Beyonce et Jay-Z au Louvre, "c'est la communication au sommet de la pyramide"

Frédéric Martel, journaliste, écrivain, animateur sur France Culture, a expliqué, lundi, que le clip de Beyonce et Jay-Z, tourné au Louvre, contient un "message politique qu'il ne faut pas sous-estimer".

Capture d\'écran du clip de Beyoncé et Jay-Z.
Capture d'écran du clip de Beyoncé et Jay-Z. (CAPTURE ECRAN / FRANCEINFO)

Beyonce et Jay-Z vient d'annoncer un nouvel album en commun. Pour le promouvoir, le couple le plus en vue du R'n'B américain a publié le clip du premier extrait de cet album, tourné dans le musée du Louvre. Le musée a été entièrement privatisé pour l'occasion. Une très belle opération de promotion pour le musée parisien, estime, lundi 18 juin, Frédéric Martel, journaliste, écrivain, animateur de "Soft Power" sur France Culture : "C'est la communication au sommet de la pyramide". Le clip a déjà été vu plus de 13 millions de fois sur la plateforme YouTube, lundi soir. "C'est une vidéo qui est non seulement belle, sur le plan artistique et surtout très efficace en terme de soft power et d'influence."

franceinfo : "Soft Power", c'est l'expression pour évoquer l'influence d'un pays, au travers des symboles culturels par exemple. Est-ce le cas avec ce clip ?

Frédéric Martel : C'est un coup réussi de "soft power" et si on avait voulu le faire avec nos instituts français, nos agences culturelles, on n'aurait peut-être pas aussi bien réussi. Le clip, signés Les Carters, qui est le nom du couple, a été vu 4 millions de fois hier soir, 13 millions de vu [lundi] soir et on devrait passer les 20-25 millions prochainement. C'est une vidéo qui est non seulement belle sur le plan artistique et surtout très efficace en terme de "soft power" et d'influence, peut-être pas pour la France, mais en tout cas pour le Louvre, qui sera peut-être visité par des gens qui l'auront vu dans ce clip.

Est-ce que ça veut dire que c'est plus rentable, en termes de communication, de laisser son musée à un couple célèbre pour un week-end plutôt que de faire des opérations de communication ?

Non, c'est aussi anecdotique. Le tournage a eu lieu pendant la nuit, donc le musée n'a pas été privatisé. Apparemment cela a été tourné le 31 mai et le 1er juin en soirée, donc le musée n'a pas été fermé. On ne sait pas d'ailleurs si ça a été payé au Louvre. En principe, c'est 18 000 euros le tournage, selon le Louvre. Les tournages sont très fréquents, on dit qu'il y en a 500 chaque année au Louvre. Ça n'a rien d'exceptionnel. Ce qui est exceptionnel, ce sont deux choses. D'abord, on voit beaucoup d'œuvres dans ce clip qui est très beau. Il y a d'une part les grands blockbusters comme La Joconde, qui est très centrale dans le clip, et il y a aussi des tableaux moins connus, je pense au Portrait d'une femme noire, de [Marie-Guillemine] Benoist. 

Évidement il y a un message politique qu'il ne faut pas sous-estimer.Frédéric Martelà franceinfo

Il y a tout un tas de symboles, notamment noirs, puisque l'on voit des gros plans sur des visages noirs. C'est évidement de l'entertainment, de la communication, mais c'est aussi un message politique. Il y a un noir sur un cheval qui est une référence sans doute au film Horseday du plasticien franco-algérien Mohamen Bourouissa. C'est une chorégraphie faite par Sidi Larbi Cherkaoui, marocain, flamand aujourd'hui, qui est un chorégraphe de haut niveau. Le deuxième point, c'est que c'est à la fois de l'entertainment, mais c'est aussi un mélange des genres. C'est à la fois la culture populaire et la haute culture. C'est très américain.

Qui profite le plus de l'autre : Beyonce qui profite du Louvre ou l'inverse ?

Je dirais que le Louvre va bien s'en sortir. Le public noir est assez absent quand on regarde les touristes qui visitent le Louvre, encore plus absent sur les tableaux du Louvre. Peut-être qu'un certain nombre de personnes Noirs ou Arabes vont se retrouver dans ce musée, vont le visiter. C'est un très beau coup de marketing pour le Louvre alors que c'est plutôt une culture européenne un peu blanche. Il y a une scène incroyable, celle du salon de coiffure où vous avez un homme torse nu devant La Joconde en train de se faire coiffer. C'est un salon de coiffure devenu afro. C'est pas mal pour le Louvre, c'est la communication au sommet de la pyramide.