Trois raisons d'arrêter de photographier vos plats au restaurant

Quand vous êtes à table, vous ne pouvez pas vous empêcher de prendre en photo votre assiette ? Francetv info vous explique pourquoi c'est un peu comme manger la bouche ouverte : une bien mauvaise manie.

Une personne prend en photo son assiette avec son smartphone, le 19 juillet 2012, dans un restaurant de Paris.
Une personne prend en photo son assiette avec son smartphone, le 19 juillet 2012, dans un restaurant de Paris. (ANA AREVALO / AFP)

Au restaurant, c'est devenu une habitude. A peine l'assiette posée sur la table par le serveur, un convive dégaine son téléphone portable, prend en photo son plat et la publie sur internet. Les photos (plus ou moins) appétissantes inondent les réseaux sociaux et les mots-clés comme "#instafood", "#pornfood" et "foodporn" pullulent.

 

 

Francetv info vous explique pourquoi cela peut se transformer en mauvaise manie.

1Ça énerve les chefs

Fin janvier, des chefs des restaurants gastronomiques de New York ont dénoncé l'attitude de certains clients, debouts sur leur chaise pour prendre la meilleure photo possible, qui utilisent le flash, voire des trépieds en plein restaurant. Lassés (notamment) par les flashs, certains restaurants interdisent même aux clients de prendre des clichés, rapporte le New York Times. "Tout le monde veut prendre sa photo. Ils se fichent de savoir si cela affecte les gens autour d'eux", explique par exemple le porte-parole du prestigieux Bouley restaurant, à New York.

En France, Alexandre Gauthier, chef du restaurant la Grenouillère, à La Madelaine-sous-Montreuil (Pas-de-Calais), a lui représenté un appareil photo barré sur sa carte. "Les photos ne sont pas interdites, mais je veux créer l'interrogation", explique-t-il. "C'est gratifiant, mais nous sommes une maison où il y a peu d'éclairage, donc il faut le flash", regrette le chef. 

2Vous ne profitez pas de votre plat, ni du moment

"On n'arrive pas à déconnecter les gens", regrette le chef étoilé Alexandre Gauthier. "Avant, ils faisaient des photos de famille, de la grand-mère, et maintenant on fait des photos de plat", note-t-il. "On tweete, on 'like', on commente, on répond. Et le plat est froid", lâche-t-il encore. "Il y a des moments pour tout. (...) On essaie de créer une parenthèse dans la vie de nos clients. Pour ça, il faut déconnecter du portable." 

Le chef du restaurant la Grenouillère, à La Madelaine-sous-Montreuil (Pas-de-Calais) a été rejoint dans son combat par Gilles Goujon, chef trois étoiles de L'Auberge du vieux puits, à Fontjoncouse, dans l'Aude. 

Car aller au restaurant est un moment privilégié. On déguste un plat, on plonge dans une atmosphère, on profite de cet instant avec des proches... "Ils passent leur repas à répondre aux commentaires", sur les réseaux sociaux, expliquait Alexandre Gauthier au Monde. "Ils n'écoutent pas le serveur. La table est morte..." Les restaurateurs avancent aussi un autre argument. "Plus que l'espionnage industriel, ce que redoute le chef, c'est la mauvaise image, le cliché mal éclairé, l'angle moche", écrit Le Monde. Bref, la mauvaise publicité.

3Vous ne ferez jamais aussi bien que les pros

La photographie culinaire est un art qui a même son festival international. Et les photographes professionnels qui la pratiquent appliquent des recettes sophistiquées.

Avant de se retrouver dans votre livre de cuisine, dans les pages de vos magazines ou sur les affiches des publicités, chaque ingrédient photographié est soigneusement sélectionné et méticuleusement disposé. "On accorde donc parfois plus de temps à la préparation et aux achats de produits qu'à la réalisation du film ou à la photographie", reconnaît Fabrice Jarossay, styliste culinaire pour la publicité.

Les photographes culinaires ne suivent pas les recettes. Le photographe David Japy triche sur le temps de cuisson. "Au lieu de 45 minutes, on va les faire cuire 25 minutes. Les légumes seront un peu plus crus, et auront des couleurs plus vives."

Ils utilisent aussi des subterfuges pour que la version immortalisée de votre plat soit plus flatteuse que sa version cuisinée : une pomme de terre glissée sous une crêpe pliée en deux pour donner plus de relief au plat ou un joli décor, une belle nappe et des couverts rutilants pour améliorer la composition.

Ils usent même de produits chimiques afin de rendre les ingrédients encore plus brillants, plus frais et plus appétissants. Les colorants, la glycérine, voire la laque pour cheveux font très bien l'affaire. Le résultat est photogénique, mais plus forcément très savoureux.