Retour sur la Paris Fashion Week féminine automne-hiver 2021-22 en cinq vidéos coups de cœur

93 maisons ont présenté à Paris, du 1er au 10 mars 2021, leur collection automne-hiver 2021-22 en format numérique. Pour prolonger le plaisir de cette semaine féminine - où beaucoup de créateurs ont misé sur un avenir optimiste avec une forte envie de faire la fête - voici cinq vidéos coups de cœur 

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France Télévisions Rédaction Culture
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Temps de lecture : 8 min.
Thom Browne automne-hiver 2021-22 à la Paris Fashion Week, le 7 mars 2021 (Thom Browne)

Suite à la pandémie de Covid-19, les maisons ont dû s’organiser pour offrir une vision de leur collection, sous forme de vidéos et de courts métrages, disponibles sur une plate-forme digitale dédiée. La diffusion des vidéos sur une plateforme représentant le calendrier officiel est "un facteur de résonance très conséquent. Les créateurs de mode et les directeurs artistiques ont, par ailleurs, davantage intégré les potentialités du digital et étendu ainsi leurs collaborations avec les cinéastes, les vidéastes et les acteurs de la scène créative digitale", a expliqué le président exécutif de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode. Pascal Morand pense que "cette créativité augmentée va définitivement perdurer lorsque l’on reviendra au physique. La scénographie physique sera ainsi étoffée par une scénographie numérique."

Pour la présentation de cette saison automne-hiver 2021-22, on sent incontestablement que les créateurs sont plus à l'aise avec la vidéo. Ils se sont bien emparés de ce format, certains optant encore pour la formule du défilé mais la rendant cependant moins coincée et plus inventive (Issey Mikaye, Nica Ricci). D'autres ont utilisé ce support pour raconter une histoire : Dice Kayek lance le spectateur dans une enquête, Lanvin évoque le retour d'une journée de shopping tandis que Thom Browne dévale les pentes neigeuses avec l'ex-championne olympique Lindsey Vonn. Découvertes.

Issey Miyake met la focale sur les matières

Le créateur japonais Satoshi Kondo a fait appel pour la collection Issey Miyake à Mikiya Takimoto pour la vidéo, filmée à la fois dans la nature et dans un environnement urbain architectural. L'ambiance sereine sert de toile de fond à une réflexion sur le sens de la beauté qui se reflète sur la nature sauvage. La vidéo véhicule une simplicité pure - également présente dans la collection - en mettant l'accent sur la texture subtile des matières pour une exploration des couleurs et des formes de la nature retranscrites sur le tissu.

Comme toujours, la collection regroupe plusieurs lignes (ndlr, des thématiques) mettant l'accent sur les matières et leurs procédés de fabrication pour une garde-robe toujours très contemporaine à base de robes amples, de pantalons larges, de tuniques et d'impers.... Ainsi pour la ligne Rise, une partie du vêtement est tissée avec des fils élastiques qui se contractent lors du prélavage, tandis que pour la ligne Cliff, le tissage est réalisé avec deux fils : l'un pour la partie plissée (les vêtements ont alors de grandes courbes ondulées) et l'autre pour la partie non-plissée (ils ont un aspect délicat).

La marque japonaise met aussi l'accent sur des techniques traditionnelles : pour la ligne 
Stone, les motifs sont inspirés par la texture et les couleurs des pierres. Les tissus sont réalisés par des artisans de la ville de Kyoto, qui utilisent la technique Suminagashi (encre qui flotte sur l'eau). Les motifs sont créés à partir de gouttes d'encre tombées à la surface de l'eau qui sont absorbées par le tissu uni. Bien dans son époque, Issey Miyake suit la tendance environnementale avec sa ligne Raw Wool/Raw Color employant des fibres naturelles non-teintes provenant d'une laine respectueuse de l'environnement et de cotons bio marrons et verts mélangés à d'autres fibres écoresponsables tels que le papier, la rayonne et le cupro. Simple mais efficace.

Nina Ricci mise sur la thérapie par la couleur

Le duo néerlandais Rushemy Botter et Lisi Herrebrugh, à la direction artistique de Nina Ricci, bouscule cette maison fondée en 1932. Le format est celui du défilé traditionnel dans un espace circulaire immaculé blanc devant un public de chaises pliantes bleu Klein sur lesquelles parfois les mannequins se posent. L'allure vive de ces derniers est de temps en temps ponctuée de ralentis assez bluffants.

Les tenues d'extérieur adoptent des volumes de laine tweed, chevron et Prince de Galles, habituellement réservés à la mode masculine comme ce duffel-coat à écharpe ou ce poncho boutonné. Tiré des archives, un blazer zippé à poche plaquée et un caban à revers en pointe évoquent l'attitude de la fin des années 60 réinventée. Les hauts en Milano, seconde peau, sont superposés sous des sortes de tablier fleuris, sur des mini jupes bouffantes. À noter une robe boutonnée en spirale, des cols en tricot côtelé qui se déploient au-dessus des gilets cyclistes à cordon de serrage et des parkas doublées de bandes de fourrure hirsute. La palette parcourt la roue chromatique des tons de chartreuse fraîche, d'olive et de vert péridot à l'orange brûlé, la pêche, le beurre, le cobalt, le violet irisé et la rose la plus pâle. Du côté des accessoires, le chapeau cloche Nina Ricci revient dépouillé de son bord. L’effet est sculptural et tonique.

