Succès aux enchères d'une lettre de suicide de Baudelaire

Une émouvante lettre de jeunesse de Charles Baudelaire annonçant son intention de se suicider, une tentative à laquelle il survivra en 1845, s'est vendue à 234.000 euros ce 4 novembre. Avec elle, 34 autres missives de l'auteur des "Fleurs du mal" ainsi que de nombreux textes et documents d'écrivains du XIXe et XXe siècles étaient dispersés par la maison d'enchères Osenat.

La lettre de suicide adressée en 1845 par Charles Baudelaire à sa maîtresse Jeanne Duval.
La lettre de suicide adressée en 1845 par Charles Baudelaire à sa maîtresse Jeanne Duval. (JACQUES DEMARTHON / AFP)
Clou de la vente, cette lettre de Baudelaire, datée de juin 1845, à l'adresse de sa maîtresse Jeanne Duval, était estimée entre 60.000 et 80.000 euros. Elle fera désormais partie d'une collection privée française, a précisé la maison d'enchères.
 
"Quand Mademoiselle Jeanne Lemer vous remettra cette lettre, je serai mort (...) Je meurs dans une affreuse inquiétude (...) Je me tue parce que je ne puis plus vivre, que la fatigue de m'endormir et la fatigue de me réveiller me sont insupportables", écrit à l'adresse de sa maîtresse Jeanne Duval le poète incompris de sa famille. Accablé par les problèmes d'argent et d'alcool, en proie au doute sur son talent littéraire, il se donnera finalement un coup de couteau sans conséquences graves. Il a alors 24 ans et vivra encore 22 années. 

Des lettres de Barbey d'Aurevilly, Delacroix, Hugo, Manet, qui lui sont adressées, étaient rassemblées dans cette collection. La lettre de Delacroix a été préemptée par le musée Delacroix pour un montant de 7.540 euros, a annoncé la maison Osenat dans un communiqué.

Dans la collection de manuscrits de Baudelaire, un poème adressé à son éditeur, Auguste Poulet-Malassis.
Dans la collection de manuscrits de Baudelaire, un poème adressé à son éditeur, Auguste Poulet-Malassis. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

D'autres textes de Baudelaire où apparaît sa belle écriture sinueuse étaient en vente : un poème d'amour "Les promesses d'un visage", des annotations contestant des violentes critiques littéraires des "Fleurs du mal" ("je n'ai jamais dit cela"), des écrits où il exprime son ennui, ses "idées noires", sa "fureur", sa haine de la "canaille française". 

Zola, Proust et autres grands écrivains mis à l'honneur

\"La Bête humaine\", annotée et corrigée par Emile Zola, sera elle aussi vendue par Osenat.
"La Bête humaine", annotée et corrigée par Emile Zola, sera elle aussi vendue par Osenat. (JACQUES DEMARTHON / AFP)
De nombreux autres écrivains des XIXe et XXe siècles figuraient dans cette vente prestigieuse, retraçant des échanges épistolaires passionnants sur de nombreux débats littéraires et scientifiques de ces époques. Ainsi, des épreuves de "La Bête humaine" d'Emile Zola, 17e roman de la série des Rougon-Macquart et hommage aux chemins de fer, corrigées de la main du romancier du réalisme social, sont mises en vente. Les écrits de Zola en mains privées sont très rares, la quasi-totalité ayant été remis à la Bibliothèque Nationale de France.
Détail du portrait photographique scandale de Marcel Proust (au centre) et Lucien Daudet (à droite), autre élément phare de cette vente.
Détail du portrait photographique scandale de Marcel Proust (au centre) et Lucien Daudet (à droite), autre élément phare de cette vente. (LEEMAGE)

Deux lettres autographes de Marcel Proust à sa mère, et un portrait photographique de 1896 où l'on voit Lucien Daudet, fils d'Alphonse Daudet, regardant amoureusement l'auteur de "Du côté de chez Swan" et s'appuyant sur son épaule. Une photo scandaleuse alors aux yeux de la famille de Proust. Des documents et lettres d'Hector Berlioz, de Louis-Ferdinand Céline, de Sigmund Freud, de Gustave Flaubert, d'Albert Einstein, de Stéphane Mallarmé, de Paul Verlaine, de Jean-Paul Sartre, pour ne citer que quelques noms, sont également dispersés ce 4 novembre par Osenat à Fontainebleau.