"Steppe secrète", une journée en photos dans la vie trépidante de la steppe d'Asie centrale relatée dans un superbe livre

C'est une invitation au voyage que proposent les trois auteurs de ce beau livre qui nous plonge dans la vie cachée de la steppe. Cet environnement a priori austère recèle une biodiversité d'une grande richesse. Ils nous en livrent les secrets.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Agame secret du Kazakhstan (©Valentin Nivet-Mazerolles)

A première vue c'est un désert, mais ce n'est qu'une illusion. Dans la steppe semi-aride d'Asie centrale, la vie est foisonnante. De leurs multiples séjours entre Kazakhstan, Ouzbékistan, Mongolie et Chine, Valentin Nivet-Mazerolles, Maxime Loubon et Thomas Edward Martin ont rapporté des connaissances, des milliers de photos et autant d'anecdotes qu'ils ont réunies dans un beau livre. Steppe secrète, qui vient de paraître dans la collection Nunataks chez Omniscience, est un condensé de leurs observations de terrain en tant qu'ornithologue, biologiste et zoologiste, de leurs rencontres avec les éleveurs et de leur passion pour cet environnement qu'ils arpentent et photographient depuis plus de dix ans. 

Le varan gris est le reptile le plus impressionnant des steppes d'Asie centrale. (© Valentin Nivet-Mazerolles)

Pour apercevoir le gecko du Turkestan et ses yeux aux iris orangé, la très discrète marouette de Baillon, admirer les tulipes sauvages qui fleurissent juste après la pluie ou entendre les dunes chanter, il faut prendre son temps, s'imprégner de l'environnement, savoir observer, comprendre, ressentir. Des qualités que les trois auteurs de ce beau livre ont appris à développer au fil de leurs missions pour des laboratoires ou des projets de suivis européens. "La steppe d'Asie centrale représente un grand paradoxe car c'est à la fois l'un des écosystèmes les plus vastes du monde et l'un des moins connus" écrivent-ils. 

De l'Asie aux terres australes

Pas étonnant donc que de jeunes scientifiques, attirés par les grands espaces, aient jeté leur dévolu sur cette partie du monde riche de nature et de culture. Valentin a commencé là-bas sa carrière d'ornithologue. C'était en 2009, au Kazakhstan. A 23 ans, il participe à des suivis de conservation, du comptage, la formation des populations locales au balisage des oiseaux... "J'ai fait mes armes sur ce terrain là, j'ai grandi avec cet habitat où se cotoient les oiseaux endémiques et ceux de passage, parce que c'est une grosse voie de migration" raconte-t-il, toujours aussi enthousiaste quand il parle de "cette aventure assez folle".

Une aventure qui lui a ouvert les portes du Centre d'Etudes Biologiques de Chizé (CNRS) et la possibilité de partir en hivernage à Crozet, dans les Terres Australes françaises quelques années plus tard. De cette année au milieu des manchots, des albatros et des éléphants de mer était né un premier ouvrage collaboratif, Aventures australes. Aujourd'hui, il est également guide sur des bateaux de croisière dans le grand sud ou le grand nord.

Valentin Nivet-Mazerolles, l'envers du décor  (© Valentin Nivet-Mazerolles)

Maxime Loubon. "L'immersion au cours d'un voyage passe aussi par les moyens de déplacement..." (V. Nivet-Mazerolles)

Du lever au coucher du soleil

C'est en Asie qu'il a rencontré Max, un autre hivernant des TAAF, dont le coeur oscille entre biologie de terrain et photographie, et Tom, un Anglais doctorant en biologie, à qui l'on doit de nombreux articles, sur des espèces découvertes notamment, pour des revues scientifiques. Ils ont mis en commun leurs connaissances et imaginé un livre qui ne se veut pas juste un inventaire de la biodiversité mais une invitation à voyager intelligemment.

Chaque photo raconte une rencontre, une histoire que l'on découvre grâce à des légendes pleines de détails et d'humour aussi. "Je trouvais chouette de vulgariser les petits faits biologiques parfois marrants qu'on a pu observer" indique Valentin. "On a voulu composer ce bouquin comme un film. On a pensé l'évolution des images avec la colorimétrie, du lever au coucher du soleil. On suit une journée dans la vie de la steppe en utilisant nos dix années d'observation". 

Une rencontre incroyable

Des oiseaux aux invertébrés, des reptiles aux lézards et aux petits mamifères, les animaux dans des postures parfois étonnantes révèlent leurs petits secrets pour survivre en milieu hostile. Dans ce coin de la planète, les amplitudes thermiques sont maximales. L'hiver on plonge à moins 10°c la nuit quand le thermomètre affiche plus 20 à 25 en journée. Et dépasse facilement 45 degrés en été. "Tous les êtres vivants doivent s'adapter à ce choc thermique constant" explique-t-il. Et pour atteindre l'âge adulte, le quotidien de nombreux animaux s'apparente à une partie de cache-cache.

Et puis il y a des rencontres parfois incroyables, comme celle de Max avec le caracal et ses longs pinceaux de poils noirs à l'extrémité des oreilles, l'un des prédateurs les plus rares d'Asie centrale. Il n'y en aurait qu'une dizaine d'individus au Kazakhstan. Une panthère a aussi été aperçue cette année. "Steppe is the new jungle" s'amuse l'ornithologue qui reconnait que la faune ici a sans doute moins grande presse que les ours polaires, les manchots ou les gorilles alors qu'elle est tout aussi incroyable.

La fin de la journée et le début de l'heure d'or dans la steppe au milieu des troupeaux de chèvres, moutons et chevaux (M. Loubon / V. Nivet-Mazerolles)

Un trésor à protéger

L'homme non plus n'est jamais très loin. Bergers, nomades ou semi-nomades, les auteurs ont eu à coeur de laisser une place à ceux qu'ils ont cotoyés, qui les ont parfois hébergés. "Les hommes font partie intégrante de la steppe, poursuit Valentin. On a pu partager le quotidien de ces gens qui prennent encore le temps, même s'ils ont parfois des comportements néfastes pour certaines espèces, comme brûler la steppe pour la fertiliser, chasser le varan pour en faire des grigris ou l'antilope parce que les cornes auraient des vertus aphrodisiaques. Mais on ne veut pas juger ce qu'ils font et on a pu échanger avec eux sur ces pratiques et les menaces qui pèsent sur ces espèces." Des menaces qui s'accentuent avec l'installation d'usines, les mines, les forages...  et les changements climatiques.

Inquiets de l'avenir de ce coin de la planète qu'ils chérissent, les auteurs espèrent que leur livre "saura montrer que la steppe est un trésor environnemental à préserver".  "Fermez les yeux. Respirez..." nous suggèrent-ils, pour entamer avec eux ce superbe voyage en terre inconnue. 

Agame secret, Ouzbékistan (© Valentin Nivet-Mazerolles)

Steppe Secrète, collection Nunataks, chez Omniscience - 29€

A noter que Valentin Nivet-Mazerolles vient également de publier un très bel Agenda 2022 des oiseaux chez Tana éditions avec le concours de Mon petit art. Au fil des jours s'égrennent plein d'informations humoristiques sur des espèces proches de chez nous accompagnées de dessins qui rappellent les gravures naturalistes d'autrefois.

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