VIDEO. "Plagiées, censurées, spoliées... En un mot, plumées" : une maison d'édition vous fait découvrir trois écrivaines oubliées

La maison Talents hauts vient de publier trois livres d'auteures peu connues.

"Dans la longue histoire de la littérature, les hommes seuls auraient-ils tenu la plume ?" C'est ce que se demande la maison d'édition Talents hauts. Elle a publié, jeudi 21 février, les trois premiers livres de sa nouvelle collection : Les Plumées. "Pourquoi Les Plumées ? Parce qu’on avait envie de retrouver, réhabiliter, rééditer et remettre à disposition des jeunes des livres écrits par des femmes, qui ont été oubliés, mal diffusés, jamais réédités, peu mis en avant, sortis des bibliothèques pour la raison simple qu'ils ont été écrits par des femmes", explique à franceinfo Laurence Faron, directrice de Talents hauts.

Dans la littérature comme dans d’autres domaines, les femmes ont été cachées par l’homme de leur vie, que ce soit leur mari, leur père, ou d’autres.

Laurence Faron, directrice de Talents hauts

à franceinfo

"En les proposant dans un format et un tarif de poche, la maison d’édition espère que ces plumes oubliées viendront chatouiller la curiosité des plus jeunes, mais aussi des enseignants", explique Le Monde. Voici la sélection à découvrir.

1Renée Vivien

Le premier ouvrage sélectionné par Laurence Faron est L'Aimée, écrit par Renée Vivien et publié en 1905. L'auteure "y raconte ses amours pour Nathalie Barney, une jeune artiste américaine. On peut imaginer que sa vie et ses amours homosexuels sont pour quelque chose dans cette invisibilité", décrypte Laurence Faron.

Il y a peu de choses à dire sur l’amour. Nul ne le connaît encore, quoique tous croient l’avoir éprouvé. Ce que je te dirais sur l’amour t'inspirerait peut-être un vif intérêt. Rien de ce qui concerne l’amour n’est indifférent. Ce que je te dirais sur l’amour t'intéresserait peut-être, mais sans nul doute, ne t'apprendrait rien.

Renée Vivien

dans "L'Aimée"

2Judith Gautier

La collection compte également Isoline, écrit en 1882 par Judith Gautier, la "fille de Théophile Gautier", auteur notamment du Capitaine Fracasse ou du Roman de la momie. "Sans vouloir lui faire porter le chapeau – comme on dit vulgairement –, on peut penser qu’il est pour quelque chose dans l’ombre portée sur sa fille, finalement très peu connue en dépit d’une œuvre pléthorique et très qualitative", précise l'éditrice.

Ils revinrent suivis des derniers rayons du soleil couchant. La barque, glissant sous les branches, sur les feuillages reflétés, leur fit l’effet d’un nid. Ils s’y sentaient heureux, emportés dans une somnolence. Le regard qui pesait sur elle l’engourdissait doucement et lui, pensait que cette heure était l’une des meilleures de sa vie.

Judith Gautier

dans "Isoline"

3Marguerite Audoux

Troisième livre enfin : Marie-Claire, de Marguerite Audoux, publié en 1910. C'est "l’un des rares exemples de littérature d’une agricultrice, d’une paysanne, d’une femme modeste qui pourtant, par son seul talent, a réussi à s’imposer et ne pas complètement disparaître des rayons, même si malheureusement elle est très largement méconnue de nos jours", explique Laurence Faron.

En ce moment, la cloche de l'église Sainte-Montagne se mit à sonner, les sons montaient la colline en courant, et après s’être reposés un instant au-dessus de nous, s’en allaient se perdre plus haut. Les heures passèrent avec le jour. Les troupeaux disparurent un à un de la plaine. Une vapeur blanche se leva de la petite rivière. Puis, le soleil passa derrière la barrière de peupliers et les fleurs des genêts commencèrent à devenir plus sombres.

Marguerite Audoux

dans "Marie-Claire"

Laurence Faron présente les livres de la collection Les Plumées (édition Talents hauts), à Paris le 27 février 2019.
Laurence Faron présente les livres de la collection Les Plumées (édition Talents hauts), à Paris le 27 février 2019. (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)