Femina, Médicis, Goncourt et Renaudot décernent leur grand prix littéraire d'automne à partir de lundi

Les dames du Femina ouvriront le bal des prétendants lundi au Cercle de l'Union interallié, suivies mardi par le jury du Médicis au restaurant La Méditerranée, place de l'Odéon. Le Goncourt et le Renaudot seront proclamés mercredi au restaurant Drouant. Didier Decoin, secrétaire général de l'académie Goncourt, prendra la parole en premier, suivi par Louis Gardel, qui préside le jury du Renaudot.

Librairie parisienne en septembre 2017
Librairie parisienne en septembre 2017 (Denis Meyer / Hans Lucas)
Un Goncourt s'écoule à plus de 400.000 exemplaires, le Renaudot à plus de 250.000, le Femina à 60.000 exemplaires et le Médicis à 45.000. Alors que la rentrée littéraire d'automne a été marquée par une profusion de premiers romans (94 au total, du jamais vu depuis 2007), c'est le Médicis qui reste le plus audacieux en retenant deux premiers romans dans sa dernière sélection :  "Ça raconte Sarah" (Minuit) de Pauline Delabroy-Allard, "Frère d'âme", de David Diop, chouchou des prix littéraires.

Qui succèdera à Eric Vuillard, lauréat du Goncourt en 2017 ?

Quatre prétendants sont en lice pour le Goncourt, le plus convoité des prix littéraires du monde francophone : David Diop, 52 ans, pour "Frère d'âme" (Seuil), Paul Greveillac, 37 ans, pour "Maîtres et esclaves" (Gallimard), Nicolas Mathieu, 40 ans, pour "Leurs enfants après eux" (Actes Sud) et Thomas B. Reverdy, 44 ans, pour "L'hiver du mécontentement" (Flammarion). 

David Diop favori des journalistes

Le magazine professionnel Livres Hebdo a interrogé 17 journalistes littéraires, dont celui de l'AFP, pour recueillir leur pronostic. Si leurs intuitions sont correctes, David Diop, seul auteur à figurer quasiment dans toutes les sélections (il est également en lice pour le Femina, le Médicis et le Renaudot) devrait décrocher la timbale. 9 journalistes sur 17 le voit obtenir le prix. Alors qu'on commémore le centenaire de la fin de la Grande guerre, "Frère d'âme" nous ramène dans l'enfer des tranchées. L'histoire est racontée par un tirailleur sénégalais qui sombre dans la folie après la mort d'un de ses compagnons d'arme. Paul Greveillac a obtenu 3 voix, Nicolas Mathieu et Thomas B. Reverdy 1 voix, tandis que trois critiques ont refusé de se prononcer.

Le cas Philippe Lançon

Livres Hebdo ne se contente pas de demander aux journalistes spécialisés qui, selon eux, aura le Goncourt mais également qui aurait mérité de l'avoir. À cette question, le nom de Philippe Lançon revient le plus souvent. Mais "Le lambeau" (Gallimard), le livre du rescapé de l'attentat de Charlie Hebdo, n'a pas été retenu par le jury du Goncourt. "Ce roman n'est pas une oeuvre d'imagination, c'est un témoignage (...) c'est un très bon livre, peut-être l'un des plus beaux de l'année mais ça ne correspond pas à ce qu'attend le Goncourt, c'est-à-dire couronner un roman d'imagination", s'est justifié Bernard Pivot, le président du Goncourt.

Ne pas avoir retenu Lançon est "une boulette Goncourt grand cru, digne des "Loups" de Guy Mazeline, l'emportant (en 1932) sur "Voyage au bout de la nuit" de Céline", estime ainsi Baptiste Liger, directeur de la rédaction de Lire. Lauréat en septembre du prix Roman News, Philippe Lançon a indirectement répondu à Bernard Pivot en expliquant que son oeuvre était bien "une oeuvre d'imagination comme tout acte de création". "Je n'ai pas imaginé ce que j'ai vécu du 7 janvier au 13 novembre 2015. Je n'ai rien imaginé de ce que je raconte. Mais j'ai imaginé comment l'écrire et le composer", a-t-il souligné en recevant son prix. 

Le jury du Femina et celui du Renaudot ont fait le choix inverse du Goncourt, en retenant Philippe Lançon parmi leurs finalistes.