Malgré les restrictions de visas, le festival Africolor célèbre la créativité et la diversité de la culture musicale africaine

La 35e édition du festival Africolor a commencé depuis une semaine en Île-de-France, avec comme chaque année des artistes venus de tout le continent africain, du Mali à la Tanzanie. Cette année, les consignes gouvernementales de ne plus délivrer de visas aux ressortissants burkinabè, maliens et nigériens, ont pesé sur les organisateurs.
Article rédigé par Yann Bertrand
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Boubacar Traoré, grand nom des musiques maliennes, programmé cette année au festival Africolor, le 21 décembre. (N'KRUMAH LAWSON DAKU)

C'est un fait, les musiques électroniques africaines se sont fait une place dans les festivals européens, avec l'Afrique du Sud comme épicentre ces dernières années. Mais le spectre est aujourd'hui bien plus large, comme l'explique le directeur du festival Africolor, Sébastien Lagrave : "Sur le continent. Il se passe d'autres choses dans les quartiers, dans les villes. Je pense évidemment aux musiques électroniques de Tanzanie, de Dar-es-Salaam, le zingeli qui est en train d'exploser et de conquérir un peu tout le marché sous-régional. Il y a aussi des choses qui se passent au Soudan, du côté de la côte kényane et la côte swahili. Donc ça vibre de partout !"

Le festival francilien accueille par exemple le Wamoto Music Band, groupe féminin de zingeli, reflet des ateliers de formation à destination des femmes que mène le festival en Tanzanie notamment.

La culture victime des tensions

Pour autant,  l'Afrique de l'Ouest n'est pas oubliée : Nahawa Doumbia, Manu Sissoko, Boubacar Traoré, autant de représentants d'un Mali aujourd'hui sous cloche. Car début août, Sébastien Lagrave a dû reconstruire sa programmation suite aux consignes du Quai d'Orsay de ne plus accorder de visas aux ressortissants maliens, nigériens et burkinabè, dans le sillage de l'installation de régimes hostiles à Paris dans ces pays.

Les milieux culturels s'en sont émus, et le ministère de la Culture a mis en place des dérogations. "C'est bien, mais ça reste sur un mode dérogatoire, s'inquiète Sébastien Lagrave, et donc on ne revient pas au droit commun. Et ça, c'est vrai qu'on ne peut pas s'en satisfaire. Qu'en est-il des étudiants en musique, des étudiants en art, de tous ceux qui sont les artistes de demain, qui sont les décideurs de demain et qui sont les dirigeants de demain dans ces pays-là ?"

"Ce qui est terrible, ce qui est triste, ce qui est désespérant, c'est qu'évidemment cette relation étatique est cassée."

Sébastien Lagrave, directeur du festival Africolor

à franceinfo

La culture victime de la géopolitique, mais une perception qui change aussi, et pourrait compliquer des relations très anciennes entre la France et les musiciens ouest-africains : "Il ne faut pas faire comme si les pouvoirs en place dans ces pays-là étaient isolés et comme si la population n'adhérait pas à ces projets-là. De fait, il est vrai qu'un certain nombre d'artistes de ces pays adhèrent au projet proposé par ces gens parce que c'est un regard de fierté nationale. De ce point de vue-là, les perceptions ne sont pas les mêmes entre ce qu'on perçoit ici et ce qu'on perçoit dans les pays". En attendant, Africolor, comme ces 34 dernières années, entend célèbrer les artistes africains et leur inépuisable créativité.

Le festival Africolor présente la diversité des musiques africaines, libre ou presque de contraintes pesantes

Festival Africolor à Pantin, Montreuil, Bondy, Saint-Denis, Clichy-sous-Bois etc... Jusqu'au 24 décembre.

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