Rencontre avec un libraire autour de Quais du Polar : "La mode est au roman policier français"

Alors que les Quais du Polar occupent la ville de Lyon pendant tout le dernier weekend de mars, Culturebox a fait le point du genre avec Gabriel Pflieger, un libraire de la Croix-Rousse passionné de romans policiers. On en retient que les auteurs français ont le vent en poupe mais aussi que le polar devient poreux et contamine toute la littérature.

-Culturebox : Quelle est la part des ventes de polars dans votre librairie ? (Vivement Dimanche, à Lyon)
-Gabriel Pflieger : Pour notre librairie, ça represente environ 10% du chiffre, donc c'est une part assez importante et en constante augmentation au fil des ans.

-Certains lecteurs se consacrent-ils uniquement au polar, à l'exception de tout autre littérature ?
- Oui, il y a des gens qui ne lisent que çà mais en même temps le polar a tendance à contaminer les autres genres et, parfois, il y a des livres qui sortent chez des éditeurs de littérature dite "blanche" mais qui sont de vrais polars. Les gens les lisent sans s'en rendre compte. C'est difficile de dire que certains ne lisent que ça, c'est un genre assez poreux, il y a des passerelles. On a du mal à borner les genres. Et puis les auteurs de polar passent d'un genre à l'autre et parfois sont plus reconnus quand ils changent de genre; on pense par exemple à Pierre Lemaître qui a eu le prix Gongourt (2013 pour "Au revoir la-haut", ndlr) alors qu'auparavant il n'avait écrit que des polars. Nicolas Mathieu vient d'avoir le Goncourt (pour "Leurs enfants après eux", ndlr) alors que son premier livre, "Aux animaux la guerre", était déjà un polar. Certains auteurs changent de genre, ils écrivent des polars et passent à autre chose. et donc il n'y a pas vraiment de frontière. 
Il existe a un engouement international autour du roman policier français, il est fortement ressenti dans cette édition 2019 des Quais du Polar.
-Le polar a considérablement évolué, on n'est plus à l'époque des romans de gare, quasiment jetables.
- Il y a eu des maîtres du genre qui ont considérablement contribué à donner ses lettres de noblesse au genre. Des auteurs américains comme Raymond Chandler ou Dashiell Hammett. Leur écriture n'a pas du tout vieilli, c'est toujours extrêmement moderne. On constate aujourd'hui une grande floraison du genre avec une grande variété. Il y a à la fois des romans noirs, des romans d'enquête, des thrillers un peu domestiques, des livres historiques, certains qui sont presque sociologiques, des documents de non-fiction, des documentaires... C'est un genre très varié avec une grande créativité. Il faut sortir des idées reçues, il y a des choses très intéressantes à découvrir. Mais la Série Noire, qui est toujours là, c'était aussi de la littérature. Pendant longtemps, c'était beaucoup les Américains. Dans le polar, aujourdhui avec la mondialisation, les gens se lisent les uns les autres dans le monde entier et s'influencent. Du coup, il y a eu des vagues différentes de polar, comme ces dernières années la vogue du polar nordique.

Les polars français sont aussi défendus par un gros réseau de librairies, parce qu'en France on est dans le pays du monde où il y a le plus de librairies. C'est une spécificité. Quand on va à l'étranger, on se rend compte qu'il n'y a qu'en France que c'est comme ça. Ce qui fait aussi qu'on a une littérature dynamique et beaucoup de lecteurs. C'est un écosystème qu'il faut préserver.

-Et que lisez-vous en ce moment ?
-Moi, j'ai le plaisir de m'occuper de quatorze auteurs en particulier sur le salon. Donc je ne me suis concentré sur eux. Déjà, c'est beaucoup à lire en un mois. Donc là, je suis en train de finir le livre qu'on écrit ensemble deux grands maîtres du polar français.  Patrick Raynal, l'ancien directeur de la série noire, et Jean-Bernard Pouy. Le livre s'appelle "Lord Gwynplaine" (Albin Michel). c'est un remake du "Comte de Monte-Cristo"  contemporain, avec les corruptions politiques sous Charles Pasqua... c'est un très très bon bouquin.