Un maire adjoint à la Culture doit pouvoir "rencontrer les artistes sans leur demander leur casier judiciaire", se défend Christophe Girard

L'ancien adjoint à la maire de Paris a argumenté sur France Inter, après avoir dû démissionner, critiqué pour sa proximité supposée avec l'écrivain accusé de pédophilie Gabriel Matzneff.

L\'ancien adjoint à la Culture de la maire de Paris, Christophe Girard, le 2 avril 2019.
L'ancien adjoint à la Culture de la maire de Paris, Christophe Girard, le 2 avril 2019. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

"Quand on est adjoint à la Culture à la mairie de Paris pendant 17 ans, on a comme rôle et comme devoir dans la société de rencontrer, de discuter et d'écouter les artistes sans leur demander leur casier judiciaire", s'est défendu jeudi 30 juillet sur France Inter, Christophe Girard, conseiller de Paris. Il a démissionné de son poste d'adjoint à la Culture auprès de la maire de Paris, Anne Hidalgo, après avoir été critiqué pour sa proximité supposée avec l'écrivain accusé de pédophilie Gabriel Matzneff.

Imaginons un instant que soient vivants aujourd'hui Gauguin, Rimbaud, Le Caravage, Villon, ou Michel Ange, et bien malgré les crimes qu'ils ont commis et que l'on a découvert plus tard, je les rencontrerais.Christophe Girard

"Radio France, France Culture, le prix Renaudot, je pense à Bernard Pivot pour France Télévisions, il va y en avoir beaucoup de témoins, qui vont devoir expliquer comment on a payé des fiches de taxi pour l'inviter dans des émissions, comment ils ont déjeuné avec Gabriel Matzneff et pourquoi ils le faisaient". Pour Christophe Girard, c'était une époque "d'indulgence". "La maison Gallimard, la plus grande maison d'édition d'Europe a édité, donc lu, ses manuscrits, vous imaginez le nombre de libraires qui ont organisé des signatures et vendu ses livres, alors ils vont tous être témoins, impliqués ?", a-t-il lancé.

L'élu parisien a tenu à rappeler "ses combats contre les discriminations et en particulier contre le patriarcat et les violences faites aux femmes et aux enfants". "Qui peut imaginer un instant que le père de famille que je suis, qui a grandi dans une famille de droit, éduqué dans un lycée de la République, que j'aurais une quelconque indulgence pour la pédophilie, c'est une insulte que l'on fait", s'est défendu Christophe Girard. Il a qualifié de "violence inouïe" les banderoles affichées lors de la manifestation organisée devant l'hôtel de ville le 23 juillet pour réclamer sa démission, et notamment celui le désignant comme "adjoint à la culture du viol".

"Ce n'est pas un ami"

Christophe Girard s'est par ailleurs exprimé sur le fond de l'affaire Matzneff. "Je ne vois pas en quoi j'aurais une responsabilité quelconque dans la défaillance de parents vis-à-vis de leur fille", a-t-il assuré. L'ancien adjoint à la Culture à Paris a assuré ne pas s'être "suffisamment" intéressé à l'œuvre de l'écrivain, qui retraçait ses relations sous emprise, notamment avec Vanessa Springora, alors mineure.

"C'est le grand reproche que je peux me faire", a-t-il ajouté. Christophe Girard a affirmé avoir "compris" à la lecture du livre, Le Consentement, de Vanessa Springora, "qu'il y avait un caractère manipulateur avéré". "Jamais Gabriel Matzneff ne m'a dit qu'il serait dans un petit hôtel de Saint-Germain-des-Prés pour recevoir la jeune fille que madame Springora mère avait mis dans ses bras ; c'est la maman qui a mis sa fille de 14 ans dans les bras de monsieur Matzneff", a-t-il affirmé.

Je le voyais régulièrement, comme des centaines de milliers d'artistes en 20 ans.Christophe Girard

Christophe Girard a affirmé n'avoir aucun lien d'amitié avec Gabriel Matzneff. "Pour moi, l'amitié c'est une forme d'intimité, des gens dont vous connaissez les familles et qui connaissent vos familles. Monsieur Matzneff ne connaît pas ma famille, et mes enfants, mon entourage ne le connaissent pas, ne l'ont jamais rencontré, non ce n'est pas un ami", a-t-il expliqué.

Christophe Girard a été entendu en mars comme témoin dans l'enquête concernant Gabriel Matzneff, notamment en qualité d'ancien secrétaire général de la Maison Yves-Saint Laurent entre 1986 et 1987, qui a apporté un soutien financier à l'écrivain. Trois notes de frais engagées par l'ancien adjoint à la Culture pour des repas avec l'écrivain accusé de pédocriminalité ont par ailleurs été retrouvées à la mairie.