Le chef-d'œuvre de George Orwell, "1984", paraît dans une nouvelle traduction

Depuis sa première publication en français en 1950, l'ouvrage n'avait jamais bénéficié d'une nouvelle version. Dans cette nouvelle édition, l'expression "novlangue" devient le "néoparler" et "les slogans du Parti" ont été légèrement modifiés.

Une édition de l\'œuvre de George Orwell à Los Angeles, en Californie (Etats-Unis), le 25 janvier 2017.
Une édition de l'œuvre de George Orwell à Los Angeles, en Californie (Etats-Unis), le 25 janvier 2017. (JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

"Big Brother" ne "vous" regarde plus, mais il "te" regarde. Publié en français pour la première fois il y a près de soixante-dix ans, le chef-d'oeuvre de George Orwell, 1984, reparaît, jeudi 24 mai, chez Gallimard dans une nouvelle traduction dont l'ambition est "de restituer la terreur dans toute son immédiateté". "Big Brother", "novlangue"... Les mots qui hantent la célèbre dystopie d'Orwell sont passés dans le langage courant et traduire ce monument de la littérature mondiale ne va pas de soi.

"A la première version [œuvre de la traductrice Amélie Audiberti] toute notre gratitude est due car c'est bien elle qui a 'passé' le texte sur notre rive linguistique", explique la traductrice Josée Kamoun dans une note placée à la fin du volume qu'elle a traduit. Jamais depuis sa première publication en français, en 1950, 1984 n'avait bénéficié d'une nouvelle version.

Le présent préféré à l'imparfait

L'expression "Big Brother" a été maintenue dans cette nouvelle version. "Le terme Big Brother peut être compris de tous ou presque", explique Josée Kamoun. Elle fait cependant remarquer que "toutes les traductions européennes de l'époque ont nommé le personnage 'Grand Frère'" par allusion au "grand frère" soviétique). En revanche, dans cette nouvelle version, il n'y a plus de "novlangue" (la langue officielle d'Océania, pays imaginé par Orwell) : le terme est devenu le "néoparler".

La "doublepensée" qui rend possible l'inversion du sens des mots est restée. Mais "les slogans du Parti" ont été légèrement modifiés et sont désormais plus fidèles à l'original en anglais. "Guerre est paix" ("War is peace" dans la version originale) remplace "la paix c'est la guerre", "Liberté est servitude" ("Freedom is slavery") a été préféré à "la liberté c'est l'esclavage". Quant à "L'amour c'est la haine" qui était jusqu'à présent dans la version française, il est remplacé par "Ignorance est puissance" ("Ignorance is strength" dans la version anglaise). 

Surtout, le texte, à l'imparfait dans la version de 1950, est désormais au présent, ce qui rend le récit encore plus glaçant. Pour l'éditeur cette nouvelle traduction "plus directe et plus dépouillée" tente de restituer "les tonalités nostalgiques et les échappées lyriques d'une œuvre brutale et subtile, équivoque et génialement manipulatrice".