Législatives 2024 : le monde de la culture s'appuie sur les associations professionnelles et les syndicats pour faire front contre le RN

Peu d'artistes se sont exprimés de façon directe pour appeler à faire "barrage" au parti d'extrême droite. Ce sont plutôt les organisations professionnelles, les syndicats du secteur culturel ou les festivals qui occupent le devant de la scène dans cette bataille.
Article rédigé par franceinfo Culture
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 5 min
Un manifestant tient un drapeau de la CGT Bibliothèque nationale de France, le 20 juin, à Paris, pendant une manifestation de la CGT pour la culture et contre l extrême droite devant la Cinémathèque française. (CLAIRE SERIE / HANS LUCAS)

"L'extrême droite étant aux portes du pouvoir, nos organisations mesurent leurs responsabilités dans ce moment déterminant pour la démocratie", soulignait une quinzaine de syndicats du spectacle vivant, du cinéma et de l'audiovisuel dans leur appel à manifester le 20 juin dans toute la France. Un appel en réponse à l'inquiétude de voir le Rassemblement national (RN) devenir le premier groupe parlementaire à la suite des législatives du 30 juin et 7 juillet prochains.

La perspective de ce raz-de-marée à l'Assemblée nationale a fait monter au créneau les milieux culturels comme pour les présidentielles de 2017 et de 2022 où Marine Le Pen, la cheffe du Rassemblement national – le nom du Front national depuis 2018 –, s'est retrouvée au second tour face à Emmanuel Macron. Le monde de la culture s'en remet aux prises de parole des organisations syndicales et professionnelles pour faire "barrage" au parti d'extrême droite. 

Le festival d'Avignon appelle à faire barrage

Les responsables du festival d'Avignon ont réitéré leur appel à faire barrage à l'extrême droite lors d'une conférence de presse, lundi 24 juin, dans la Cour d'honneur du Palais des papes, l'ouverture du festival et le premier tour des législatives se tenant le week-end prochain. "Il y a deux façons qui nous sont disponibles pour défendre la démocratie pendant les prochains jours : une c'est évidemment participer aux élections, l'autre c'est de remplir" les places du festival d'Avignon, a assuré son directeur, le Portugais Tiago Rodrigues.

Fils d'un journaliste forcé de quitter son pays dans les années 1960 "pour échapper à la persécution de la dictature fasciste" de Salazar à l'époque, il a tenu à rappeler que les valeurs du festival d'Avignon étaient celles "d'un festival démocratique, populaire, républicain, écologiste, féministe, antiraciste", ce qui l'amène à porter cet appel contre l'extrême droite, comme il l'avait déjà fait vendredi 21 juin.

Des mobilisations plus massives 

La CGT-Spectacle, la CGT Culture, la CFDT Culture, SUD Culture, le Syndeac (syndicat national des entreprises artistiques et culturelles), le Profedim (producteurs, festivals) ou encore le Syndicat national des scènes publiques (SNSP) comptaient parmi les organisations mobilisées le 20 juin.

Une semaine plutôt le Syndeac, Les Forces musicales (Opéras, Orchestres), le Profedim ainsi que les fédérations du monde du spectacle et de la musique de la CGT, de la CFDT et de Sud avaient également appelé à manifester les 13 et 15 juin. Pour cette dernière date, ils ont rejoint un mouvement plus large de  protestation contre l'extrême droite organisée par différents acteurs de la société civile.

L'occasion pour la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, d'affirmer que "pour l'extrême droite, la culture, c'est la propagande". Son syndicat est sorti de sa réserve habituelle pour appeler à voter Nouveau Front Populaire, aux prochaines élections législatives. Sophie Binet estimant que "notre démocratie" est "à la veille d'un grand péril". 

L'heure n'est plus à la réserve

De même, face au projet de privatisation de l'audiovisuel public, plusieurs organisations professionnelles du secteur de la création se sont fait entendre en dénonçant la dangerosité du projet. Le RN "propose une mesure qui laisserait un marché de l'information et de la création soumis aux seuls intérêts privés au détriment de la recherche de la vérité, du contradictoire et de la diversité des récits, en l'absence du contrepoids d'un pôle audiovisuel public fort et indépendant", ont indiqué dans un communiqué commun une quarantaine de structures.

L'Union syndicale de la production audiovisuelle (USPA), l'association des producteurs d'animation AnimFrance, l'Union des réalisatrices et réalisateurs (U2R) et l'Union des producteurs de cinéma (UPC) sont quelques-uns des signataires de la tribune publiée le 18 juin.

La veille, des acteurs et actrices du livre avaient lancé une pétition où "ils appellent toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans ces valeurs à se mobiliser et à porter leur voix avec détermination contre l'extrême-droite". "D'ordinaire, je ne m'exprime jamais politiquement et je garde vraiment mes opinions pour moi, je fais très attention à séparer ma vie romanesque, littéraire, de mes opinions politiques", confiait l'un des pétitionnaires, l'écrivain Franck Thilliez, à Franceinfo. "Si je le fais aujourd'hui, poursuit l'auteur, c'est que je trouve que l'instant est grave. L'extrême droite n'a jamais été aussi proche du pouvoir et nous sommes dans un moment critique de notre pays".

L'ombre du doute 

Cette mobilisation collective, le pianiste Alexandre Tharaud n'a pas pu l'obtenir dans le secteur de la musique classique. "Il y a quelques années, quand Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour, toute la France ou presque était dans la rue. Les artistes, dans leur immense majorité, se sont levés, vent debout contre l’extrême droite et les dangers qu’elle représente", fait-il remarquer au micro de Radio France. "Je me souviens de réunions partout à travers la France, notamment au Zénith de Paris, où un très grand nombre d’artistes ont parlé sur scène, contre l’extrême droite."

C'est avec le Syndicat des musiques actuelles (SMA) que 500 autres artistes et musiciens ont publié une tribune contre le RN sur le site des Inrocks. Eddy de Pretto,Clara Luciani, Barbara Pravi, Billie Chedid, Gaël Faye ou encore Miossec l'ont signée. Comme eux, 800 "professionnels de la culture" et une quarantaine d'organisations du cinéma, du spectacle vivant et du cinéma sont parvenus à formaliser leur opposition au RN dans un texte publié le 23 juin dans Le Monde. 

Pas de consigne de vote

La présence des syndicats et associations professionnelles est-elle le signe que les artistes eux-mêmes ne croient pas à leur capacité à rallier les opinions ? La fondatrice du Théâtre du Soleil,  Ariane Mnouchkine, a clairement exprimé ses doutes. "Aujourd’hui, je ne suis pas certaine qu’une prise de parole collective des artistes soit utile ou productive. Une partie de nos concitoyens en ont marre de nous : marre de notre impuissance, de nos peurs, de notre narcissisme, de notre sectarisme, de nos dénis. J’en suis là", écrit-elle dans les colonnes de Libération.

La metteuse en scène était plus optimiste en 2022 "On n’essaie pas Marine Le Pen ! On n’essaie pas le fascisme, aussi déguisé, aussi masqué soit-il. On ne se livre pas aux forces obscures. Si elle est élue, alors, avec ceux qui, restés dans l’ombre jusqu’ici, apparaîtront autour d’elle le matin du 25 avril 2022", déclarait-elle alors dans le quotidien de gauche.

L'heure n'est même plus à la consigne de vote. Roschdy Zem et Pierre Niney qui se sont exprimés sur la question le démontrent. Le premier appelle à se réveiller quand le second indique qu'il n'a pas de leçon à donner.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.