Six idées de beaux livres de photographie à glisser sous le sapin

Quelques idées de beaux cadeaux, avec, en vedette, les femmes photographes et le dernier livre de photographie de Raymond Depardon.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
Beaux livres de photographie (franceinfo culture)

Offrez de la photographie pour Noël : les femmes depuis les origines du médium, la photographie africaine contemporaine, le dernier livre de Raymond Depardon, Sarah Moon, Sergio Larrain...

"Une histoire mondiale des femmes photographes", Textuel

La couverture d'"Une histoire mondiale des femmes photographes" (Textuel), photographie de Pushmala N. (© Pushmala N.)

Un ouvrage indispensable, magnifiquement imprimé. Quand on s'y plonge, on ne le lâche plus. Luce Lebart, historienne de la photographie, et Marie Robert, conservatrice en chef au Musée d'Orsay, y ont réuni 300 femmes photographes et deux siècles de création. Elles constatent que "dans le domaine de la photographie, peu de femmes ont accédé à la notoriété", alors qu'elles ont participé à l'aventure depuis ses origines et qu'"elles ont été et avant tout des 'photographes', c'est-à-dire des opératrices autonomes et des créatrices originales".


Certaines photographes présentées sont connues du grand public ou d'un public averti. Elles ont parfois travaillé dans l'ombre d'un mari ou d'un père et ont eu du mal à se faire reconnaître. On découvre nombre d'autres, comme Naciye Suman, première femme photographe de l'empire ottoman, qui faisait le portrait des femmes turques, ou bien la Palestinienne Karimeh Abbud, une des premières femmes arabes à posséder son propre studio. Si au XIXe siècle, en raison de la place qu'on leur assignait, leurs images étaient souvent liées à la sphère privée, des aventurières voyageaient déjà au bout du monde, comme l'Anglaise Isabella Bird.


Le livre est le résultat de deux ans de travail, d'un "projet collaboratif" et de recherches dans le monde entier. Les photographes sont présentées chronologiquement à partir de leur année de naissance, de 1799 pour la Britannique Anna Atkins, autrice du premier livre illustré de photographies, à 1981 pour l'Iranienne Newsha Tavakolian. Une page par artiste, avec une photographie, un texte biographique rédigé par une des 164 femmes spécialistes qui ont contribué à l'ouvrage, et souvent une citation de l'artiste qui évoque bien son approche de la photographie. Des portfolios ponctuent le parcours.


C'est passionnant. Le livre à offrir en cette fin d'année.

Une histoire mondiale des femmes photographes, sous la direction de Luce Lebart et Marie Robert, Editions Textuel, 504 pages, 450 photos, 69 €

"Femmes photographes", Photo Poche

"Femmes photographes", Photo Poche (photo de couverture Helena Almeida, Seduzir (Séduire), 2002. © Calouste Gulbenkian Museum - Modern Collection, Lisboa / José Manuel Costa Alves) (Actes Sud)

La collection Photo Poche (Actes Sud), elle aussi, met les femmes photographes sur le devant de la scène, avec un coffret de trois volumes qui rassemble près de 200 noms, également depuis les origines de la photographie. Moins ambitieux que le précédent (il concerne essentiellement le monde occidental) il est aussi plus abordable. C'est la concrétisation d'un projet de l'éditeur Robert Delpire, fondateur de la collection en 1982, décédé en 2017. Constatant que sur 159 Photo Poche, dix seulement étaient consacrés à des femmes, il souhaitait leur dédier un ouvrage.


Pour chaque photographe, une image et une biographie en vis-à-vis. Il ne s'agit pas de "réparer" ou "rendre justice", précise l'historienne de l'art Clara Bouveresse en préambule et cela ne doit pas empêcher la publication d'ouvrages monographiques qui "doivent être une priorité", dit-elle. La sélection qu'elle a effectuée avec Sarah Moon, l'épouse de Robert Delpire, résulte d'un choix "subjectif", elle est "fragmentaire, appelée à être complétée, remise en cause", ajoute-t-elle.


A côté d'artistes connues et reconnues, l'ouvrage présente de nombreuses découvertes qui donnent envie d'être approfondies.


Femmes photographes, Photo Poche, Actes Sud, 432 pages, 39 €.

"Rural", Raymond Depardon

Raymond Depardon, "Rural" (Fondation Cartier pour l'art contemporain)

Raymond Depardon sort un très beau livre de photographies en noir et blanc prises dans les années 1990 dans des exploitations agricoles françaises de moyenne montagne.

Le photographe et réalisateur, né en 1942, a grandi dans une ferme de la vallée de la Saône. Dans les années 1990 il a voulu aller voir si cette ruralité, celle de son enfance, existait toujours, explique-t-il dans un entretien réalisé avec la Fondation Cartier. On lui disait qu'elle avait disparu mais il l'a retrouvée dans la moyenne montagne, en Lozère, en Ardèche, en Haute-Saône, des régions dont les terrains accidentés n'étaient pas adaptés à l'agriculture intensive.

Avant de photographier et de filmer (il y a aussi fait trois films), il a commencé par des repérages, avec un camion où il dormait et à bord duquel il parcourait "des routes sinueuses, vides, difficiles à trouver". Il fallait qu'il soit introduit, raconte-t-il dans le beau texte en introduction. Car "on n'entre pas dans une ferme sans rendez-vous". Il est tombé sur des gens incroyables, raconte-t-il. Vues de collines à couper le souffle, routes qui semblent ne mener nulle part, places de village désertes, causses désertiques, et puis les agriculteurs assis dans leur cuisine ou au travail, avec leurs bêtes, faisant la sieste au soleil, adossés contre un mur. "Je pense que c'est probablement l'une des plus belles expériences de ma vie", écrit Raymond Depardon.

