L'écrivain hongrois György Konrád, grande figure de la dissidence, est mort

Le romancier et essayiste hongrois, célèbre dissident sous le régime communiste, avait 86 ans.

L\'écrivain György Konrád en 2012 en France
L'écrivain György Konrád en 2012 en France (ULF ANDERSEN / Aurimages / AFP)

György Konrád, dont les romans et les essais ont été traduits dans le monde entier, est mort à son domicile des suites d'une longue maladie, a annoncé sa famille à l'agence de presse hongroise MTI.

Né le 2 avril 1933 dans une famille juive à Debrecen, une ville de l'est de la Hongrie, il grandit à Berettyoujfalu, près de la frontière roumaine. En juin 1944, il échappe de justesse à l'extermination de sa communauté par les nazis en sautant d'un train à destination de Budapest un jour avant la déportation des juifs de la ville dans le camp d'Auschwitz. Presque tous ses camarades de classe périront.

"Je suis devenu un adulte âgé de 11 ans", soulignera-t-il dans son autobiographie Départ et Retour (2001). En 1956, Konrád prend part à l'insurrection de Budapest contre le régime communiste, qui sera écrasée par les forces armées soviétiques. Mais contrairement à sa sœur et à des centaines de milliers de réfugiés, il décide de rester en Hongrie.

Ses livres sont interdits sous le régime communiste

Le premier roman de Konrád, Le Visiteur (1969), qui repose sur son expérience de travailleur social s'occupant d'enfants, sera traduit en treize langues. Travaillant plus tard en tant que sociologue urbain, Konrád co-rédige un essai portant sur les problèmes sociaux dans les nouveaux logements collectifs, mais il se heurte aux autorités communistes.

Entre 1973 et 1988, ses ouvrages sont presque systématiquement interdits et publiés soit à l'étranger, soit clandestinement sous la forme de "samizdat".

Konrád, l'un des écrivains hongrois les plus connus à l'étranger à cette époque, est élu président de l'association internationale de défense des droits des auteurs PEN club en 1990. Lauréat de plusieurs prix de littérature en Hongrie et à l'étranger, il devient en 1997 le premier étranger élu à la tête de la prestigieuse Akademie der Kunste de Berlin.

Farouche opposant de Viktor Orban

György Konrád aura surtout été une figure de premier plan de la dissidence qui a abouti à la fin du communisme en Hongrie en 1989.

Cofondateur du parti libéral SZDSZ en 1988, il est devenu des décennies plus tard un opposant farouche à l'actuel Premier ministre hongrois Viktor Orban. C'est "l'homme politique le plus toxique que la Hongrie ait connu depuis la chute du communisme", a dit Konrád d'Orban après l'orchestration par le gouvernement d'une campagne médiatique contre le financier et homme d'affaires américain d'origine hongroise George Soros en 2017.