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Jane Birkin et Serge Gainsbourg : une idylle amoureuse et musicale

Le couple formé par Jane Birkin et Serge Gainsbourg a aussi donné lieu à une collaboration artistique fructueuse et produit parmi les meilleures œuvres du compositeur français.
Article rédigé par Jean-François Convert
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min
Jane Birkin et Serge Gainsbourg vers 1970. (STILLS / GAMMA-RAPHO / GETTY IMAGES)

Jane Birkin s'est éteinte dimanche 16 juillet à l'âge de 76 ans, a appris franceinfo auprès de l'attaché de presse Fabien Lecœuvre, proche de la famille. Birkin-Gainsbourg, le couple, mythique, était aussi un duo artistique.

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Quand Jane Birkin rencontre Serge Gainsbourg en 1968 sur le tournage du film Slogan de Pierre Grimblat, elle vient de se séparer du compositeur anglais John Barry. Actrice ayant débuté en Angleterre en 1964, elle est déjà une figure du Swinging London et a même fait une apparition dénudée et fortement remarquée dans Blow Up de Michelangelo Antonioni. Le couple qu'elle va former pendant une dizaine d'années avec l'auteur-compositeur-interprète français débute tout naturellement par un scandale.

Le goût du fruit défendu

En cette fin des années 1960, la libération sexuelle s'affiche dans la majorité des arts, et les textes de Serge Gainsbourg sont très souvent parsemés d'allusions scabreuses. Après Les Sucettes chantées par France Gall en 1966, l'auteur écrit l'année suivante Je t'aime... moi non plus pour Brigitte Bardot, avec qui il entretient une courte mais intense liaison. Ils enregistrent ensemble la chanson en décembre, mais l'actrice lui demande ne pas la publier car elle est alors mariée à Gunter Sachs. Bardot quitte Gainsbourg, et ce dernier réenregistre Je t'aime... moi non plus en 1969 avec sa nouvelle conquête, Jane Birkin.

L'évocation d'une relation sexuelle qui n'est pas dans la norme de l'époque choque l'opinion publique, à tel point que sur la couverture d'origine du 45 tours figure la mention "Interdit aux moins de 21 ans". La pochette est toutefois modifiée lors de la commercialisation du disque sous le label Fontana à la place de celui de Philips. Le titre de la chanson deviendra celui d'un film en 1975, réalisé par Gainsbourg, avec Jane Birkin dans le rôle principal.

Cette même année 1969, le trublion de la chanson française la juge "érotique", dans le deuxième morceau qu'il offre à sa dulcinée. Jane Birkin est propulsée au sommet des hit-parades avec ces deux titres sulfureux, et sa voix instantanément reconnaissable. Un chant frêle et presque enfantin qui tranche avec les mots souvent crus des textes de Gainsbourg.

La muse et son pygmalion

Leur idylle devient rapidement passionnée et s'annonce comme bien plus qu'une amourette. Même s'ils ne savent pas encore qu'ils vont vivre pendant plus de dix ans ensemble et avoir une fille, Jane et Serge s'affichent comme le couple en vogue du moment. Un couple à la ville, mais aussi artistique. Après avoir écrit Initials B.B. pour Bardot, le poète irrévérencieux signe Jane B pour celle qui partage dorénavant sa vie. Le thème musical est largement inspiré par le Prélude en mi mineur Opus 28 n°4 de Frédéric Chopin.

Jane Birkin devient la nouvelle muse d'un Gainsbourg qui va connaître, selon certains, sa période la plus inspirée.

Concept-albums et poésie

La décennie 1970 marque une étape importante dans la carrière de Serge Gainsbourg. Il enregistre quatre albums "concepts", dont le premier avec la participation de Jane Birkin : Histoire de Melody Nelson, qui sort en 1971, est souvent jugé comme l'œuvre majeure du compositeur français. Le disque est aussi associé à Jane Birkin, essentiellement pour sa pochette iconique, car la chanteuse n'intervient que très peu, se contentant de dire le nom de son personnage, ou n'émettant que quelques rires, gloussements et petits cris.

Sans même chanter, Jane Birkin devient ainsi l'incarnation d'un personnage mythique dans l'univers gainsbourien. Sa photo d'elle à moitié nue tenant une peluche dans les bras rappelle que la sortie de l'album, en mars 1971, précède de peu la naissance de Charlotte en juillet de la même année. Avec cette pochette, Jane fusionne l'image de mère et d'icône pop.

