"Une autre arrestation signifierait la mort" : acquittée, la romancière Asli Erdogan exclut de rentrer en Turquie

"Dans les circonstances actuelles, je ne peux pas rentrer étant donné les risques d'emprisonnement", a déclaré l'écrivaine. 

La romancière et journaliste Asli Erdogan lors de la remise du prix Erich Maria Remarque en Allemagne, en 2017. 
La romancière et journaliste Asli Erdogan lors de la remise du prix Erich Maria Remarque en Allemagne, en 2017.  (MOHSSEN ASSANIMOGHADDAM / DPA)

La romancière turque Asli Erdogan, acquittée le 14 février à l'issue d'un procès controversé  pour "activités terroristes", a déclaré dimanche 16 février à l'AFP qu'elle excluait de rentrer dans son pays car "une autre arrestation signifierait la mort" pour elle. "Dans les circonstances actuelles, je ne peux pas rentrer étant donné les risques d'emprisonnement", a-t-elle affirmé, expliquant que ce qu'elle dirait dans une interview ou ailleurs pourrait servir de prétexte à une nouvelle bataille juridique. "Une autre arrestation signifierait la mort pour moi".

Les autorités turques ont arrêté des dizaines de milliers de personnes, dont des universitaires et des journalistes, depuis le coup d'Etat manqué de juillet 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan. Un tribunal d'Istanbul a acquitté la romancière des accusations de "tentative de porter atteinte à l'intégrité de l'Etat" et d'"appartenance à un groupe terroriste", et ordonné l'abandon des poursuites pour "propagande terroriste".

En exil en Allemagne

"Pour être honnête, j'étais très surprise. Presque tout le monde partait du principe que je serais condamnée", a confié l'auteure, qui a choisi de vivre en exil en Allemagne. "Je n'arrive pas encore à y croire, mais si ce n'est pas celle-là, il y aura une autre affaire", a expliqué l'écrivaine. Autrice de plusieurs romans traduits à l'étranger, lauréate 2018 du prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes, Asli Erdogan était jugée pour avoir collaboré au journal prokurde Ozgür Gündem, fermé par décret en 2016. L'écrivaine n'a aucun lien de parenté avec le président Erdogan.

Les autorités turques accusaient Asli Erdogan d'avoir, en collaborant à Ozgür Gündem, aidé le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un groupe armé qui mène une sanglante guérilla en Turquie et est qualifié de "terroriste" par Ankara. La romancière de 52 ans, qui n'était pas présente à l'audience, a décrit le système politique actuel comme "du fascisme, du néo-fascime", affirmant que les procès contre l'auteur emprisonné Ahmet Altan et l'homme d'affaires et philanthrope Osman Kavala démontraient que la situation allait "bien au-delà d'une dictature". "Je ne sais pas vraiment ce qui se passe à huis clos, mais de telles affaires au caractère irrationnel n'ont pas d'autres explications. Je les considère comme faisant partie d'une stratégie", a-t-elle souligné.