Mort de John le Carré : l'auteur Jean-Christophe Rufin salue son "maître"

Le spécialiste britannique du roman d'espionnage, mort ce samedi à 89 ans, est "un des plus grands écrivains du 20e siècle et du début du 21e siècle", estime Jean-Christophe Rufin qui l'avait côtoyé. 

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L'écrivain John Le Carré en 2016. (JOHN MACDOUGALL / AFP)

Le romancier britannique John le Carré, espion dans les années 1950 et mort à l'âge de 89 ans samedi 12 décembre est le "pape" du roman d'espionnage, salue l'écrivain français Jean-Christophe Rufin. Auteur du "Flambeur de la Caspienne", paru en juin 2020, l'ancien diplomate et ambassadeur à Dakar de 2007 à 2010, connaît bien les espions et le renseignement.

franceinfo : Pourquoi la littérature perd-elle un de ses plus grands auteurs aujourd'hui ?

Jean-Christophe Rufin : John le Carré est un des plus grands écrivains du 20e siècle et du début du 21e siècle. Quand nous serons dans 100 ans, et qu'on voudra savoir dans quel monde nous avons vécu, John le Carré est un de ceux qui pourra apporter les réponses les plus claires. C'était un vrai écrivain. Parfois déçu, d'ailleurs, d'être cantonné au seul genre du roman d'espionnage. Il avait fait des tentatives avec notamment "Un amant naïf et sentimental". Après la série "La Taupe", il a essayé de partir vers la littérature générale. En même temps, il était le pape de ces romans d'espionnage. C'est déjà une immense victoire personnelle et littéraire.

Vous avez connu John le Carré. Quel souvenir gardez-vous de lui ?

Celui d'un homme d'une grande timidité, très curieux. Pour préparer ses livres, il voyageait beaucoup, parfois sous des faux noms, des pseudonymes, de fausses identités. Sous les projecteurs, parfois lors de certaines émissions de télévision, John le Carré était parfois très mal à l'aise. On comprend ce malaise et cette culture du secret en lisant ses livres. On comprend que c'est un être blessé.

C'était quelqu'un qui avait besoin de se cacher, de se protéger.

Jean-Christophe Rufin

à franceinfo

Mais en confiance, dès qu'il était rassuré, il savait vaincre sa timidité. Il avait certes arrêté ses activités d'espionnage : mais il allait toujours voir, y compris après la guerre froide, ce que devenait le monde. Il a toujours eu ce contact avec le monde.

Comme John le Carré, peut-on dire que vous avez eu plusieurs vies, Jean-Christophe Rufin ?

Forcément, il y a des choses communes dans nos parcours. Mais je n'ai pas été espion ! J'ai été diplomate, j'ai dirigé des espions, d'une certaine façon. Au Sénégal, à Dakar, j'ai eu des gens dont c'est le métier, qui viennent vous rendre compte de la situation chaque semaine. En tout cas, j'ai toujours trouvé que le contact avec le monde, la connaissance du monde était la condition pour écrire. Il y a des écrivains qui se nourrissent, se retirent d'eux-mêmes et de leur propre histoire personnelle. J'ai toujours privilégié l'accès au monde. Et John le Carré a été pour cela un exemple extraordinaire : c'était pour moi un maître.

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