Affaire Matzneff : Gallimard interrompt "la commercialisation" du journal de l'écrivain

C'est la première fois que Gallimard prend une telle mesure

Gabriel Matzneff au salon du Livre de Paris Porte de Versailles en mars 2008. 
Gabriel Matzneff au salon du Livre de Paris Porte de Versailles en mars 2008.  (BALTEL/SIPA)

Gallimard a annoncé, mardi 7 janvier, l'arrêt de la commercialisation du journal de l'écrivain Gabriel Matzneff, qui fait l'objet d'une enquête pour viols sur mineurs et est mis en cause dans le livre d'une éditrice racontant sa relation sous emprise avec lui, quand elle avait 14 ans.

"La souffrance exprimée par Madame Vanessa Springora dans Le Consentement, fait entendre une parole dont la force justifie cette mesure exceptionnelle", affirme dans un communiqué la maison d'édition qui publiait le journal de Gabriel Matzneff depuis 1990.

Les éditions de La Table Ronde (groupe Madrigall, contrôlé par Antoine Gallimard), qui ont publié cinq volumes du Journal de l'écrivain entre 1979 et 1992, ont également cessé la commercialisation de ces livres.

Une première pour Gallimard

Les exemplaires encore présents en librairie du journal de Gabriel Matzneff, dont le dernier volume L'Amante de l'Arsenal sorti en novembre, vont être rappelés. C'est la première fois que Gallimard prend une telle mesure, a indiqué à l'AFP la maison d'édition.

La décision a été prise alors que l'écrivain de 83 ans est visé depuis le 3 janvier par une enquête pour "viol sur mineur" de moins de 15 ans, ouverte 24 heures après la sortie du livre accusateur de Vanessa Springora, directrice des Editions Julliard. Dans Le Consentement (Grasset), cette femme de 47 ans raconte comment elle a été séduite par Gabriel Matzneff alors qu'elle n'avait même pas 14 ans (et lui presque 50 ans), ainsi que les blessures laissées par cette histoire, sous emprise, sur son existence. "A quatorze ans, on n'est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n'est pas supposé vivre à l'hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l'heure du goûter", raconte-t-elle dans cet ouvrage qui s'est installé dans le top 5 des ventes physiques et numériques en littérature sur Amazon France.

Le goût de l'écrivain pour les "moins de 16 ans" et pour le tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie, qu'il a raconté dans de nombreux ouvrages, a pendant longtemps été toléré dans le monde littéraire. Il a été distingué en 2013 par le prix Renaudot essai. Mais le témoignage de Vanessa Springora semble changer la donne. Avant même sa sortie le 2 janvier, Le Consentement a fait parler de lui dans un contexte de dénonciation des violences sexuelles marquées notamment par les récentes accusations de l'actrice Adèle Haenel à l'encontre du cinéaste Christophe Ruggia.

Une allocation et ses décorations retirées ? 

L'écrivain octogénaire pourrait se voir retirer une aide publique accordé à des auteurs vieillissants ayant de faibles revenus. Le ministre de la Culture Franck Riester a estimé le 6 janvier que cette allocation accordée par le Centre national du livre, dont il bénéficie depuis 2002, n'était "pas justifiée". Une commission restreinte va être mise en place rapidement pour décider de la reconduction des allocations de ce système appelé à disparaître progressivement. "Est-ce que M. Matzneff par le caractère autobiographique de ses récits contribue par ses écrits à la renommée de la littérature française en se faisant le chantre de la pédocriminalité ? Je considère que non. Est-ce que le train de vie fastueux décrit dans ses livres justifie le versement d'une telle allocation ? Je considère également que non", a affirmé mardi 7 janvier le ministre lors d'un point presse.

Il propose également de réexaminer les décorations remises à Gabriel Matzneff, officier des Arts et Lettres depuis 1995 et chevalier de l'Ordre national du mérite depuis 1998, dans le cadre des prochaines réunions des organismes les attribuant.