Le guitariste de jazz Marc Fosset est mort à 71 ans : son ancien complice Patrice Caratini lui rend hommage

Marc Fosset, âgé de 71 ans, se battait depuis plusieurs années contre la maladie de Parkinson. Nous avons recueilli le témoignage de son ami et ancien partenaire Patrice Caratini, célèbre contrebassiste et arrangeur.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le guitariste Marc Fosset le 8 mai 2004 au Sénégal, au festival de jazz de Saint-Louis (NIC BOTHMA / EPA / MaxPPP)

Un musicien au jeu fluide et virtuose, un être humain débordant d'humour et de gentillesse, c'est le souvenir que laissera Marc Fosset à ceux qui ont eu le privilège de le croiser. Le guitariste s'est éteint le 31 octobre à 71 ans après des années de combat contre la maladie de Parkinson, un mal qui l'avait éloigné de la scène il y a une dizaine d'années.

Marc Fosset, guitariste gaucher autodidacte, a accompagné le violoniste Stéphane Grappelli sur les scènes du monde dans les années 1980 et 1990. Il a aussi formé un célèbre duo avec le contrebassiste Patrice Caratini (voir notre entretien plus bas), et un trio avec Caratini et l'accordéoniste Marcel Azzola. Parmi ses autres collaborations, on peut citer le pianiste René Urtreger, le batteur Kenny Clarke, le contrebassiste Jean-Philippe Viret... Marc Fosset a également fait partie du groupe Magma dans les années 70.


Enfant du quartier de Belleville, à Paris, où il est né le 17 mai 1949, Marc Fosset se met à la guitare en autodidacte après avoir vu jouer sur scène en 1958 Yves Montand et surtout son guitariste, Didi Duprat, gaucher comme lui. Sa force de travail et son grand talent lui permettent de former ses premiers orchestres dès les années 60 avec ses frères et des amis musiciens. Après avoir écumé les bals de campagne, il fréquente les clubs parisiens où sa carrière prend forme. En 1970, il assure la première partie du big band du trompettiste Yvan Jullien, selon le site de France Musique.

En 1971, Marc Fosset travaille au club Aux Trois Mailletz, à Paris. En 1973, il rejoint le groupe de jazz fusion Magma. En 1976, il forme un duo avec Patrice Caratini. On les surnommera "le chauve et le gaucher". Ils enregistreront quatre albums entre 1978 et 1986, dont deux en trio avec Marcel Azzola. En 1989, il participe à la bande originale de Milou en Mai de Louis Malle avec plusieurs musiciens dont Stéphane Grappelli, Maurice Vander et Marcel Azzola. Il poursuivra les enregistrements et collaborations diverses jusque dans les années 2000.



Nous avons joint par téléphone le contrebassiste lundi en fin d'après-midi.

Franceinfo Culture : Quels sont les mots qui vous viennent pour exprimer ce que vous ressentez après la disparition de Marc Fosset ?
Patrice Caratini : Je suis triste, bien sûr. C'est la famille qui s'en va, je pense ici à des choses personnelles. C'est aussi une époque, des histoires générationnelles. À partir d'un moment, on a des copains qui commencent à disparaître. Lui, c'est trop tôt. Je connaissais son état. C'était prévisible, mais quand ça arrive, c'est assez... Je suis affecté. C'est un peu comme un membre de la famille qui disparaît. Un compagnon de route depuis toujours.

Que saviez-vous de son combat contre la maladie de Parkinson ?
Ça a commencé à se manifester il y a une dizaine d'années. Un jour, il a fait une chute et il s'est cassé l'épaule. Ça a été les premiers symptômes. Il a continué à jouer. C'est une maladie invalidante, il avait tout son esprit mais il était de plus en plus affecté d'un point de vue moteur. À la fin, il souffrait trop, ça ne valait plus le coup... D'une certaine façon, c'était peut-être une délivrance.

Quand avez-vous joué avec lui pour la dernière fois ?
C'était au théâtre du Châtelet [ndlr : en mars 2016, pour les 50 ans de carrière de Patrice Caratini]. Il ne pouvait plus jouer de la guitare, mais il pouvait encore chanter.

