études réalisées par Fedelima ou Slate montrent que 97% des groupes programmés par les grands festivals sont composés exclusivement ou majoritairement d'hommes, 88% des programmateurs de salles de musiques actuelles sont des hommes et seulement 4,3% de femmes sont cheffes d'orchestre dans le monde. 

"Nous avons cru que la parole pourrait se libérer après la création de la page 'Paye ta note' puis l'enquête de Valérie Lehoux dans Télérama où plusieurs femmes anonymes dévoilaient les coulisses sexistes de l'industrie musicale, suivie par le manifeste du collectif F.E.M.M", regrette Music Too France. En novembre 2019, Emily Gonneau, autrice et co-fondatrice de l'agence de conseil d'artistes Nüagency, témoignait à visage découvert de son agression sexuelle. Plus récemment, les soeurs Camille et Julie Berthollet dénonçaient les tabous qui persistent dans la musique classique. Music Too France espère, par son action, libérer davantage la parole des femmes.