Cousteau, Hepburn, Ventura… La famille Hallyday n'est pas la première à se déchirer pour un héritage

Deux mois après la mort du chanteur, Laura Smet et David Hallyday ont décidé de contester la succession de leur père en justice. Ce n'est pas la première fois qu'une famille célèbre se fait la guerre pour un héritage, parfois même avant la mort d'un de leurs membres. Retour sur cinq cas retentissants.

Jacques-Yves Cousteau, à côté de la \"Calypso\", le 28 août 1986, à Miami (Floride).
Jacques-Yves Cousteau, à côté de la "Calypso", le 28 août 1986, à Miami (Floride). (BOB PEARSON / AFP)

L'héritage est parfois lourd à porter. La famille Hallyday se bat pour le patrimoine du patriarche Johnny. Deux mois après sa mort, ses "grands enfants" Laura Smet et David Hallyday contestent son testament, qui les déshériterait au seul profit de Laeticia, sa dernière épouse. Questions d'argent, de souvenirs de famille, ou d'héritage culturel ? Peu importe. La succession du chanteur ravive d'anciennes rivalités. Avant eux, d'autres familles célèbres se sont déchirées dans des circonstances funestes, parfois devant la justice. Les proches de Pablo Picasso, Charles Trenet, Simone de Beauvoir s'en souviennent.

De la Calypso du commandant Cousteau aux robes Valentino d'Audrey Hepburn, franceinfo vous raconte cinq querelles, qui ne se sont pas toutes bien terminées.

1Cousteau dans un panier de crabes

Ce qu'il a laissé. A sa mort le 25 juin 1997, Jacques-Yves Cousteau laisse une formidable image de marque et un patrimoine difficile à estimer. "Pour peu qu'on s'y prenne bien, l'ami des océans peut encore rapporter gros", selon CapitalL'homme au bonnet rouge a donné son nom à des associations et des fondations (Cousteau Society et Equipe Cousteau, notamment), produit des films, vendu des encyclopédies aussi bien que des tee-shirts… Sans compter les royalties sur l'Aqua Lung, le scaphandre de plongée qu'il a inventé. Dès 1995, Jacques-Yves Cousteau prévient, dans une interview au Figaro Magazine : "Ma succession est une tragédie perpétuelle." Il avait choisi son fils Philippe pour prendre le relais, mais ce dernier est mort en 1979. Alors l'explorateur, qui préférait ne pas trop penser à l'après-Cousteau, est parti sans prendre de dispositions claires. 

La dispute. Les "deux familles" du commandant Cousteau, qui prétendent défendre son héritage, se le disputent. D'un côté, Francine, la deuxième épouse de "JYC", de l'autre Jean-Michel, le fils aîné. Les deux clans "s'ignorent spectaculairement, à l'église comme au cimetière", raconte Le Point. L'un et l'autre revendiquent, non pas sa fortune, mais "la poursuite d'une entreprise multinationale à vocation écologique à laquelle adhèrent des centaines de milliers de fans à travers le monde", explique le magazine.

Mais pour cela, il faut pouvoir utiliser le nom de Cousteau, ce que Francine refuse longtemps à Jean-Michel, jusqu'à ce que la justice l'autorise à en user, à condition qu'il soit précédé de son propre prénom, selon CapitalSymbole de ce naufrage : la Calypso, dont les héritiers se sont aussi longtemps disputé la propriété en justice. En 2007, la veuve de Cousteau, qui dirige Equipe Cousteau, a obtenu la propriété de l'épave, abîmée dans une collision en 1996 à Singapour, après plusieurs années de conflit.

2Un partage pas très "fair" pour les fils Hepburn

Ce qu'elle a laissé. La star de Diamants sur canapé et My Fair Lady a légué une considérable collection de souvenirs de tournage, à sa mort, en 1993. Robes de créateurs (Valentino, Givenchy…), des chapeaux, des bijoux, le briquet de My Fair Lady, des photographies, un Oscar et un Golden Globe (pour Vacances romaines, en 1953)… Prévoyante, Audrey Hepburn avait promis de répartir ses biens en deux parts équitables, destinées à ses deux enfants, Sean, qu'elle a eu avec l'acteur Mel Ferrer et Luca, fils du psychiatre italien Andrea Dotti.

La dispute. L'actrice n'a toutefois pas précisé comment ses héritiers devraient se partager le trésor. En mai 2015, plus de vingt ans après sa mort, Sean Ferrer a assigné Luca Dotti en justice, mécontent de la division des biens. La guerre fraternelle a duré deux ans. Elle n'a été réglée qu'en 2017, lorsque les deux frères se sont finalement accordés pour presque tout vendre aux enchères et se partager équitablement la somme récoltée, racontait alors le Daily Mail (article en anglais).

La vente, organisée par Christie's, a atteint des sommes capables de mettre tout le monde d'accord : la première moitié des lots est partie pour un peu moins de 5,3 millions d'euros, après 10 heures d'enchères, selon Harper's Bazaar, soit "plus de sept fois sa valeur estimée". Le montant total n'est pas connu.

