"Seule la terre viendra à notre secours", le journal d'une déportée du génocide arménien paraît jeudi

Le génocide arménien, perpétré dans l'Empire ottoman en pleine Première Guerre mondiale, a fait un million et demi de morts. C'est encore un sujet épineux dans les relations internationales.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Une manifestation en commémoration au 106e anniversaire du génocide avait réuni 700 arméniens à Lyon, le 24 avril dernier. (KONRAD K./SIPA)

C'est un petit carnet qui a voyagé dans les conditions précaires de la clandestinité des rescapés du génocide arménien de 1915 en Turquie, et qui arrive maintenant en librairie, témoignage rare resté enfoui pendant un siècle. Seule la terre viendra à notre secours de Serpouhi Hovaghian (1893-1976) est publié le 29 avril par la Bibliothèque nationale de France (BnF), qui a hérité de cette pièce d'histoire.

La couverture du livre de Serpouhi Hovaghian, "Seule la terre viendra à notre secours". (BNF)

Après la reconnaissance du génocide arménien le 24 avril par le président américain Joe Biden, premier dirigeant des Etats-Unis à le faire, le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé "des propos sans fondement, injustes et contraires à la réalité". Le carnet de Serpouhi Hovaghian, alors jeune mère de deux enfants, est quasi unique en son genre, "l'un des rares témoignages connus à ce jour émanant d'une victime qui ne soit pas postérieur au génocide", explique en avant-propos l'historien Raymond Kévorkian.

Traumatismes

La découverte vient de la petite-fille de Serpouhi Hovaghian, Anny Romand. "Je l'ai trouvé en 2014 dans une boîte à chaussures, quand je me suis décidée à trier les affaires de mon oncle, décédé depuis 2008 déjà. Ma grand-mère n'en avait jamais parlé. Son fils encore moins, lui qui n'évoquait jamais le sujet", raconte-t-elle à l'AFP.

Ce fils a une histoire traumatisante. Orphelin de père et porté, à quatre ans, dans les bras de sa mère qui ne cesse de changer de refuge afin d'échapper à la mort, il est abandonné: elle le laisse à des paysans turcs, dans l'espoir de le retrouver un jour peut-être. "Je me suis séparée de mon Jiraïr (...) À quel stade extrême faut-il arriver pour qu'une personne remette son enfant, et ce aux criminels sanguinaires qui ont tué vos mères, soeurs, frères et époux avec les pires sévices !", écrit-elle dans les premières pages, en juin 1916.

Le carnet est alors rédigé en arménien, l'une des trois langues dans lesquelles la jeune femme consignera ensuite ses souvenirs, à côté du français, qu'elle avait appris à l'école en Palestine, et du grec, courant en Anatolie à cette époque.

Il est rempli des atrocités qu'ont racontées d'autres témoins du génocide, mais aussi des sentiments d'une femme cultivée qui se bat pour sa survie. "Oh quelle vie ! Quelqu'un arrive, tu fuis en haut, tu te caches dans le coin le plus inhabité pour ne pas être vue, ton coeur est continuellement en émoi", raconte-t-elle.

Une version anglaise également publiée

Serpouhi Hovaghian, grâce à sa maîtrise du français, sera acceptée par la France comme réfugiée. Un oncle retrouvera le fils abandonné dans un orphelinat en Turquie après la guerre. Elle résidera comme apatride à Marseille jusqu'à sa mort, en ayant transmis sa mémoire.

"C'est ma grand-mère qui m'a élevée jusqu'à l'âge de 12 ans, et elle me racontait beaucoup son histoire. D'autres n'y arrivent pas. Quand j'ai eu son carnet entre les mains, je me suis dit qu'il avait une très grande valeur et qu'il fallait absolument que j'en fasse quelque chose", se souvient Anny Romand.

C'est à la BnF qu'elle confie le carnet en 2018. "Ils l'ont accueilli avec joie. Il était tout petit, abîmé par le temps. Aujourd'hui je leur suis éternellement reconnaissante de le valoriser ainsi". Une version anglaise, The Earth Alone Can Help Us, paraît également le 29 avril.

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