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Rebecca Tong remporte La Maestra, premier concours international de cheffes d'orchestre

La lauréate ainsi que les deux autres finalistes seront accompagnées pendant deux ans, via une académie. 

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France Télévisions Rédaction Culture
Publié
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La cheffe d'orchestre Rebecca Tong pendant le concours La Maestra, à la Philharmonie de Paris.  (MARTIN BUREAU / AFP)

"La Maestra 2020 est ... Rebecca Tong !" La cheffe Indonésienne d'origine chinoise a remporté le premier concours international de cheffes d'orchestre, organisé à la Philharmonie de Paris. Rebecca Tong est cheffe d’orchestre résidente du Jakarta Simfonia Orchestra, cheffe assistante au département opéra de la Royal Northern College of Music et auprès de deux grands orchestres au Royaume-Uni : le BBC Philharmonic et le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra. 

>> "Nous pouvons peut-être faire évoluer tout cela ensemble" : à la Philharmonie, le concours de cheffes d'orchestre La Maestra veut promouvoir les talents féminins

Sur les 220 candidatures venues de 51 pays, 12 cheffes avaient été sélectionnées pour La Maestra, concours qui vise à donner plus de visibilité aux talents féminins dans un milieu hautement compétitif et encore largement dominé par les hommes. Les différentes phases d'élimination se sont déroulées du 15 au 18 septembre, devant un jury prestigieux : Ewa Bogusz-Moore, Jean-Claude Casadesus, Claire Gibault, Marin Alsop, Elizabeth Askren, Maxime Pascal et Lionel Bringuier. "On a eu des candidates jusqu'à 71 ans et je trouve ça magnifique", ajoute la fondatrice du concours Claire Gibault, première femme à avoir dirigé l'Orchestre de la Scala de Milan et les musiciens de la Philharmonie de Berlin.

Un accompagnement pendant deux ans

Aux éliminatoires, chacune des candidates avait 30 minutes pour se surpasser. "Pouvez-vous me donner plus d'étincelles ? Je veux que ça soit enflammé !", lance Rebecca Tong aux musiciens du Paris Mozart Orchestra, l'ensemble fondé par Claire Gibault. "Je veux plus de joie de vivre", dit la Colombienne Lina Gonzalez-Granados, qui était parmi les trois finalistes avec la franco-britannique Stephanie Childress.

Cet événement a pour ambition d'être plus qu'une compétition : les trois finalistes seront accompagnées pendant deux ans, via une académie. "C'est surtout une occasion pour grandir et expérimenter", déclare Marin Alsop, l'une des six membres du jury. Elle avait créé l'évènement en 2013 en devenant la première femme à diriger un concert lors des Proms, événement musical à Londres qui se tient tous les étés depuis 1895. "J'espère que cela permettra à de jeunes femmes de commencer tôt. Moi, je n'ai commencé à acquérir de l'expérience qu'une fois devenue trentenaire car il n'y avait pas assez d'opportunités", ajoute-t-elle.

"Un acte volontariste mais temporaire"

Depuis 20 ans, les cheffes s'affirment, avec des noms comme la Finlandaise Susanna Mälkki, la Canadienne Barbara Hannigan, la Lituanienne Mirga Grazinyte-Tyla, ou encore l'Américaine Marin Alsop.  En France, on retrouve entre autres Laurence Equilbey, Emmanuelle Haïm, Nathalie Stutzmann, Zahia Ziouani ou la pionnière Claire Gibault, qui ont toutes en commun le fait d'avoir fondé leur propre ensemble pour pouvoir exercer. Et ce n'est qu'en 2019 qu'une femme, Debora Waldman, a été nommée directrice musicale d'une formation permanente dans l'Hexagone.

Mais le fossé est encore large : sur les 778 orchestres professionnels symphoniques permanents recensés dans le monde, 48 ont à leur tête une directrice musicale ou une cheffe principale, soit 6,2%, selon le concours La Maestra. Une amélioration pourtant par rapport à 2018 (4,3%).

Laurent Bayle, directeur général de la Philharmonie, balaie l'idée qu'un tel concours serait "discriminatoire" envers les hommes. "Cela fait 40 ans qu'on dit qu'il faut faire évoluer le système mais il ne se passe rien". "Le concours est un acte volontariste mais temporaire et ne vise aucun quota. Faut-il le maintenir jusqu'à 2030 ? Pour avoir une situation saine, il faudrait qu'on passe de 6 à 30% de cheffes d'orchestre", dit-il.

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