Comment avez-vous connu Marc Fosset ?
Je le connais depuis mes débuts car nous sommes de la même génération, on avait trois ans d'écart [Patrice Caratini est l'aîné]. Je l'ai rencontré vers 1968-69 à Paris dans un club de l'époque, le Gill's Club, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie dans le Marais. C'est le premier club où j'ai commencé à traîner un peu quand j'avais 22 ans. Je ne me rappelle pas qu'on ait joué ensemble à ce moment. Puis j'ai fait l'armée et quand je suis revenu, Marc jouait aux Trois Mailletz, à partir de 1971. C'était un club de jazz qui existe toujours, rue Galande à Paris. Marc y travaillait à l'année. Je jouais dans un club à côté, Le Chat qui Pêche. Comme je remplaçais de temps en temps le bassiste des Trois Mailletz, on jouait alors ensemble, avec des gens comme Michel de Villers, Michel Roques [tous deux saxophonistes] ou Claude Guilhot [vibraphoniste, batteur]...

Qu'est-ce qui le distinguait des autres guitaristes de jazz ?
À l'époque, on était beaucoup moins nombreux à faire du jazz. Donc il n'y avait pas tellement de guitaristes de ce niveau. Marc avait une technique très fluide, une rapidité de phrasé impressionnante et une grande connaissance de tout le vocabulaire de jazz. Il avait un tempo... C'était une Rolls-Royce, quoi ! Il avait une bonne science de l'harmonie, de la guitare jazz, il connaissait tous ses maîtres par cœur, Barney Kessel, Kenny Burrell, Wes Montgomery, Tal Farlow... Au début des années 70, il y avait deux guitaristes de ce niveau en France : Marc Fosset et Christian Escoudé, tous les deux de la même génération. Moi-même, je débarquais dans ce milieu, je commençais à être sollicité pour jouer à droite, à gauche... On s'est trouvés comme ça : quand il y a de nouvelles têtes qui arrivent dans un univers artistique, on les repère, on les contacte pour jouer ensemble... C'était des façons de fonctionner très informelles. Il n'y avait alors aucun projet de carrière... On jouait quand on nous appelait, on gagnait notre vie comme ça, sans trop se poser de questions ! Il y avait une certaine forme d'insouciance qui a bien disparu aujourd'hui.

Et en tant qu'être humain, comment le décririez-vous ?
C'était un bonhomme formidable. C'était quelqu'un de très discret, très réservé, et très drôle. Il apparaissait un peu fermé quand on ne le connaissait pas, mais en fin de soirée, il se mettait à faire des imitations à tomber par terre... Et il chantait très bien. On a fait plein de trucs ensemble. C'était l'époque où on jouait longtemps dans les clubs de jazz, on y restait une semaine, deux semaines... Il y avait des "after hours" où tous les musiciens débarquaient dans un endroit ou dans un autre. On se retrouvait en fin de soirée à faire de la musique et à se raconter des trucs. Pour les gens de notre génération, c'était une grande époque.

Est-ce qu'il vous revient un souvenir particulier que vous pourriez partager ?
Il y en a plein, plein sûr... Je pense à des émissions de télévision où on s'est retrouvés avec Dizzy Gillespie sur le plateau de Jacques Chancel [dans Le Grand Échiquier]... Je me souviens quand on a été invités au festival de Nice dans les années 80. À l'époque, des espèces de jam sessions étaient organisées toute la journée avec tous les musiciens qui étaient présents. On ne savait pas quand, ni avec qui on allait jouer dans l'après-midi... Puis on prenait l'ascenseur avec Kenny Burrell ou Dizzy Gillespie, ça nous faisait marrer... Et on se retrouvait sur scène... Ça fait des bons souvenirs, il y en a plein d'autres...


Les obsèques de Marc Fosset se dérouleront le 6 novembre en Essonne en présence seulement de la famille et de quelques proches du fait du contexte sanitaire.

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