(FRANCOIS GUILLOT / AFP)

GRAND FORMAT. Patrimoine méconnu, lente féminisation, secrètes élections... Bienvenue à l'Académie française

Les "quarante" sont désormais 35. Le romancier Patrick Grainville, lauréat du Goncourt en 1976 pour Les Flamboyants, a été élu à l'Académie française, au fauteuil numéro 9, jeudi 8 mars. Il reste cinq sièges inoccupés, dont le numéro 12, celui de Jean d’Ormesson, et le 13, celui de Simone Veil. Les années 2016 et 2017 ont laissé un grand vide à l'Académie.

Les Immortels reçoivent, mardi 20 mars, la visite d'Emmanuel Macron. Le chef de l'Etat a choisi la Coupole pour dévoiler son "plan pour la promotion de la langue française et du plurilinguisme", à l'occasion de la Journée internationale de la francophonie. Une visite symbolique quai de Conti, où l'on s'efforce de veiller, depuis 1634, à la conservation et au perfectionnement de la langue française. 

Mais connaissez-vous bien cette institution ? Depuis 384 ans, l'Académie française, affectueusement surnommée "la vieille dame du quai de Conti", conserve bien des secrets, qu'ils concernent son mode de fonctionnement, ses traditions, le mode d'élection de ses membres ou la rédaction du dictionnaire... Franceinfo dresse son portrait.

Au centre, Alain Finkielkraut et Valéry Giscard d\'Estaing, le jour de l\'entrée du philosophe à l\'Académie française, le 28 janvier 2016.
Au centre, Alain Finkielkraut et Valéry Giscard d'Estaing, le jour de l'entrée du philosophe à l'Académie française, le 28 janvier 2016. (EREZ LICHTFELD / SIPA)

Un club d'intrigues et de malédictions

Imprévisible la veille, inexplicable le lendemain." Ainsi les académiciens se plaisent-ils à résumer le mystère qui entoure l’élection de leurs pairs. Si n'importe quel homme ou femme de moins de 75 ans peut proposer sa candidature, il est conseillé aux impétrants d'être pressentis, voire sollicités, avant de se lancer. L'Académie devient alors un lieu de conciliabules et de luttes d'influence. Elle prend même des airs de club des tireurs de ficelles, comme en témoigne la fracassante élection d'Alain Finkielkraut, en avril 2014.

Lors d'une séance informelle, fin 2013, les Immortels échangent quelques noms de potentiels candidats pour le siège de Félicien Marceau. Le nom d'Alain Finkielkraut est "cité en premier choix à plusieurs reprises", assure à Vanity Fair la "tsarine" Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie, chargée de représenter l'institution. L’académicienne Florence Delay raconte pourtant au magazine que les noms de Sylviane Agacinski, Jean ­Echenoz, Maylis de Kerangal ou encore Julia Kristeva ont aussi été évoqués. Surprise : "On en était à ce stade de la discussion quand la lettre de candidature de Finkielkraut nous est subitement parvenue. On a alors eu la désagréable impression que les jeux étaient faits", regrette-t-elle.

Avant de se porter candidat, l'auteur de L'Identité malheureuse a aussi reçu d'"amicales pressions" de Jean d'Ormesson. Pourtant, Alain Finkielkraut hésite. Il sait qu'il ne fait pas l'unanimité. Il est perçu par certains Immortels comme une personnalité "clivante". Les qualificatifs "homophobe" et "raciste" fusent sous la Coupole. Il gêne l'écrivain Dominique Fernandez, cité par Vanity Fair : "Son défaitisme, son déclinisme, son islamophobie... Tout cela est quand même dérangeant." Un autre Immortel lâche même : "Le Front national ne doit pas entrer sous la Coupole." Catégorique, Jean d'Ormesson campe sur ses positions : "S'il n'est pas élu, je ne mettrai plus les pieds à l'Académie." 

Ce n’est pas vous qui avez besoin de l’Académie, c’est l’Académie qui a besoin de vous.

