Jazz à Vienne 2019 : sous le signe des luttes et de la Caraïbe

Coup d'envoi ce vendredi de la 39e édition du festival isérois, incontournable rendez-vous dédié au jazz - mais pas seulement - en ce début de l'été. Le directeur artistique présente les deux grands axes du cru 2019.

Le Théâtre Antique de Vienne, dans l\'Isère, lors d\'une soirée Jazz à Vienne
Le Théâtre Antique de Vienne, dans l'Isère, lors d'une soirée Jazz à Vienne (ARTHUR VIGUIER)

La programmation de la 39e édition de Jazz à Vienne (28 juin-13 juillet 2019) est foisonnante, sans frontières, multi-générationnelle, proposant d'applaudir de nombreuses stars de Bobby McFerrin à Chick Corea, de Diana Krall à Neneh Cherry, de Manu Dibango dans un projet symphonique à John Zorn, icône du jazz d'avant-garde, ainsi que des artistes émergents.

Le festival a articulé une grande partie de sa riche programmation (qui inclut beaucoup d'événements et concerts gratuits) autour de deux grands axes, pas forcément éloignés l'un de l'autre : d'un côté la thématique des luttes, et de l'autre les Caraïbes.

Jazz à Vienne
Le festival s'ouvre ce vendredi soir sur une création puisant dans les musiques des luttes afro-américaines, Up Above My Head. Benjamin Tanguy, directeur artistique du festival, nous présente les "deux fils rouges" de Jazz à Vienne 2019 et certains événements qui y sont associés.

"Up Above My Head", avec Camille, Sandra Nkaké, Raphaël Lemonnier, Raphaël Imbert

"Notre premier fil rouge, c'est l'influence que les luttes - sociales, politiques, raciales, économiques, écologiques - ont pu exercer sur la musique, et réciproquement. Ce qui le matérialise, c'est une création en ouverture, montée spécialement par Jazz à Vienne. Pendant trois ans, on a confectionné ce projet avec le directeur musical Raphaël Lemonnier. On a imaginé une réadaptation des protest songs, des work songs, des negro spirituals en jazz, blues et gospel. Tous ces chants, tout ce répertoire, ont influencé la création du jazz. C'est une création de 2019 mais elle a un côté très authentique. Elle vise à montrer que ce répertoire complètement oublié, ou très peu joué en France, a beaucoup de valeur d'un point de vue humaniste, social, politique, avec des thèmes qui sont toujours d'actualité."
Vendredi 28 juin, 20H30, Théâtre Antique. Avec les chanteuses Camille et Sandra Nkaké, le pianiste Raphaël Lemonnier à la direction musicale, le saxophoniste Raphaël Imbert...

L'exposition de Rocé dédiée aux "voix de luttes"

"En lien avec cette thématique, on accueille une exposition réalisée par le rappeur Rocé, intitulée Par les damné.e.s de la terre. Des voix de luttes, 1969 à 1988. C'est un travail qu'il a mené pendant quatre ans, d'aller chiner, creuser, chercher ce répertoire de morceaux très engagés, révolutionnaires, pour l'égalité des droits, sur des luttes contre le racisme... C'est assez fort. Il a mené ses recherches du côté des Caraïbes, du Maghreb, de l'Afrique centrale et de l'Est, du Moyen-Orient... À l'origine, ce travail a donné lieu à une compilation sortie il y a quelques mois. L'exposition a été commandée, confectionnée pour Jazz à Vienne et c'est très intéressant de découvrir les morceaux avec toute l'histoire qu'il y a autour."
Du 1er au 12 juillet, 10H-19H, Salle des fêtes de Vienne.

Neneh Cherry

"Neneh Cherry fait partie des artistes qui ont des engagements forts par rapport à la musique. Dans ses deux derniers albums, qui ont été produits par Four Tet [alias Kieran Hebden, artiste électro britannique], il y a une prise de parole, une prise de position très importante. Pour nous, ça a du sens par rapport à la thématique de la lutte."
Samedi 13 juillet, 20H30, Théâtre Antique.

Soirée Kassav, Calypso Rose, Mizikopéyi

"La deuxième thématique, c'est les Caraïbes. Il y aura beaucoup de clins d'œil à ces terres de musique qui - et c'est notamment le cas des Antilles françaises - ne sont pas du tout valorisées, quand elles ne sont pas moquées à causes de certains artistes qui leur ont fait du mal, selon moi. Il y a notamment une grande soirée avec Kassav qui fête son 40e anniversaire, Calypso Rose et Mizikopéyi [ndlr : big band antillais] avec Alain Jean-Marie [grand pianiste guadeloupéen]. Dans l'après-midi précédant cette soirée, le 7 juillet à 14H30, on va questionner la place des Antilles françaises dans la culture française lors d'une de nos conférences. C'est un peu politique mais c'est voulu. On va chercher à comprendre pourquoi la France ne s'approprie pas complètement ce répertoire et ces artistes."
Dimanche 7 juillet, 20H30, Théâtre Antique.

Mizikopéyi reprend le standard "Stardust" (musique de Hoagy Carmichael, paroles de Mitchell Parish)

Soirée Chucho Valdés "hommage à Roy Hargrove", Omar Sosa et Yilian Cañizares

"Lors de cette grande soirée cubaine, Chucho Valdés va rendre un hommage à Roy Hargrove [trompettiste disparu en novembre 2018] avec le trompettiste Terence Blanchard. C'est une création spéciale Jazz à Vienne. Le pianiste Omar Sosa est aussi à l'affiche de cette soirée [en duo avec la chanteuse et violoniste Yilian Cañizares]. En dehors de cette soirée cubaine, on peut citer aussi Ibeyi [duo franco-cubain, le 6 juillet dans une rencontre exclusive avec Erik Truffaz], Kokoroco [groupe londonien, le 4 juillet] qui représente la nouvelle génération du jazz et qui puise beaucoup dans les influences caribéennes... Dans le répertoire de Chick Corea [illustre pianiste américain, le 3 juillet], tourné vers le flamenco et les musiques hispaniques, il y a aussi des références Latin jazz... Les Caraïbes seront bien représentées !"
Lundi 8 juillet, 20H30, Théâtre Antique. La soirée cubaine sera retransmise en partie, ou en intégralité, sur les sites numériques de France Télévisions (avec d'autres concerts).

Extrait de l'album "Aguas" (2018)

Dernière information : le festival Jazz à Vienne n'échappant pas à la canicule, le spectacle jeune public prévu vendredi matin, préparé par le saxophoniste Raphaël Imbert, a été annulé.