Elina Duni, Mario Canonge, Keith Jarrett... Notre sélection d'albums jazz à offrir pour les fêtes

À l'approche des fêtes de Noël, nous avons pioché dans une production discographique foisonnante depuis la rentrée pour mettre à l'honneur quelques albums. À vous de former votre playlist de réveillon(s) jazz cosy.

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France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
La chanteuse Elina Duni en concert à Londres, le 19 novembre 2013 (ANDY SHEPPARD / REDFERNS / GETTY IMAGES)

Le choix des albums a constitué un crève-cœur au vu des nombreuses pépites discographiques lancées depuis la rentrée. Petite sélection non exhaustive de coups de cœur jazz, pour un panel éclectique de climats musicaux.

Fred Hersch : "Songs from Home" (piano)


Pendant le premier confinement, le pianiste américain Fred Hersch donnait rendez-vous presque chaque jour à ses admirateurs - ravis - sur les réseaux sociaux pour jouer en live, au départ plusieurs morceaux, puis un thème quotidien. Cette expérience l'a encouragé à enregistrer un disque marqué par cette pandémie qui a emporté un de ses amis (à qui l'album est dédié), un album solo où il revisite des musiques qui l'ont marqué dans sa jeunesse. Dans Songs from Home (Palmetto Records), le maître du piano intimiste nous offre un vagabondage sentimental au puissant pouvoir réconfortant, qui s'ouvre sur le tendre Wouldn't it be Lovely (Frederick Loewe) de My Fair Lady et s'achève sur un léger When I'm Sixty-Four, aux accents ragtime, des Beatles. Il y a aussi des reprises de Cole Porter, Duke Ellington, Joni Mitchell... et deux de ses propres pièces dont un hommage à sa mère, West Virginia Rose. Idéal pour accompagner un réveillon en mode cocooning.

Elina Duni, Rob Luft : "Lost Ships" (voix, guitare)


En co-leaders d'un quartette, la chanteuse helvético-albanaise Elina Duni et le guitariste britannique Rob Luft ont lancé à la mi-novembre Lost Ships (ECM), un nouveau voyage musical et émotionnel, tout en délicatesse et en profondeur, dont elle a le secret. La thématique de la migration hante cet album comme c'était le cas dans Partir, un précédent disque de la chanteuse. Dans Lost Ships ("navires perdus", en français), Elina Duni propose un très beau répertoire de compositions originales, d'airs traditionnels albanais et de reprises (Sinatra, Aznavour). Enchanteur.

David Neerman : "Noir Lac" (vibraphone, balafon, voix)


La genèse de ce projet artistique aussi beau qu'inclassable remonte à 2013, à l'abbaye de Noirlac où le vibraphoniste et compositeur David Neerman et le balafoniste Lansiné Kouyaté étaient en résidence. Sentant le potentiel de leur partenariat, ils y ont associé d'autres artistes : la chanteuse Krystle Warren et sa superbe voix grave, ainsi que les chœurs stratosphériques de Sequenza 9-3 dirigés par Catherine Simonpietri. Tous ont insufflé leur patte sonore et leur âme millénaire dans un répertoire splendide présenté à la Cité de la Musique, à Paris, en novembre 2015. Cinq ans plus tard, l'album Noir Lac (Klarthe) est sorti, avec des compositions originales, des reprises stupéfiantes de Pink Floyd et Led Zeppelin, dans des climats sonores inspirés par l'Afrique, le jazz, le rock, les chants grégoriens et le compositeur estonien Arvo Pärt... Magique.

Michel Benita : "Looking at Sounds" (contrebasse, formation en quartette)


Avec Looking at Sounds (ECM), le contrebassiste Michel Benita signe un album chatoyant, à la fois aérien, élégant et apaisant. Il a formé son nouveau quartette avec le joueur de bugle suisse Matthieu Michel, au son lumineux, le batteur Philippe Garcia, qui ont déjà travaillé à ses côtés dans une autre formation, et le claviériste belge Jozef Dumoulin. Benita signe toutes les compositions à l'exception d'une reprise splendide d'Inútil Paisagem, un joyau d'Antônio Carlos Jobim. Une pure rêverie.

Rhizottome : "Malherbologie" (saxophone, accordéon)


Formé il y a dix ans par le saxophoniste Matthieu Metzger et l'accordéoniste Armelle Dousset, le duo Rhizottome (un terme ancien signifiant "coupeur de racines" en herboristerie, selon le texte de présentation) exprime en musique les émotions ressenties au gré de rencontres et de voyages. Malherbologie (la science des mauvaises herbes), qui pousse la thématique végétale jusque sur la pochette et dans le joli livret de l'album, nous invite à savourer des compositions poétiques et enjouées, comme autant de carnets de leurs pérégrinations en Finlande, au Japon, en Lettonie...