Jean d'Ormesson, à Alain Finkielkraut

Rarement une élection aura autant mis le feu sous la Coupole. Alain Finkielkraut remporte tout de même la timbale, par 16 voix sur 28, malgré 8 croix noires (signifiant le refus de tous les candidats), qui lui restent en travers de la gorge. Dès le lendemain, sur Europe 1, "Finkie" règle ses comptes en dénonçant une "conjuration conduite par Dominique Fernandez et François Weyergans". "Quel malotru !", commente un confrère, qui lui a pourtant donné sa voix.

Dix ans plus tôt, l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing avait déjà divisé les Immortels. En novembre 2003, l’ancien président de la République se porte candidat au fauteuil 16, vacant depuis la mort du poète et ancien président sénégalais Léopold Sédar Senghor. VGE, loin d'être un écrivain reconnu, n’envisage de se présenter qu’à condition d’être "assurément élu", raconte alors Le Canard enchaîné. C'est encore l'influent Jean d'Ormesson, ami d'enfance de l'ancien chef d'Etat, qui mène campagne. Les anti-VGE fulminent. Maurice Druon dénonce cette candidature dans Le Figaro littéraire. Les ouvrages du postulant "ne l'imposent pas dans l'histoire de la littérature française", écrit-il. L’auteur des Rois maudits ne pardonne pas à Giscard d’avoir fait "perdre au général de Gaulle le référendum de 1969, causant son départ, un an avant sa mort". VGE est quand même élu au premier tour, avec 19 voix sur 34.

Au-delà des querelles, il y a aussi des fauteuils capricieux, comme le numéro 32, longtemps considéré comme "maudit". L'essayiste Robert Aron est mort six jours avant de pouvoir s'y asseoir, en avril 1975. L'avocat Georges Izard n'y est resté que de 1971 à 1973. Le 32 est surtout resté vide pendant huit ans, après la mort de l'historien d'art Maurice Rheims, en mars 2003. Le romancier Alain Robbe-Grillet devait lui succéder, mais n'a jamais passé les portes de l'Académie. Elu le 25 mars 2004, le chef de file du Nouveau roman est mort avant qu'une date ne soit fixée pour sa réception.

La malédiction est levée le jeudi 16 juin 2011. A 15 heures, Erik Orsenna entame son discours d’accueil pour François Weyergans, l'auteur de Trois jours chez ma mère, prix Goncourt 2005. L'écrivain franco-belge n'est pas arrivé, ce qui donne un ton encore plus cocasse aux premiers mots de l'éloge, déjà moqueur, d'Erik Orsenna : "Monsieur, vous voici. Vous voici enfin ! (...) Nous avons failli attendre." Il a déjà fallu plus de deux ans à François Weyergans pour faire tailler son habit vert, écrire son discours et l'envoyer à ses futurs confrères. L'auteur du Pitre arrive sous la Coupole avec quinze minutes de retard.

Imprévisible et inexplicable, la liste des recalés l'est aussi. Parmi eux, Molière, Alexandre Dumas père, Gustave Flaubert, Stendhal, Maupassant… Emile Zola, 24 fois candidat, n'a jamais obtenu le quorum. Les Immortels peuvent ainsi jeter l'anathème sur un postulant, d'une simple croix noire sur leur bulletin orange, ou l'adouber en écrivant son nom à la main. Sur quels critères ? Dans les colonnes de Libération, en 2003, l’académicien Jean-Marie Rouart reconnaît qu'"une fois sur deux, l'Académie n'a rien à voir avec la littérature".

Un illustre candidat a été refoulé pour la simple raison qu'il avait la fâcheuse habitude d'embrasser tout le monde.

Alain Decaux

Nombre de ses membres ne brillent d'ailleurs pas par leur œuvre littéraire, mais tous sont considérés comme "des gens de bonne compagnie". Les Immortels n'ont ni à révéler ni à justifier leur vote. Après le dépouillement, tous les bulletins sont brûlés.

L\'Institut de France, qui abrite l\'Académie française, quai de Conti, à Paris, le 1er février 2016.
L'Institut de France, qui abrite l'Académie française, quai de Conti, à Paris, le 1er février 2016. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Un bas de laine faramineux

Il y a des décisions qu’il faut savoir prendre quand rien ne vous y oblige." Le 7 octobre 1999, Maurice Druon démissionne du poste de secrétaire perpétuel de l'Académie française. Il quitte alors "l'un des plus beaux appartements de fonction de la capitale" : "400 mètres carrés de dorures et de lambris (...) avec vue imprenable sur la Seine et le Louvre", détaille le journaliste Daniel Garcia, auteur de Coupole et dépendances. Enquête sur l'Académie française, sur le site Mediapart.

