Les "Poulidor" du prix Goncourt : qui sont ces auteurs souvent sélectionnés mais jamais primés ?

Le prix Goncourt couronne chaque année un auteur de langue française après plusieurs phases de sélection. 

L\'écrivain Jean-Philippe Toussaint en 2002 à Paris. 
L'écrivain Jean-Philippe Toussaint en 2002 à Paris.  (JOEL SAGET / AFP)

Le 4 novembre prochain, le plus prestigieux prix français couronnera "le" meilleur roman en langue française de l’année. Avant le verdict, habituellement communiqué en présence de la presse au restaurant Drouant à Paris, l’Académie Goncourt passe par trois sélections. La première compte généralement 15 romans (parfois plus). Cette liste se resserre lors de la deuxième sélection à 8 romans pour finir avec 4 titres, avant que le lauréat ne soit déclaré.

Des phases de sélection qui suscitent spéculations et tensions. Certains auteurs sont longtemps favoris avant d'obtenir le précieux sésame. Lorsque La carte et le territoire gagne le prix Goncourt en 2010, Michel Houellebecq en est à sa quatrième participation. L'auteur français, parmi les plus célèbres à l'étranger, a "raté" une première fois le Goncourt en 1998 (avec Les particules élémentaires), contre Paule Constant. Une défaite qui passe mal : "Mon éditeur, Flammarion, n'avait pas de ligne budgétaire pour acheter les jurés", raconte-t-il. Il repart également bredouille en 2001 (Plateforme) puis en 2005 (La Possibilité d'une île).

Encore aujourd'hui, certains auteurs reviennent régulièrement dans les sélections, sans jamais décrocher le prix. Voici les éternels sélectionnés de ces quinze dernières années.

Amélie Nothomb : "Le Goncourt a renoncé à moi"

Depuis quinze ans, l'écrivaine belge a été sélectionnée cinq fois. En 2004 (Biographie de la faim), 2006 (Journal d'Hirondelle), 2007 (Ni d'Eve ni d'Adam), 2010 (Une forme de vie) et 2019 (Soif). En réalité, Amélie Nothomb se qualifie dès 1999 pour Stupeur et tremblements. Au Goncourt 2019, elle fait partie du carré final. La romancière concourt avec son 28e roman, Soif, récit des derniers instants du Christ. Elle fait partie des favoris. En 2014, Amélie Nothomb affirme pourtant  "le Goncourt, il ne faut pas rêver, je ne l'aurai jamais". "Je crois que c'est eux qui ont renoncé à moi", explique-t-elle.

Karine Tuil : rendez-vous une année sur trois

Comme Amélie Nothomb, la romancière Karine Tuil a été sélectionnée cinq fois en quinze ans. En 2008 pour La Domination, 2010 pour Six mois, six jours, 2013 avec L'invention de nos vies (elle atteint la finale cette année-là), puis 2016 pour L'Insouciance. Elle figure sur la première sélection du Goncourt 2019 pour Les choses humaines, récit inspiré d'une célèbre affaire de viol, mais son nom disparaît dès le deuxième tour. Pas de Goncourt cette année pour Karine Tuil, ce qui n'empêche pas des ventes au beau fixe : Les choses humaines reste dans le top 30 des meilleures ventes "roman", neuf semaines après sa sortie.

Delphine de Vigan : succès au Goncourt… des lycéens

Derrière ces deux romancières, une autre écrivaine, Delphine de Vigan, fait partie des auteurs les plus sélectionnés ces quinze dernières années. Elle cumule quatre apparitions dans les listes. D'abord en 2007 avec No et moi (adapté au cinéma par Zabou Breitman). En 2009 Les heures souterraines, roman mettant en scène deux personnages en souffrance, l'amène en finale. Mais c'est Trois Femmes puissantes de Marie Ndiaye qui obtient le Goncourt cette année-là. Delphine de Vigan est également sélectionnée en 2011 pour Rien ne s'oppose à la nuit puis en 2015 pour D'après une histoire vraie. Ce dernier ne lui vaut pas le Goncourt mais le Goncourt des lycéens. Une bonne alternative sachant que ce prix est plus populaire que le Goncourt, avec en moyenne 443 100 exemplaires écoulés entre 2012 et 2016.

Jean-Philippe Toussaint : le "Poulidor" du Goncourt

Les auteurs belges ont la cote auprès de l'Académie Goncourt. Sélectionné trois fois depuis 2004, Jean-Philippe Toussaint tire son épingle du jeu. Il est le seul candidat à avoir figuré trois fois sur la troisième et dernière liste du prix : en 2005 pour Fuir, en 2009 avec La vérité sur Marie et en 2013 pour Nue. Souvent bien placé mais jamais gagnant, Jean-Philippe Toussaint est le "Poulidor" du Goncourt, du nom du cycliste Raymond Poulidor, célèbre pour être monté huit fois le podium du Tour de France en quatorze ans... sans jamais porter le maillot jaune.