Sylvain Daniel : "Pauca Meae" (basse électrique, avec divers instrumentistes)


Compositeur, bassiste électrique, sideman incontournable des scènes du jazz et des musiques improvisées (ONJ, Laurent Bardainne...) mais aussi d'artistes plus pop, Sylvain Daniel a sorti fin novembre un envoûtant album en leader, Pauca Meae (Kyudo Records). Cette musique intimiste et introspective a été écrite à la suite d'une épreuve personnelle. Séparé de la mère de ses enfants, seul en studio, le bassiste s'est plongé dans la lecture de Pauca Meae, le livre IV du recueil de poèmes Les Contemplations de Victor Hugo. Un ouvrage du grand écrivain hanté par la douleur de la perte de sa fille adorée, Léopoldine. Et en écho, 177 ans plus tard, un album ancré dans son temps mais traversé par des flots de sentiments contrastés et par une mélancolie universelle, propre à notre condition humaine.

Andy Emler : "No Solo" (piano, invités divers)


Compositeur, pianiste, arrangeur et chef d'orchestre incontournable de la scène jazz, Andy Emler s'est offert le plaisir de jouer simplement avec des amis musiciens de toutes générations : la flûtiste Naïssam Jalal, les voix d'Aïda Nosrat, Rhoda Scott, Thomas de Pourquery, le guitariste Nguyen Lê, le koriste Ballaké Sissoko, le contrebassiste Claude Tchamitchian, la saxophoniste Géraldine Laurent (vidéo ci-dessus)... Dans No Solo (La Buissonne), il s'offre aussi de beaux instants introspectifs en solitaire. Autant d'occasions de le suivre dans une autre dimension, pleine de beauté.

Mario Canonge et Érik Pédurand : "Kapital" (piano, voix)


Une superbe rencontre entre le célèbre pianiste martiniquais Mario Canonge et un formidable chanteur trentenaire guadeloupéen, Érik Pédurand, dans un disque aussi beau qu'engagé. Avec son titre ironique, l'album Kapital (Aztec Musique) est "un pamphlet, une satire", une critique cinglante du capitalisme, un système qui a suscité "l'exploitation de l'homme par l'homme", avec toutes ses sombres déclinaisons au fil de l'Histoire, comme le souligne Érik Pédurand, auteur des textes. Le disque a été enregistré à La Ramée, en Guadeloupe, une ancienne demeure coloniale devenue lieu de mémoire de l'esclavage.

Valentin et Théo Ceccaldi : "Constantine" (violoncelle, violon, avec voix et orchestre)


Dans cette saga poétique et émotionnelle, inspirée de leur histoire familiale, le violoniste Théo Ceccaldi et son frère Valentin, violoncelliste et bassiste, rendent un hommage émouvant à leur père Serge, pied noir né à Constantine, en Algérie, puis déraciné, tout jeune enfant, lors de la décolonisation. Les traces de l'exil, du deuil d'un pays idéalisé par le temps et la distance, sont transcendées en musique par les frères Ceccaldi, avec le concours de leurs amis du Grand Orchestre du Tricot et d'une belle palette de solistes, de Thomas de Pourquery à Leïla Martial au chant, en passant par le clarinettiste Yom (extrait ci-dessus).

Diego Imbert et Alain Jean-Marie : "Interplay" (contrebasse, piano)


Le contrebassiste Diego Imbert, bien connu sur la scène jazz française, et l'illustre pianiste guadeloupéen Alain Jean-Marie se sont associés pour rendre hommage au légendaire pianiste Bill Evans (1929-1980). Conformément à la promesse du titre Interplay ("interaction", label Trebim Music) de leur album en duo, du nom d'un morceau et d'un album du compositeur américain, les deux jazzmen français revisitent dans un dialogue aussi savoureux que personnel, entre introspection et swing, la musique de Bill Evans.

Keith Jarrett : "Budapest Concert" (piano)


Pour clôturer cette sélection, honneur à une légende mondiale du piano, Keith Jarrett. Enregistré en Hongrie en juillet 2016, le Budapest Concert (ECM) a été lancé pour célébrer les 75 ans du pianiste américain, un an après la sortie d'un autre album live capté en tournée la même année, le même mois, Munich 2016. Maître de la composition spontanée, Keith Jarrett raconte une nouvelle histoire au long cours lors de ses récitals en solo. Des performances sidérantes, des moments suspendus, et en guise de rappel des reprises pleines de grâce comme Answer Me, le morceau lancé en mai 2020 en avant-première par le label ECM. La sortie du Budapest Concert, fin octobre, s'est voilée de tristesse quand Keith Jarrett a révélé qu'il ne remonterait probablement plus sur scène, diminué par des accidents vasculaires cérébraux.

Sans oublier...
D'autres coups de cœur de nos rédactions, repérés depuis la rentrée, non mentionnés dans la sélection ci-dessus, ont fait l'objet d'éclairages sur notre site : le pianiste Tigran Hamasyan (The Call Within), la chanteuse Ellinoa (The Ballad of Ophelia), l'Orchestre national de jazz (Rituels et Dancing in your Heads), le chanteur David Linx (Skin in the Game), le saxophoniste Laurent Bardainne (Love is Everywhere), la contrebassiste Sélène Saint-Aimé (Mare Undarum)...

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