Mais la Compagnie ne jette pas ses membres à la rue. Pour les accueillir, elle dispose d’un patrimoine immobilier considérable. L'Institut de France (qui chapeaute les cinq Académies), possède 56 200 mètres carrés habitables dans Paris, évalués à environ 340 millions d'euros. La plupart de ces biens ont été donnés ou légués aux différentes Académies, qui bénéficient d’une fiscalité avantageuse. La "française" possède à elle seule 10 000 mètres carrés habitables dans la capitale et les utilise selon son bon vouloir, explique la Cour des comptes dans un rapport publié en avril 2015. Maurice Druon n'en trouve aucun à son goût. L'Académie lui laisse donc le choix d'un logement dont elle paiera le loyer. Il jette son dévolu sur un appartement du 7e arrondissement. "Il comprenait sept pièces réparties sur deux étages, et sa valeur locative moyenne a été estimée, en valeur 2012, à 5 400 euros par mois", précise la Cour des comptes.

A la mort de l’écrivain, en 2009, le comptable de l'Académie résilie le bail, mais offre de prendre en charge le futur logement de sa veuve. Un appartement de la rue du Ranelagh, dans l'élégant 16e arrondissement, lui est proposé, mais ne l'intéresse pas. L'Académie choisit donc "d'accorder une 'compensation' à madame Druon sous la forme d'une participation financière de 3 000 euros par mois", détaille encore la Cour des comptes, qui souligne que ce "régime de faveur" n'a "ni base juridique", ni "fondement objectif".

Selon la loi, l'Institut et les Académies sont "placés sous la protection du président de la République" et "s'administrent librement". L'Académie française verse "une somme nette d’environ 3 810 euros par an" aux Immortels, et double cette indemnité pour "les quatre doyens d’âge et les quatre doyens d’élection". Mais l'institution prévient aussi que "la répartition de l'indemnité académique obéit à des modalités assez compliquées". Il en va de même pour les salaires versés aux agents de l'Académie, dont les fonctionnaires du service du Dictionnaire. Pour la Cour des comptes, la politique salariale de l’Académie n'est pas "compliquée", elle est "opaque" et "non encadrée".

Dès qu'il s'agit de parler d'argent, l'Académie "se ferme comme une huître", affirme Daniel Garcia à Europe 1. Ce qui n'a pas empêché le journaliste d'enquêter aussi sur le coût de l'apparat. Il détaille dans son livre que l'habit vert d'un académicien peut lui coûter jusqu'à 35 000 euros s’il est conçu "dans les règles de l'art", ou 15 000 euros s'il est confié au tailleur de l’armée. La plupart des académiciens font appel à de grands couturiers. Karl Lagerfeld avait dessiné l'habit de Simone Veil, quand Alain Finkielkraut a confié la confection du sien à un tailleur de la rue de la Paix et suivi les conseils de l’ancienne égérie de Chanel, Inès de la Fressange.

L'épée, quant à elle, peut coûter jusqu'à 100 000 euros. Elle est offerte au nouvel académicien "par ses amis et admirateurs, grâce à l’ouverture d’une souscription", baptisée "comité de l’épée", explique l’Académie. Celle de Jean Cocteau, qu'il avait lui-même dessinée, avait été réalisée par le bijoutier Cartier. Elle était sertie de diamants. Et, comme les femmes peuvent être dispensées de porter l'arme qui symbolise leur œuvre, Jacqueline de Romilly avait choisi d'arborer un sac à main brodé.

L\'Académie française, en octobre 1937.
L'Académie française, en octobre 1937. (AFP)

La "vieille dame" qui n'aimait pas beaucoup les femmes

Le 22 janvier 1981, Marguerite Yourcenar entre à l'Académie française, accompagnée, dit-elle"d’une troupe invisible de femmes qui auraient dû, peut-être, recevoir beaucoup plus tôt cet honneur". Après avoir remercié la Compagnie de lui faire l'"honneur sans précédent" de l’accueillir, l'écrivaine rend ainsi hommage aux femmes qui auraient pu la précéder, si l'Académie n’avait pas été, pendant 350 ans, un club réservé aux hommes.