Deux ans plus tard, ce sont ses pleurs que l'on entend sur le célèbre Je suis venu te dire que je m'en vais, dont les paroles font référence à Chanson d'automne, poème de Paul Verlaine. Pourtant, ce morceau, Gainsbourg ne l'adresse pas à Jane Birkin, mais à Françoise-Antoinette Pancrazzi, sa seconde épouse et mère de ses deux premiers enfants. Il écrit ce texte en 1973, après un infarctus qui le pousse à une hospitalisation. Malgré tout, cette chanson restera longtemps associée à Jane Birkin, qui la reprendra sur scène après la disparition en 1991 de son pygmalion. Elle devient même le titre de son spectacle-hommage qu'elle présente lors de sa tournée en 1992.

 

Un couple qui enchaîne les tubes

Leur collaboration artistique ne se limite pas aux apparitions furtives de l'actrice-chanteuse sur les disques de l'auteur-compositeur-interprète. En parallèle de sa carrière au cinéma, Jane Birkin enregistre plusieurs albums en solo dans les années 1970 : Di Doo Dah en 1973 et Ex-fan des sixties en 1978, tous deux entièrement écrits et composés par Serge Gainsbourg, et Lolita Go Home en 1975, qui mêle musiques de Gainsbourg, textes de Philippe Labro et reprises de standards américains. De ces trois disques, on retiendra surtout le morceau le plus connu, Ex-fan des sixties, qui évoque le destin de chanteurs et musiciens de l'époque, parmi lesquels Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison, Brian Jones, Eddie Cochran, Buddy Holly, Otis Redding...

Les seventies ne sont pas avares en provocations sulfureuses. En même temps qu'elle partage le lit de Brigitte Bardot dans son dernier film, Don Juan 1973, Jane Birkin continue les duos torrides avec son compagnon, comme La Décadanse, un morceau issu de la bande originale du film de Claude Berri Sex Shop, qui sort en 1972.

En 1975, Je t'aime... moi non plus devient un film, avec une chanson que Gainsbourg écrit pour Birkin : La Ballade de Johnny Jane et sa ritournelle entêtante au piano reste aujourd'hui une des plus connues du répertoire de la chanteuse. Dans cette émission à la télévision allemande en 1977, Gainsbourg accompagne discrètement au piano sa dulcinée, sous les feux de la rampe avec son look androgyne.

 

Des albums en commun même après la séparation

Jane quitte Serge en septembre 1980 en évoquant l'alcool, le mode de vie et des coups qu'elle a reçus. Elle rencontre le cinéaste Jacques Doillon, avec qui elle restera pendant 12 ans et aura une fille, Lou, dont Gainsbourg sera le parrain. Elle n'interrompt pas pour autant sa collaboration artistique avec son ex-mentor, qui lui signe trois albums : Baby Alone in Babylone en 1983, Lost Song en 1987 et Amours des feintes en 1990. Il réalise même le clip du morceau-titre du troisième disque, où Jane erre dans un couloir en spirale tapissé de reproductions de L'Infante peinte par Diego Vélasquez.

La poursuite de ces échanges artistiques témoigne de la tendresse que Jane avait gardée pour Serge. Une tendresse qu'elle exprimera à nouveau en 1996, cinq ans après le décès de son ex-compagnon, en sortant un album exclusivement constitué de reprises de chansons sur lesquelles elle ne chantait pas à l'origine. Sa version de La Gadoue avec le groupe Les Négresses Vertes a connu un grand succès cette année-là.

 

Longtemps encore après la disparition du musicien, sa muse a tenu à perpétuer son œuvre, notamment sur scène. Scène qu'elle n'a finalement débutée qu'en 1987 au Bataclan. Mais ses concerts ont toujours été émaillés de reprises de Gainsbourg. Et on peut dire que la carrière de Charlotte a en quelque sorte concrétisé l'héritage artistique du couple Birkin-Gainsbourg. Un couple-duo assez unique dans l'histoire de la chanson française.

Jane Birkin et Serge Gainsbourg en 1985. (DENIZE ALAIN / SYGMA / GETTY IMAGES)

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