Le Robert reconnaît une définition "trop implicite" après des critiques sur le sens du mot "frotteur"

Les lexicographes chargés de mettre à jour le célèbre dictionnaire n'ont pas précisé que cette pratique sexuelle était non-consentie par les victimes et qu'il s'agissait de fait d'une agression sexuelle.

Un dictionnaire Le Petit Robert le 21 mai 2015 à Bordeaux (Gironde).
Un dictionnaire Le Petit Robert le 21 mai 2015 à Bordeaux (Gironde). (MAXPPP)

"Personne, souvent homme, qui recherche les contacts érotiques à la faveur de la promiscuité des transports en commun." Cette définition du "frotteur" a fait son apparition dans les nouvelles éditions des dictionnaires Le Robert illustré et Le Petit Robert. Mais celle-ci a été très critiquée, lundi 14 mai, sur les réseaux sociaux. Car elle omet de dire que ce comportement relève d'une agression sexuelle. En outre, la notion de consentement n'est jamais mentionnée.

Pour Héloïse Duché, fondatrice du collectif Stop harcèlement de rue, cette définition se place "du côté des agresseurs". "Utiliser leur définition, c'est nier le fait qu'il s'agisse d'une agression sexuelle. C'est même pire : en en faisant une pratique érotique, cela sublime le geste et le valorise", a-t-elle dénoncé sur BFMTV.

Un ajout dans la prochaine édition

En réaction à ces critiques, les éditions Le Robert ont finalement fait leur mea culpa sur Twitter.

"Il manque clairement la notion de non-consentement ou d'agression sexuelle. (...) On va l'ajouter dans la version en ligne rapidement. La version papier sera retravaillée l'année prochaine", a également réagi Isabelle Neltner, responsable du service communication des éditions Le Robert, sur BFMTV. 

"Un vrai oubli"

"C'est trop implicite, pas assez précis", admet aussi Edouard Trouillez, lexicographe interrogé par le HuffPost, qui a travaillé sur cette édition et sur la définition du "frotteur". Il regrette la publication du dictionnaire sans la notion de non-consentement, un "vrai oubli",  selon lui. "Il sera peut-être nécessaire de faire un tour de relecture supplémentaire", estime le lexicographe. "C'est quand même fou qu'une telle définition puisse sortir ainsi. Que personne au sein d'une institution aussi importante que Le Robert, qui donne le ton de la langue française, n'ait vu qu'elle posait problème", déplore Héloïse Duché.