Rural, Raymond Depardon, Fondation Cartier pour l'art contemporain, 124 pages, 86 photos, 45 €

"Africa 21e siècle", Textuel

La couverture de "Africa, 21e siècle" (Textuel), photo de Lina Iris Viktor (Courtesy de l'artiste et Marianne Ibrahim Gallery Chicago)

Autre très beau livre chez Textuel, Africa 21e siècle, présente quelque 300 images d'une cinquantaine de photographes africains, de l'Afrique du Sud au Maroc, de l'Ethiopie au Sénégal, rassemblées par Ekow Eshun, commissaire d’expositions, journaliste et écrivain britannique. Il s'agit de photographie très contemporaine : toutes les images datent du XXIe siècle, souvent des dix dernières années. Elles racontent une Afrique vue par des Africains, en rupture avec les représentations coloniales et occidentales. Il ne s'agit pas de photographie documentaire mais d'une "photographie sciemment déterminée par l'expérience subjective", dit l'auteur de l'ouvrage, qui rappelle en introduction les débuts de la photographie africaine, dès les années 1870-80 au Ghana et au Libéria, jusqu'aux grands Seydou Keita et Malick Sidibé.


Villes africaines hybrides avec les décors urbains irréels de Guillaume Bonn sur la côte est de l'Afrique ou la ville nouvelle étrangement vide de Kilamba Kiaxi par le Sud-Africain Michael MacGarry. Remise en cause des stéréotypes sociaux et sexuels avec la Sud-Africaine Jodi Bieber qui interroge les canons de la beauté féminine, le Ghanéen Eric Gyamfi qui photographie la communauté queer de son pays où les relations homosexuelles sont interdites. Interrogation des mythes et des représentations coloniales, avec les autoportraits d'Omar Victor Diop ou le harem revisité par Lalla Essaydi. Enfin les "paysages intérieurs" de Youssef Nabil, qui se représente de dos devant des paysages colorisés comme les images de l'âge d'or du cinéma égyptien, ou bien les sacs à carreaux, valises du pauvre, qui envahissent l'univers de la Sud-Africaine Nobukho Nqaba.


Un beau voyage dans l'imaginaire des artistes de l'Afrique d'aujourd'hui.


Africa 21e siècle, photographie contemporaine africaine, Ekow Eshun, Textuel, 272 pages, 300 photos,  55 €

"Sarah Moon, Passé Présent"

Sarah Moon, "Passé présent" (Musée d'art moderne de Paris, Paris Musées)

Tout l'univers sombre et poétique de Sarah Moon est dans ce catalogue de l'exposition que lui consacre le Musée d'art moderne de Paris (programmée jusqu'au 10 janvier avant le nouveau confinement). Mannequin devenue photographe de mode, au pied levé pour remplacer quelqu'un, à la fin des années 1960, elle est connue pour ses campagnes pour Cacharel. Même dans ce domaine, elle a créé une atmosphère, elle met en scène des fictions, elle utilise le flou.

Et puis à partir du milieu des années 1980 elle a entamé un "travail personnel" (ce sont ses mots) au Polaroid, généralement en noir et blanc, fait d'accidents et de ratés assumés et revendiqués. On n'est finalement pas très loin de ses images de mode, qu'elle poursuit d'ailleurs. Sarah Moon photographie des oiseaux, de grands ciels sombres, des cirques, des figures, des arbres. Avec ses images, elle s'évade de la réalité, fuyant le blanc et la lumière crue à laquelle elle préfère les ombres, le brouillard, la pluie, la fumée.

Sarah Moon, Passé présent, Musée d'art moderne de Paris, Paris Musées, 240 pages, 250 photos, 39,90 €

"Sergio Larrain, Londres, 1959"

Sergio Larrain, Londres 1959 (Atelier EXB)

Le photographe chilien Sergio Larrain, poète de l'image, a passé quatre mois à Londres, à la fin des années 1950. Il y a capté les fantômes de l'hiver anglais, loin des escaliers de Valparaiso. Il s'agit de son premier "son premier essai conséquent, la révélation d'une vie possible en tant que photographe", souligne Agnès Sire, la directrice artistique de la fondation Henri Cartier-Bresson, dans ce beau livre publié par Atelier EXB. Il reprend les images présentées à la Fondation Cartier-Bresson à Paris (l'exposition reprendra le 15 décembre et sera prolongée jusqu'au 3 janvier 2021) et d'autres en supplément.

Ce sont des vues mélancoliques et floues du brouillard entre les arbres dépouillés, d'hommes, de femmes et d'enfants qui ont toujours l'air très seuls, d'une ville silencieuse même quand il y a foule dans la rue. Des images prises par un homme à l'affut de quelque chose qui résonne en lui. On y retrouve ses cadrages singuliers, il coupe les figures, fait pencher une rue, prend au ras du sol les pieds de passsagers du métro, ou plonge sur un coin de couloir. "Larrain laisse libre cours à son imaginaire. Il n'est pas le chasseur à l'affût d'une proie ; il a le temps, il est disponible, ouvert, curieux. Il capte le froid, l'humide et la chaleur des bars (…), c'est l'essence des choses qui l'attire", note Agnès Sire.


Sergio Larrain, Londres 1959, Textes Agnès Sire, Atelier EXB, 176 pages, 96 photos, 39 €

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.