Marguerite Yourcenar se garde bien d'évoquer la misogynie de l'institution qui, selon elle, "s'est simplement conformée aux usages qui volontiers plaçaient la femme sur un piédestal, mais ne permettaient pas encore de lui avancer officiellement un fauteuil". Elle prend mille précautions avec ses confrères, qui se sont déchirés autour de sa candidature, portée d'abord par Jean d'Ormesson, élu en 1974. De misogynie, pourtant, certains Immortels n'ont pas manqué. Si Maurice Schumann et Eugène Ionesco soutiennent l'auteure des Mémoires d'Hadrien à voix haute, d'autres pensent qu'"élire une femme, c'est ébranler les colonnes du temple", alors que rien ne l'interdit dans les règlements de l'Académie, résume Jean d'Ormesson dans L'Express.

D'ici peu, vous aurez 40 bonnes femmes qui tricoteront pendant les séances du Dictionnaire.

Maurice Druon

Claude Lévi-Strauss explique sa réticence par l'ethnologie, sa spécialité. Il évoque les tribus qu'il a étudiées. "Quand celles-ci changeaient quelque chose de fondamental à leur organisation, nous a-t-il dit, elles disparaissaient. Selon lui, il en allait de même pour l'Académie", se rappelle Alain Decaux, également dans L'Express. Jean d'Ormesson se souvient d'autres arguments "extrêmement cons". "Il est déjà très difficile de se voir vieillir entre nous, les hommes, comment supporterons-nous de voir vieillir une femme ?" aurait lancé l’un d’eux, toujours dans l'hebdomadaire. Jean Guitton, ouvertement réfractaire, estimait quant à lui que Marguerite Yourcenar "en tant que femme" avait "autre chose à faire que de siéger parmi 40 hommes". Sur ce point, il n’avait pas totalement tort. Installée aux Etats-Unis, Marguerite Yourcenar n'a jamais pointé son nez aux séances sous la Coupole.

Elle n’a pas non plus ouvert en grand les portes de l'Académie à ses consœurs. Après elle, il a fallu encore huit ans avant qu'une autre femme, l'helléniste Jacqueline de Romilly, rejoigne la Compagnie. Si ses travaux sur la Grèce antique sont internationalement reconnus, elle a de façon plus anecdotique laissé son nom à la pause de 10h30, les jeudis matin, lorsque la commission du Dictionnaire se réunit. En tout, huit femmes seulement ont endossé l'habit vert. Faute de candidatures ? Un académicien (ou une académicienne) anonyme, cité par Le Monde, souffle une autre explication : Hélène Carrère d’Encausse "massacre toutes les candidatures féminines qu’on lui soumet (…) la plus dure, c’est elle".

Le premier tome de la neuvième édition du Dictionnaire de l\'Académie française.
Le premier tome de la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie française. (JEAN-PIERRE MULLER / AFP)

Dictionnaire, nom masculin

Mais au fait, à quoi sert l’Académie française ? Ses statuts établissent que sa "principale fonction" est de "donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences". A ce titre, elle rédige un célèbre dictionnaire, dont la première édition date de 1694. La neuvième est en cours d’élaboration depuis 1986, par le service du Dictionnaire et son peloton d'agrégés de lettres classiques ou modernes, de grammairiens, de lexicographes, de philosophes et d'historiens.

Chaque jour, ces spécialistes préparent la séance du jeudi matin, pendant laquelle les académiciens membres de la commission du Dictionnaire débattent et votent pour adopter les termes qui auront l'honneur de figurer dans l’ouvrage. "Les académiciens peuvent passer deux heures sur une définition", raconte Le Figaro. Parmi les questions récurrentes auxquelles ces derniers doivent répondre se pose celle de la féminisation des noms. Longtemps avant les récents débats autour de l’écriture inclusive, l'assemblée a mis un point d'honneur à défendre le masculin comme genre unique pour certains métiers et fonctions.

