30 ans de la mort de Serge Gainsbourg : sa "carrière posthume a continué à le faire grandir" analyse Bertrand Dicale

Mort le 2 mars 1991, Serge Gainsbourg est aujourd'hui "certainement le plus grand des chanteurs du siècle ou du demi-siècle, pour un certain nombre de gens" selon l'un de ses biographes.

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Radio France
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Serge Gainsbourg en 1980 (ULF ANDERSEN / ULF ANDERSEN)

Il y a 30 ans aujourd'hui, le 2 mars 1991, disparaissait Serge Gainsbourg. "Il a une carrière posthume qui a continué à le faire grandir" a commenté Bertrand Dicale, auteur de la biographie de l'artiste Tout Gainsbourg, ce mardi sur franceinfo.

franceinfo : Est-ce que trente ans après, Serge Gainsbourg a bien vieilli?

Bertrand Dicale : Non seulement il a bien vieilli, mais je pense qu'il est le seul à vieillir comme ça. C'est à dire que Gainsbourg continue à grandir. Ça ne durera peut être pas encore vingt ans, mais ce qui est extraordinaire, c'est qu'à la mort de Gainsbourg, en 1991, très peu d'articles emploient le mot de "génie". Ou alors en disant "ses fans le considèrent comme un génie". Aujourd'hui, vous voyez les hommages, on n'a pas de mal à sortir ce mot là. Gainsbourg a une carrière posthume, une vie posthume qui a continué à le faire grandir et à faire de lui, certainement le plus grand des chanteurs du siècle ou du demi-siècle pour un certain nombre de gens. C'est quelque chose qu'on n'aurait pas imaginé en 1991, à sa mort. Gainsbourg, on s'en rend compte aujourd'hui, a apporté un ton très, très particulier dans la chanson française. Quelque chose de sarcastique, de noirâtre, de sombre, de méchant, de teigneux, qu'il n'y a pas jusqu'à présent dans ce qu'on appelle "la chanson rive gauche". Parce qu'il appartient, au début, à une espèce de courant dans lequel il y a Juliette Gréco et plein d'autres genres, mais on ne se rend pas tout de suite compte de la singularité de Gainsbourg.

Il était si triste que cela, tout le temps ?

Gainsbourg est comme beaucoup de gens, il a des moments de noir. C'est à ces moments-là qu'il écrit des chansons. Et puis, il y a une rupture dans la carrière de Gainsbourg, qui est totalement paradoxale. On saute dans le temps, 1979, La Marseillaise reggae : gigantesque succès. Il devient une star et il devient dépressif. Les dernières années de la vie de Gainsbourg, quand on voit ce qu'il écrit, quand on voit ce qu'il dit, qu'on réécoute certaines interviews, c'est vraiment quelqu'un qui est dans une profonde dépression. Mais le Gainsbourg au quotidien est un homme aimable, extraordinairement gentil, extraordinairement poli, courtois, galant et extraordinairement drôle.

Il y a aussi le Gainsbourg provoc', avec ce duo en 1984 avec sa fille Charlotte, Lemon incest, est-ce que ça passerait aujourd'hui ?

Je pense que la question n'est pas tant de savoir si ça passerait, je pense qu'il ne l'écrirait certainement pas aujourd'hui. Gainsbourg n'est pas totalement fou. Dans le contexte actuel, écrire "L'amour que nous ne ferons ensemble est le plus beau, violent, le plus pur..." Alors il dit: "j'ai dit qu'on ne ferait pas l'amour", mais quand même. C'est sûr que ça serait difficile à écrire aujourd'hui. Il ne faut pas oublier qu'en 1985 quand le clip est sorti, il est torse nu, il partage le même pyjama, ils sont dans le même lit. Il y a des associations qui, à l'époque, disent attention à cette banalisation, attention à cette esthétisation de l'inceste. Bon, hors contexte, ça n'arriverait certainement pas aujourd'hui.

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