Dice Kayek mène l'enquête à l'hôtel Pera Palace

La marque Dice Kayek - Ece Ege, la D.A., travaille avec sa soeur Ayse Ege - dont l’essence créative se résumerait à l'expression “Less is More”, propose un work-in-progress, saison après saison. Sa philosophie est simple : coupes irréprochables, matériaux nobles et broderies artisanales. 

"Qui a tué le célèbre playboy Philippe Stone ?" Était-ce le groom, le gardien de nuit, la chanteuse, l'héritière ou l'ingénue ?, Dice Kayek invite à participer au jeu du Cluedo au sein de l'illustre hôtel stambouliote, le Pera Palace. Elle conjugue son regard unique sur l’atemporalité de la féminité à des références propres au début du siècle, en mettant en scène des personnages tout droit sortis d’un roman d'Agatha Christie. Capturé par Marie Schuller, ce court-métrage met en vedette des talents turcs qui donnent vie à ce film noir un rien excentrique. Les personnages sont vêtus de mini robes cocktail, de tailleurs structurés et d'ensembles rebrodés de cristaux. Ils sont déclinés en noir et blanc parsemé de notes aux couleurs pop. Des silhouettes aux lignes pures ornent la clientèle huppée de l'hôtel qui cherche à attraper le mystérieux meurtrier.... Une élégance simple mais raffinée. 

Lanvin prône la joie de vivre, l'élégance et frivolité du passé 

Bruno Sialelli, directeur artistique de Lanvin, se tourne à la fois vers le passé et l’avenir. Créée dans un moment de pause mondiale, cette collection est anticipatrice, et considère le moment, après le confinement, où le monde s’ouvrira de nouveau. Elle se souvient des célébrations d’hier tout en imaginant les fêtes de demain. 

La femme Lanvin est glamour, un lien avec les racines centenaires de la maison qui plongent dans l’énergie des années 1920. Celles-ci se combinent avec les souvenirs du début du millénaire de Bruno Sialelli, y compris ses souvenirs de Lanvin. Pour cette vidéo tournée dans un grand hôtel, l'ambiance est positive, optimiste et élégante avec des tenues de soirées pour tous les jours. Les tissus sont brillants, tactiles et sensuels : satin duchesse, taffetas, soie charmeuse, crêpe, fausse fourrure en imprimé animalier.

Certains éléments ont été tirés des archives de la maison : la robe Bijou se réinvente sous forme de courte robe de cocktail tandis qu'un modèle de 1924 inspire une robe avec ruban de gros grain brodé d’une constellation d’étoiles. Le logo or est porté tel un insigne clouant des sacs, formant des talons. Sa forme représente Jeanne Lanvin et sa fille Marguerite ; les bijoux ont la forme de la fleur avec laquelle elle partage son prénom. La maison collabore avec la Fondation James Rosenquist afin de présenter le travail de l’artiste pop américain dans une série d’imprimés représentant des objets du quotidien typiquement féminins – fleurs, rouge à lèvres, perles. La bande son est la chanson de Gwen Stefani Eve, Rich Girl, qui fait une brève apparition dans le film en reprenant son solo de rap tiré de l’original de 2004. Une ambiance punchy.

Thom Browne rêve tout schuss en montagne

Le créateur américain, qui défile à Paris depuis plusieurs saisons déjà, propose toujours des shows très esthétiques. C'est une fois de plus le cas avec la vidéo de la collection de vêtements pour hommes et femmes intitulée "The most angelical and fantastical dream that led me home..." Thom Browne poursuit sa collaboration avec la réalisatrice Carissa Gallo à travers ce court métrage en noir et blanc qui débute par un rêve.

Dans une chambre à l'allure monacale d'une maison d'un village de montagne, Lindsey Vonn - ancienne coureuse américaine de ski alpin - couchée dans un lit, dort et rêve. Son rêve commence par des adieux à ses amis. La voilà - vêtue d'une robe boutonnée à épaules dénudées et drapé surdimensionné en lamé doré porté avec un sac à dos cuir métallisé et bottines rutilantes - marchant dans la neige accompagnée d'amis, de drôles de petits personnages stylisés. Elle quitte alors sa robe dévoilant un costume porté sur une chemise blanche puis chausse ses skis et dévale à une vitesse incroyable les vallées slalomant au milieu de la forêt. Tout au long de cette descente, elle croise des silhouettes immobiles habillées d'un vestiaire où le formel rencontre le sportswear : robe corsetée avec un noeud surdimensionné dans le dos dont la jupe est à moitié en doudoune, manteau sans manches porté sur une chemise blanche aux manches volumineuses, veste toute rebrodée, pull XXL en tricot blanc...

Taffetas de soie, mohair et dentelle côtoient des 
accessoires en cuir doré miroir, des sacs à dos avec des cordons de serrage, des lunettes de ski, un sac de médecin de cuir noir... des tenues arborent même des écussons aux noms de villes où se sont tenues des épreuves olympiques : Calgary, Sapporo, Nagano, Salt Lake City... évoquant la joie de la compétition. Puis retour à la maison, les yeux de l'ex-championne s'ouvrent lentement… Tout cela n'était-il qu'un rêve ? Une fiction un rien romantique.

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