Ainsi, dans sa cinquième édition, entamée en 1798, l'Académie refuse de féminiser le mot "auteur". "Au sujet d’une femme qui a composé un livre (...) on dit simplement une femme auteur", est-il précisé, à la page 103. "Autrice", "auteure", "auteuse" n’existent pas. "Ecrivaine" connaît le même sort. En 1891, la romancière Marie-Louise Gagneur réclame à l'Académie française la féminisation des deux termes. "La carrière d’écrivain n’est pas celle de la femme", lui répond Charles de Mazade pour justifier cette absence, selon Le Matin. Son confrère Leconte de Lisle ajoute que "autrice ou auteuse (...) déchire absolument les oreilles".

Depuis les années 1980, la Compagnie lutte encore plus activement contre la féminisation de la langue française. Et au XXIe siècle, les arguments n'ont pas beaucoup changé. "Ecrivaine" rime avec "vaine", répètent les Immortels, oubliant que le masculin rime avec "vain". L'académicien Marc Fumaroli refuse par exemple l'emploi du mot "rectrice", qui lui fait penser à "rectal", mais n'a pas de problème avec "directrice". Le féminin "pharmacienne" figure dans le Dictionnaire de l’Académie, mais pas "chirurgienne". La "boulangère" et la "vendeuse" trouvent pourtant leur place dans l'ouvrage. "Plus on monte dans la hiérarchie des professions, plus on arrive aux emplois traditionnellement exercés par des hommes et plus le sujet devient sensible", relève Le Monde.

Les femmes de lettres vont devoir encore patienter : l'Académie rejette toujours l'emploi du féminin "autrice". "Déclaration après déclaration, article après article, ils font étalage de leur ignorance, de leurs confusions, de leurs incohérences, de leurs prétentions, de leur mauvaise foi", dénoncent ainsi les auteures de L'Académie contre la langue française (Editions iXe), essai paru sous la direction de l'universitaire Eliane Viennot. Les académiciens ne "savent pas le b.a.-ba de la linguistique", assure d’ailleurs la chercheuse à franceinfo.

Les académiciens sont contre la féminisation des mots, mais ne savent pas dire pourquoi.

Eliane Viennot, professeure émérite de littérature française

La dernière charge de l'Académie remonte à octobre 2017. Dans un communiqué, elle formule une "solennelle mise en garde" contre l’écriture inclusive, qui ferait courir à la langue un "péril mortel". Dans son viseur, le "point médian" ou "point milieu", qui pourrait dans certains cas servir à emboîter le masculin et le féminin dans un seul mot (comme dans "des directeur·trice·s"). Comme un seul homme, Immortels et Immortelles s’inquiètent de cette "multiplication des marques orthographiques et syntaxiques" qu'induit l'écriture inclusive, qui "aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression, créant une confusion qui confine à l'illisibilité".

Cette déclaration "à l’unanimité" n'a toutefois pas été votée par l’académicienne Dominique Bona, qui s'est abstenue, révèle Le Monde, auquel elle explique être favorable à la féminisation généralisée des noms de métiers : "Les femmes ont passé des diplômes, accédé à toutes les professions, montré leurs talents, pourquoi leur refuserait-on cela ?" Dans le camp opposé, Marc Fumaroli considère le masculin comme plus valorisant. "Madame le président" ferait "mieux valoir la victoire du sexe dit 'faible' dans les hautes régions du pouvoir", tandis que "Madame la présidente" ne serait que "niaise flatterie", explique-t-il au Figaro.

A la demande de la Cour de cassation, la Compagnie a toutefois promis de s’atteler à une réflexion sur la féminisation de la langue. Les premiers débats devaient débuter le 7 décembre et donner l'occasion aux académiciens de s'interroger sur leur bataille, semble-t-il déjà perdue. Jusque dans le Journal officiel, sur lequel ils ont pourtant un droit de regard, les plus hautes fonctions sont désormais féminisées. La presse et les manuels scolaires féminisent de plus en plus la langue et adoptent même, dans certains cas, l'écriture inclusive et son "mortel" point médian. Avec ou sans l'accord de l'Académie et de son Dictionnaire, le masculin ne l'emportera bientôt plus sur le féminin.