Anne Sylvestre, figure de la chanson pour enfants et féministe, est morte à l'âge de 86 ans

Cette artiste féministe très populaire dans les années 1960 et 1970 est décédée lundi, "des suites d'un AVC", a indiqué mardi son attaché de presse historique.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Elle interprétait Lazare et Cécile, Ecrire pour ne pas mourir, ou encore Mon mari est parti. L'artiste, de son vrai nom Anne-Marie Thérèse Beugras, est décédée lundi à 86 ans "des suites d'un AVC", a indiqué à l'AFP Sébastien d'Assigny, son attaché de presse historique.

La chanteuse, qui avait débuté dans un cabaret de la rive gauche à Paris à l'âge de 23 ans, incarnait une chanson à texte, intelligente, faisant fi des modes, dans le sillage d'un Georges Brassens. Remarquée en 1959 avec Mon mari est parti, chanson sur la guerre durant ce qu'on appelle les "événements" en Algérie, elle a travaillé jusqu'à la fin : une tournée était prévue en 2021 pour son spectacle Nouveaux Manèges, avec notamment quatre dates à La Cigale en janvier prochain.

Ses "Fabulettes" ont accompagné des générations d'enfants

Très populaire dans les années 1960-70, Anne Sylvestre, née à Lyon le 20 juin 1934, est connue à la fois pour ses comptines pour enfants, les Fabulettes, et ses chansons pour adultes imprégnées de ses nombreux combats. Elle fut l'une des premières femmes de la chanson française à écrire ses propres textes. "J’ai toujours pris soin de mes mots, je me suis toujours efforcée d’écrire bien", expliquait-elle à franceinfo en 2012.

Avec ses Fabulettes, des comptines tendres et drôles, dont les premières sont parues au début des années 60, Anne Sylvestre a accompagné plusieurs générations d’enfants. "J’ai l’impression d’avoir été un peu le doudou de pas mal d’enfants. Je suis très fière de ça parce que j’ai su leur donner une matière, des notions.", soulignait-elle. Mais les enfants n’ont jamais eu l’occasion de voir en concert ses Douze petits cochons, Confiture ou cornichon, ou Sureau sureau, car elle réservait ses Fabulettes au studio.

Visionnaire et féministe dans ses chansons pour adultes

Dans ses chansons pour adultes, elle livrait ses engagements avec des textes ciselés et pouvait être cinglante. Pendant toute sa carrière, elle s'intéressa à la condition des femmes, revendiquant le terme de chanteuse "féministe", qui fut parfois lourd à porter : "Je suppose que ça m'a freinée dans ma carrière parce que j'étais l'emmerdeuse de service, mais ma foi, si c'était le prix à payer...".

Cependant, toutes les injustices, qu’il s’agisse d’homophobie ou de racisme, lui hérissaient également le poil. Visionnaire, elle a souvent devancé ou accompagné les grands débats de société.

Ainsi, avec Non, tu n’as pas de nom (1974), une chanson sur le choix d’avorter parue un an avant l’adoption de la loi Veil autorisant l’interruption volontaire de grossesse, dans laquelle elle déculpabilisait les femmes : "Depuis si longtemps, je t'aime/ Mais je te veux sans problème/ Aujourd'hui, je te refuse / Qui sont-ils ceux qui m'accusent ?."


Elle précédait aussi les débats sur le mariage homosexuel avec Gay marions-nous (2007), dans lequel elle chantait avec une ironie mordante "Gay gay, marions-nous / Grimpez donc sur mes genoux / C’est la première étape / Ça va pas plaire au pape."

En 2013, elle sortait une chanson coup de poing inspirée de l’affaire Strauss-Kahn, Juste une Femme. "Quoi, il est pas un assassin / Il veut simplement apprécier / C’que la nature met sous son nez (...) Il y peut rien si ça l’excite / Et qu’est-ce qu’elle a cette hypocrite / Elle devrait se sentir flattée / Qu’on s’intéresse à sa beauté."