Le guitariste Pierrejean Gaucher revisite Satie à la façon de Zappa dans son nouvel album

Ving ans après "Zappe Zappa", Pierrejean Gaucher sort "Zappe Satie" où il fait le lien entre les deux artistes. Découvrez en exclusivité sur franceinfo culture "L'office des étoiles", un nouveau titre de l'album qui sort ce vendredi 12 mars.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Pierrejean Gaucher dans son studio (photo Benoit Renard)

Existe-t-il des points communs entre Erik Satie et Frank Zappa ? Pas forcément évidents de prime abord. Le guitariste iconoclaste du rock n’a jamais caché son attrait pour la musique contemporaine, mais citait plutôt Stravinsky, Ravel ou Boulez parmi ses influences. Satie ne faisait pas partie de son panthéon musical, en tout cas pas en apparence.

Pourtant, le guitariste et compositeur Pierrejean Gaucher, grand spécialiste de Zappa, a immédiatement décelé une filiation entre les deux artistes, et pas strictement musicale.

Deux autodidactes, chacun en décalage par rapport à leur époque, et considérant que le seul intérêt des règles c’est de les dépasser.

Pierrejean Gaucher

En entendant des prémices du jazz ou de la pop dans la musique du compositeur des célèbres Gymnopédies et Gnossiennes, Pierrejean Gaucher entrouvre des portes pour tisser des liens entre Satie et Zappa, comme si l’un était le grand-père spirituel de l’autre.

Un projet au long cours

Compositeur, producteur, arrangeur, mais surtout guitariste, Pierrejean Gaucher n’en est pas à son coup d’essai en matière d’adaptation musicale. Fort d’une carrière d’une vingtaine d’albums, il s’est illustré dans différents styles autour du jazz, du jazz-rock, du rock progressif, de la pop ou de la musique classique. Un de ses terrains de jeu favoris consiste à décloisonner les genres, notamment en transposant des morceaux incontournables de la pop et du rock dans l’univers du jazz. Une recette qu’il a notamment appliquée dans les deux opus du trio Melody Makers en 2009 et 2012.

Mais l’artiste auquel il voue une admiration sans borne est sans aucun doute Frank Zappa. Au point qu’il lui rend hommage au sein d’un projet baptisé Zappe Zappa, à travers deux disques en 1998 et 2002.

Et 20 ans plus tard, c’est à travers ses diverses collaborations avec des conservatoires qu’il se lance dans l’exploration du patrimoine musical d’Erik Satie, dont l’œuvre est passée au domaine public. Il peut ainsi donner libre cours à son inspiration et partir des pièces de Satie pour les emmener vers où bon lui semble. Et c’est au cours de ce nouveau projet, qui va s’étaler sur presque trois ans, que Pierrejean Gaucher perçoit les ponts entre Satie et Zappa.

Une démarche similaire

Comme il l’avait fait pour le génial moustachu, Pierrejean Gaucher embrasse à bras le corps la musique de Satie. En musicologue perfectionniste, il explore le moindre recoin de l’œuvre du compositeur mais surtout, il découvre un personnage singulier et à l’esthétique novatrice. Un artiste qui a aussi bien signé des chansons populaires du Montmartre festif de la Belle Epoque que des pièces bien plus ardues, au style précurseur de ce que produira la musique du 20e siècle.

Il choisit dans cet album d’en exposer "la face immergée de l’iceberg". Mis à part le tube Gymnopédie, les autres morceaux sont pour la plupart inconnus du grand public. Mais les notes du livret nous invitent à découvrir l’œuvre de Satie, en nous dévoilant l’origine des musiques. Chaque pièce est ainsi contextualisée, comme ce Satie’s blues, issu de Première pensée Rose-croix (1891), et que Pierrejean Gaucher présente comme ce qui pourrait être le premier blues de l’Histoire.

Un morceau sous-titré I can’t get no Satie’s faction, qui témoigne du goût du musicien pour les bons mots et les références musicales multiples disséminées dans l’album.

Quand la pop rencontre le jazz

Car bien que Pierrejean Gaucher soit catalogué dans le jazz, il a toujours revendiqué sa passion pour la pop et le rock. Et il ne manque pas d’insérer de subtils clins d’œil dans ses mélodies. Zappa est bien sûr souvent cité, mais pas uniquement. On entend aussi des références aux Beatles dans la Danse de Travers n°4, avec notamment une phrase de Here there and everywhere. Et comme cette chanson est issue du mythique album Revolver des Fab Four, premier disque de l’Histoire du rock où figurent des bandes son à l’envers, Pierrejean Gaucher n’a pas résisté à la tentation d’inclure dans ce même morceau un effet "reverse" sur sa guitare.

Pierrejean Gaucher dans son studio (photo Benoit Renard)

Des influences pop qui se marient avec un phrasé souvent virtuose, mais jamais dans la démonstration. Tout l’art du guitariste est de nous emmener vers des contrées jazzy et contemporaines, mais sans jamais agresser nos tympans. Pierrejean Gaucher parvient à rendre la dissonance agréable à l’oreille. Une improvisation qui fait souvent des pas de côté mais revient toujours dans une zone de confort pour l’auditeur, aguerri ou non. Une façon de rendre accessible une musique souvent jugée élitiste.

L’improvisation, c’est du dérapage contrôlé en permanence. Quand on sort de la route, c’est un accident, mais ça arrive.

Pierrejean Gaucher

Si on peut entendre des inflexions qui rappellent parfois Pat Metheny, John Scofield ou Jeff Beck, les envolées aériennes de guitare slide évoquent aussi David Gilmour et les ambiances éthérées de Pink Floyd.

Un disque réalisé à la manière d’un peintre

Et la comparaison avec Gilmour ne s’arrête pas là. Le guitariste des Floyd a une technique bien particulière pour l’enregistrement de ses solos : il utilise ses différentes prises et les mélange au moment du mixage final, afin d’en extraire le meilleur.

Pierrejean Gaucher fonctionne de la même façon avec ses musiciens. Le quartet guitare-piano-contrebasse-batterie, parfois agrémenté de cuivres, a joué "live" en studio. Puis, pendant de longs mois, le compositeur-guitariste a ensuite assemblé les éléments de différentes prises, comme un peintre aurait pioché dans sa palette, pour obtenir le tableau qu’il avait en tête. La conciliation de la spontanéité du live en studio avec l’élaboration digne d’un réalisateur qui monte ses rushes.

Analogie entre musique et peinture (dessin Denys Legros / visuel Julien Allegre)

Je suis comme un peintre qui crayonne, qui gomme, qui met une couleur, puis qui la rechange le lendemain

Pierrejean Gaucher

Une méthode qui n’est pas sans rappeler là aussi Zappa, lui qui bidouillait ses enregistrements live en y incorporant des enregistrements studio. Et force est de constater qu’elle sert à en tirer le meilleur. Des morceaux d’où émergent des instants de grâce, comme sur cet Office des étoiles, dévoilé en exclusivité sur franceinfo culture :

Tirée d’une messe de Satie composée en 1891 durant sa période mystique, Le fils des étoiles, cette pièce est représentative de la palette sonore qui parcourt le disque. Un album pour tous les amateurs de Satie, de Zappa, et tout simplement de musique.

L'album 'Zappe Satie" de Pierrejean Gaucher sort ce 12 mars (Musiclip), et est disponible sur toutes les plateformes digitales

la pochette de l'album 'Zappe satie' (visuel  Julien Allegre)

Plus d'informations sur le site officiel de Pierrejean Gaucher

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