Aux enchères Paco Rabanne, des créations conçues pour les podiums qui se retrouvaient sur des scènes d'opéra

À la frontière de la mode et de l’œuvre d’art, les créations de Paco Rabanne, parfois faites d’acier, de soie métallisée, de papier froissé, de rhodoïd, de plumes d’autruche, de tulle… demeurent encore aujourd’hui des témoins de l'avant-garde de ces quarante dernières années. Le monde de l'opéra s'est emparé de ses tenues les plus folles.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Vente Paco Rabanne le 31 mai : veste et short en rhodoid rouge printemps-été 1982 (à gauche), robe plastron en taffetas de soie turquoise entoilage galvanisé argenté ajouré martelé printemps-été 1985 (au centre), robe pastilles en rhodoid noir, plumes d'autruches, cabochons strassés automne-hiver 1982 (à droite) (Louis Décamps)

Lundi 31 mai prochain, la maison de vente aux enchères Millon, en collaboration avec l'experte Pénélope Blanckaert, rend hommage à l’un des créateurs les plus inventifs du 20e siècle : Paco Rabanne. La vente dévoile 156 tenues et une vingtaine d’accessoires datant de 1977 à 1994, rassemblés par Jorge Zulueta et Jacobo Romano, fondateurs du Grupo Accion Instrumental. Créées à l’origine pour les podiums des défilés, les pièces de Paco Rabanne deviennent telles quelles des costumes de scène et support de création pour cette compagnie de théâtre qui voulait renouveler le langage traditionnel de l’opéra.

Des créations détournées pour l'opéra 

Cette vente aux enchères s'inscrit dans la continuité des précédentes ventes de 2014 et 2016, qu'avaient organisées les fondateurs du Grupo Accion Instrumental, créé à Buenos Aires et renouvelant le genre de l’opéra traditionnel. 

C'est en 1979, rue du Cherche-Midi à Paris, que Jacobo Romano et Jorge Zulueta rencontrent Paco Rabanne pour la première fois dans ses bureaux parisiens. De cette longue collaboration va naître une prolifique collection composée par les deux artistes : costumes issus directement des défilés de Paco Rabanne, anti robes dont ils feront des personnages à part entière de leurs opéras, pièces emblématiques qui racontent un futurisme avant-gardiste.

Vente Paco Rabanne aux enchères à la maison Millon le 31 mai : manteau de cocher en tissu enduit rouge printemps-été 1985 (Louis Décamps)

Un style avant-gardiste

En 1966, la maison Paco Rabanne voit le jour lors de la présentation de sa première collection intitulée “12 robes expérimentales en matériaux contemporains” et donne vie à un style unique, visionnaire et anti-conventionnel. Paco Rabanne rompt les codes et crée des pièces originales, à la fois sculpturales et séductrices, en plastique moulé, métal martelé, jersey d’aluminium et fourrure tricotée. Ses robes légendaires en cotte de maille vont définir une ère nouvelle, faisant évoluer les formes dans un style toujours emblématique de la maison à ce jour.  

Le couturier espagnol arrête les défilés en 2000 après 30 ans de mode, décidant de se retirer pour se consacrer à d'autres activités artistiques. À son départ, la maison souhaite continuer mais - après plusieurs tentatives infructueuses pour trouver un styliste -, l'activité prêt-à-porter est mise en sommeil en 2006 pour se concentrer sur le parfum. De retour sur les podiums en octobre 2011 - sous la houlette de l’Indien Manish Arora -, la marque redéfile à Paris mais se cherche encore jusqu'à l'arrivée de Julien Dossena, en tant que Directeur de Création du prêt-à-porter féminin. Son interprétation contemporaine du langage maison, mâtinée d’un respect des archives, a su ranimer la belle endormie. 

Vente Paco Rabanne aux enchères à la maison Millon le 31 mai : robe catadioptres printemps-été 1982 (Louis Décamps)

Et toujours d'actualité 

Loin d’être datée, la démarche créative du couturier trouve encore aujourd’hui un écho dans l’actualité. Puisant dans l’histoire pour la projeter dans l’avenir, Paco Rabanne avait un cran d’avance avec ses robes d’inspiration médiévale. Aluminium brossé et métal, Rhodoïd et PVC, papier, bandelettes magnétiques… étaient autant de matériaux venant d’un autre monde que celui de la couture pour être recyclés en robes, manteaux, bustiers ou chapeaux. À l'heure d'une consommation plus responsable et des questionnements sur la responsabilité environnementale de la mode, cette démarche de recyclage apparaît visionnaire.

Et la transgression l’est aussi : faisant fi de l’univers codifié de la haute couture de l’époque, il ouvre la voie à une certaine désacralisation comme le souligne Pénélope Blanckaert, curator et experte :"La toile tailleur ne doit pas quitter l’atelier ? Qu’à cela ne tienne, sa rigidité l’inspire et il la fera défiler. Le cuir est sacré ? Il le morcelle pour mieux le riveter. La préciosité d’une étoffe doit être respectée ? Il perfore le daim, brûle la soie, galvanise la dentelle et l’entoilage, scotche les plumes. Et que dire de cette provocation de l’inconfort ? Alors que le corps des femmes a depuis bien longtemps été libéré de tous ses carcans, Paco Rabanne revendique haut et fort les robes importables et les chaussures mmarchables : ses souliers à la poulaine gouvernent la démarche, tandis que la pesanteur de ses robes brutales, selon ses propres mots, contraignent le corps et imposent à la silhouette une tenue contre nature."

Enfin, sa provocation a inspiré d'autres créateurs, souligne encore Pénélope Blanckaert :"Paco Rabanne fut un prophète bien au-delà de son époque ; son irrévérence a pavé le chemin foulé un demi-siècle plus tard par des Iris von Herpen, Gareth Pugh, Demna Gvasalia, Daniel Roseberry ou Ronald Van Der Kemp. Précieuse liberté offerte par l’héritage d’un Paco Rabanne qui flirtait ouvertement avec le monde de l’art notamment avec ses pacotilles en rhodoïd réminiscentes de l’Op’art, qui présentait en avant-coureur ses créations dans des galeries, et qui a, plus qu’aucun autre, utilisé le vêtement comme laboratoire et moyen d’expression plastique."

Paco Rabanne, vente aux enchères à la maison Millon le 31 mai : mini robe en plaques métalliques martelées et plumes de cygne lustrées bleu printemps-été 1981 (Louis Décamps)

Vente le 31 mai 2021 à 15H. Expositions publiques : les 28 et 29 mai de 11h à 18h. 17, rue de la Grange-Batelière. 75009 Paris. Catalogue en ligne.

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