3Stieg Larsson, l'auteur qui n'avait pas prévu ça

Ce qu'il a laissé. Le romancier suédois Stieg Larsson succombe à une crise cardiaque, le 9 novembre 2004, à seulement 50 ans, quelques mois avant la publication des premiers tomes de la saga Millénium, vendus à plusieurs dizaines de millions d'exemplaires dans le monde. 

Si l'auteur a partagé sa vie avec Eva Gabrielsson, le couple n'a jamais été marié. C'est donc son père et son petit frère, Erland et Joakim Larsson, qui ont hérité de l'intégralité des biens, notamment les millions d'euros de droits d'auteur, de l'écrivain à succès. "Eva n'a obtenu que l'assurance-vie de son ancien compagnon et l'appartement qu'ils partageaient", selon Le Parisien.

La dispute. Pas question pour Eva Gabrielsson de se laisser dépouiller ainsi.  Dans Millénium, Stieg et moi, livre paru en 2011, elle raconte son combat pour obtenir le droit de "gérer l'héritage littéraire" de Stieg Larsson, et assure détenir un manuscrit inachevé. Elle affirme aussi que Stieg Larsson n'avait presque aucun lien avec sa famille et ne voyait jamais son père et son frère, ce que démentent les intéressés. Les Larsson affirment aussi lui avoir proposé "deux millions d'euros et une place au conseil d'administration qui gère les droits de l'écrivain décédé, mais qu'elle a tout refusé, voulant gérer seule ces droits", selon Le Monde

Détail cocasse, qui ne changera rien aux relations entre Eva Gabrielsson et la famille Larsson : l'écrivain avait bien laissé un testament, en 1977. "Je veux que mon argent soit versé à la section d'Umea (une ville suédoise) de la fédération des travailleurs communistes", avait écrit Larsson, selon le Svenska Dagbladet, qui a retrouvé le document, en 2008. Le testament, rédigé en Ethiopie, pendant la guerre civile, sans témoin, n'a pas de véritable valeur juridique.

4Le grisbi planqué en Suisse de Lino Ventura

Ce qu'ils ont laissé. Un magot à faire pâlir les Tontons flingueurs. Lino Ventura est mort en 1987, mais c'est à la mort de son épouse Odette, en 2013, que les héritiers s'affrontent, pour obtenir leur part de l'important patrimoine du couple : une maison et des terrains dans le Maine-et-Loire, des locaux à Boulogne-Billancourt, une maison au Val-Saint-Germain et un hôtel particulier à Saint-Cloud, avec vue sur la tour Eiffel. 

En 2014, après la publication de la circulaire Cazeneuve qui encadre la régularisation des exilés fiscaux, les enfants révèlent en outre l'existence d'un compte en Suisse bien garni.

La dispute. Laurent Ventura, le fils de l'acteur, exige le rapatriement de l'argent de ce compte suisse. Les deux petits-enfants de l'acteur s'y opposent. Ils découvrent d'ailleurs que 610 000 euros ont été retirés de ce compte entre 2009 et 2012 et soupçonnent les enfants de l'acteur, Laurent et Clélia Ventura, d'en avoir bénéficié, raconte Ouest-France. Toutes les possessions du couple sont disputées, jusqu'aux dons à l'association Perce-Neige, fondée par Lino Ventura en 1966.

En 2015, les enfants et petits-enfants du Tonton flingueur se retrouvent devant le tribunal d'Angers. Le juge des référés désigne finalement un administrateur judiciaire, chargé de régler l'affaire. A défaut d'accord, l'ensemble des biens doit être mis aux enchères. La dispute a au moins bénéficié à Jean Dujardin. L'acteur a acheté l'hôtel particulier de Saint-Cloud, pour trois millions d'euros, en plein milieu de la querelle familiale.

5La zizanie chez les Uderzo

Ce qu'il laisse. Albert Uderzo est encore bien vivant. Le créateur d'Astérix avec René Goscinny n'est pourtant pas épargné par les querelles autour de son héritage, estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros. Le conflit qui l'oppose à sa fille Sylvie, remonte à 2007, lorsqu'elle et son époux sont remerciés par les éditions Albert René, qui gère aussi l'exploitation de la marque Astérix. Peu après, la société est cédée à Hachette Livre.

La dispute. Sylvie Uderzo ne supporte pas d'avoir été mise à l'écart et affirme que son père, qui a pris la décision, est manipulé par un "entourage toxique"En 2011, elle dépose plainte contre l'expert-comptable du dessinateur, pour "abus de faiblesse".

Deux ans plus tard, Albert Uderzo réplique en déposant plainte contre sa fille pour "violences psychologiques". Lui aussi pense qu'elle est manipulée, par son époux, qu'il qualifie de "gourou" et rejette ses accusations. "Ces actes ont pour unique objet (...) de hâter notre affaiblissement pour mettre la main sur notre patrimoine qu'ils convoitent", accusent aujourd'hui Albert et son épouse Ada.

Le procès est renvoyé à janvier 2015, mais il n'aura jamais lieu. En décembre 2014, père et fille agitent le drapeau blanc : ils ont finalement fait la paix.