GTA V, le jeu vidéo qui dépasse Hollywood

Grand Theft Auto V, cinquième opus du mythique jeu vidéo de gangsters développé par Rockstar Games, sort ce mardi. Produit culturel le plus attendu de l'année, GTA V est, avec un coût estimé de 260 millions de dollars, le jeu le plus cher de l'histoire. De quoi faire des jaloux du côté d'Hollywood, qui s'inspire de plus en plus des jeux vidéo pour alimenter son univers cinématographique. 

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260 millions de dollars. Cela représente plus d'argent qu'il n'en a fallu pour réaliser Avatar, Man of Steel, Avengers, King Kong ou encore Transformers ... Un seul film a coûté plus cher : Pirates des Caraïbes 3 . Sauf que cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un film, mais bien d'un jeu vidéo. Et pas n'importe lequel. 

Grand Theft Auto V , le nouvel opus d'une des licences les plus mythiques et sulfureuses du jeux vidéo, sort mardi en magasin pour les consoles PS3 et Xbox 360. Plus de 2,5 millions d'exemplaires de ce jeu de gangsters ont déjà été vendus en pré-vente aux Etats-Unis. GTA V s'annonce comme le produit culturel le plus acheté de l'année. 

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"Huit studios ont participé à la création de Los Santos en allant, notamment, au sein de Los Angeles pour côtoyer les gens bizarres de la nuit, des flics, des agents du FBI, des experts de la mafia, des gangs pour reprendre leur argot et même une prison ou encore de pauvres gars dans le désert ", a ainsi expliqué Dan Houser, co-président de Rockstar Games.

Le rapport de forces s'est inversé

Et si Dan Houser ne veut pas entendre parler d'une adaptation cinématographique, GTA V est bel et bien construit comme un film. Et la bande-annonce ne fait que renforcer cette impression : "Pourquoi ai-je emmenagé ici ? Sans doute à cause de la magie de cette ville... On ne voit ça que dans le films ", commence par dire le personnage principal.

Mais GTA V n'est pas un cas isolé. Les dialogues entre jeux vidéo et cinéma sont de plus en plus fréquents. Au départ, les films se sont déclinés dans l'univers vidéoludique. Notons ainsi, au fil des années 90 : Jurassic ParkDie HardAlien ... Et surtout, Il faut sauver le soldat Ryan  qui a inspiré le mythique jeu Medal of Honor .

Mais le rapport de forces s'est progressivement inversé. Désormais, ce ne sont plus les films qu'on adapte en jeu vidéo, mais bien l'inverse. Preuve de l'engouement d'Hollywood pour les jeux vidéo, le nombre grandissant d'adaptations de titres au cinéma : Hitman , Splinter CellPrince of PersiaTomb RaiderSilent Hill ... Et bientôt World of Warcraft

A tel point que certains compagnies de développement, comme Ubisoft, ont créé leur propre studio cinématographique, en l'occurence Ubisoft Motion Pictures créé il y a deux ans. L'objectif est moins de concurencer les studios hollywoodiens que d'adapter ses propres jeux au cinéma pour garder la main sur la marque. "La stratégie d'Ubisoft est de garder le contrôle créatif de nos univers, afin d'éviter de trahir l'esprit du jeu. On ne peut pas se permettre de décevoir les joueurs " explique Emmanuel Carré, attaché de presse d'Ubisoft. "Pour Prince of Persia, nous n'avions pas la maîtrise. Résultat : un film mal adapté ". 

Des métiers de plus en plus similaires

Devenu un divertissement social de masse au point d'être considéré comme la première industrie culturelle au monde, le jeu vidéo déteint aussi sur les autres industries culturelles, et le cinéma n'y échappe pas. 
Certains réalisateurs, de Christopher Nolan aux Etats-Unis à Christophe Gans en France, avouent s'inspirer de plus en plus des jeux vidéo. Pour Clément Sautet, journaliste à Studio Cinélive , cela s'explique par le fait que les artistes font tous partie des "digital natives  : c'est une génération qui a forcément touché à un jeu vidéo une fois dans sa vie ".  

Autre signe, le rapprochement technologique entre les industries, et, en conséquence, la circulation du personnel. "Ce changement vient aussi du fait que désormais, entre un jeu vidéo et un film, les technologies sont les mêmes : motion picture, 3D... Depuis Peter Jackson et Le Seigneur des Anneaux, on sait qu'on peut faire un film entièrement en motion capture. Avatar en est la preuve ", explique Clément Sautet. 

Musiciens et comédiens font aussi le va-et-vient

Du coup, le cinéma et les jeux vidéo s'échangent techniques et employés, et des dialogues se créent forcément entre les deux arts. Et cet échange ne se limite pas aux techniciens. Beyond : Two Souls du chef en la matière David Cage fait participer l'acteur Willem Dafoe, qui confie avoir eu à apprendre plus de 2.000 pages de script (près de 10 fois plus qu'au cinéma).

En musique, le procédé est le même, puisque de plus en plus de compositeurs renommés viennent faire la bande-son de jeux vidéo. Ainsi, la bande-son du jeu Fahrenheit (toujours de David Cage) avait elle été composée par David Bowie... 

Styles et codes se rapprochent

Mais c'est peut-être dans les styles et les codes que le dialogue entre le monde des jeux vidéo et les autres arts se fait le plus ressentir. Les mentalités ont évolué, et le public aussi, et les films sont de plus en plus "immersifs ". Aujourd'hui, impossible de regarder le film Inception sans y voir les mêmes procédés que dans les jeux vidéo (ce lien est revendiqué par Christopher Nolan qui travaille d'ailleurs sur l'adaptation d'Inception en jeu vidéo). 

Pour les studios cinématographiques, la logique est autant commerciale (faire venir les joueurs au cinéma) que narrative. "Auparavant, le système de narration des films hollywoodiens était très classique, avec un modèle extrêmement linéaire. Depuis, ça a évolué, notamment grâce aux jeux vidéo. Désormais, on cherche l'immersion, un processus d'implication du spectateur ", explique Clément Sautet.

"Aujourd'hui, quelqu'un peut passer plus de 5h d'affilée sur un jeu vidéo. Dans un film, la durée est en moyenne d'1h30. C'est au cinéma de se renouveler" (Clément Sautet, Studio Cinélive)

Plus complémentaire que concurrentiel 

En retour, le jeu vidéo aussi s'adapte, devient plus cinématographique. Il gonfle ses scénarios, et ira même dans GTA V  utiliser 65 caméras pour un seul personnage. Le dialogue entre les deux formats est voué à se développer de plus en plus. 

Ce que confirme Emmanuel Carré, d'Ubisoft : "Aujourd'hui, le joueur veut des mondes ouverts, des univers immersifs : entrer dans un Chicago des années 20 plus vrai que nature, être pirate sur les bateaux de l'époque. Il veut du 'super-réel'".  Pour l'heure, l'ambition des entreprises des jeux vidéo n'est pas de venir concurrencer les studios. Les deux structures sont complémentaires, et s'influencent.

"Les jeux vidéo deviennent de plus en plus culturels" (Emmanuel Carré, Ubisoft) 

"Les majors hollywoodiens ont bien compris que le jeu vidéo, devenu aujourd'hui le produit culturel le plus consommé, était une poule aux oeufs d'or " explique Clément Sautet. "Mais c'est vrai que l'industrie du jeu devient tellement forte que maintenant, elle va garder la main sur ses jeux. Ce sont désormais deux industries complémentaires."

"Elles sont forcément un peu concurrentielles" conclut Emmanuel Carré. "Le temps que quelqu'un passe devant un jeu, il ne le passe pas au cinéma. Mais elles sont destinées à travailler ensemble, et à se faire progresser mutuellement".  Same player...