Festivals d'été : pourquoi ils ont du mal à joindre les deux bouts

Pour la première fois en 22 ans d’existence, les Vieilles Charrues ont perdu de l’argent. Une situation que connaissent régulièrement d'autres manifestations musicales. Explications. 

La foules des spectateurs lors du concert du groupe Pulp, en ouverture du festival des Vieilles Charrues, à Carhaix (Finistère), le 14 juillet 2011.
La foules des spectateurs lors du concert du groupe Pulp, en ouverture du festival des Vieilles Charrues, à Carhaix (Finistère), le 14 juillet 2011. (FRED TANNEAU / AFP)

Les festivals de musique marchent tous sur la corde raide, même ceux qui se croyaient épargnés. Celui des Vieilles Charrues fait, cette année, l’expérience d’une précarité financière bien connue de nombre de ses collègues. En 22 ans d’existence, c’est la première fois que le plus gros festival de l’Hexagone (244 000 spectateurs en 2012) perd de l’argent. Il lui aurait fallu 10 000 festivaliers de plus pour rentrer dans ses frais. Avec un billet entre 41 et 51 euros la journée, le manque à gagner est conséquent pour les organisateurs. Environ 450 000 euros, selon nos estimations.

Généralement, ce sont les manifestations plus petites et plus jeunes qui sont affectées par ce genre de problème. Mais pas uniquement. "Il y a des années où on s’est bien loupé, se rappelle Hedi Hassouna, codirecteur du Rock dans tous ses états, à Evreux (Eure). Mais on équilibre le budget sur la longueur, il faut avoir les reins solides." Francetv info dresse la liste des raisons pour lesquelles certains festivals ne passent guère un été ensoleillé.

C’est la faute de la crise

Tous les indicateurs de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) et du ministère de la Culture démontrent que de plus en plus de Français vont au moins à un festival dans l’année. Cependant, le ressenti de certains organisateurs ne s’accorde pas avec les statistiques. "La crise a des retombées immédiates sur la fréquentation", estime Marie-José Justamond, directrice des Suds, à Arles (Bouches-du-Rhône), qui s’enthousiasme tout de même de la fidélité du public pour ce festival de musique du monde.

Marc Slyper, de la CGT spectacle, connaît "les difficultés de [ses] concitoyens. Il n’est pas possible d’augmenter encore le coût des billets, qui sont déjà assez chers. Nous ne pouvons pas leur en demander plus." Une entrée pour une journée de festival coûte une quarantaine d’euros.

C’est la faute du public

Jacques Renard, directeur du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV), souligne que les petites structures de concert ont du mal à attirer les foules. Le public ne prend pas de risques dans ses choix de concerts, se ruant sur les artistes très connus. "Il faut absolument des têtes d’affiche, même si on a un cœur de cible fidèle", se désole Marie-José Justamond.

Les festivaliers sont devenus exigeants, habitués à voir des stars. "L’an dernier, nous n’avons pas réussi à avoir de grosses têtes d’affiche, et ça a été une année catastrophique", constate François Floret, directeur de la Route du rock, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine).

C’est la faute des artistes

Ce n’est pas une nouveauté, les stars ont augmenté leur cachet, qui dépasse quasi-systématiquement les 100 000 euros, d’après François Floret. En 2009, Bruce Springsteen aurait empoché par loin d’un million d’euros pour faire le show à Carhaix. Un pari dangereux que ne peuvent pas se permettre toutes les structures.

Mais ce qui agace le plus le directeur de la Route du rock, c’est que les agents des artistes rechignent à négocier les prix en fonction de la jauge et du type de festival. "Des festivaliers me demandent parfois pourquoi je ne programme pas Radiohead. Si je pouvais discuter directement avec Thom Yorke [le leader du groupe] et lui dire : 'Tu te souviens, on avait programmé ton groupe pour ta première tournée en France', peut-être qu’il accepterait, s’amuse-t-il. Mais il faut passer par les agents, qui sont plus durs en affaire." 

C’est la faute des (trop nombreux) festivals

D’après le président des Vieilles Charrues, Jean-Luc Martin, près de 350 festivals s’arrachent les têtes d’affiche. Si lui refuse de payer le prix fort, quelqu’un d’autre acceptera. En 2012, la Sacem comptabilisait 840 festivals en France, un chiffre bien en deçà de la réalité. Pour François Floret, "le succès des Vieilles Charrues a eu un effet d’entraînement. Beaucoup de petites communes ont voulu tenter leur chance, car, oui, c’est excitant de monter un festival". La concurrence est également rude sur le plan des subventions.

C’est la faute de l’Etat

Ni le budget du ministère de la Culture alloué au spectacle vivant, ni les subventions du CNV n’ont diminué ces dernières années. Mais "les subventions stagnent et le coût de la vie augmente. Donc, on peut dire que globalement, l’argent à notre disposition baisse", s’émeut Marc Slyper, de la CGT spectacle.

Une baisse ressentie par les organisateurs du festival Les Suds à Arles, qui estiment que les collectivités locales, comme la Région, le Département ou les communes, ont moins d’argent à redistribuer au spectacle vivant. Et pourtant, les dotations de l’Etat aux collectivités locales n’ont pas (encore) diminué.

L’an prochain, la situation pourrait être encore moins réjouissante, puisque l’Etat va baisser ses dotations aux collectivités locales, principales subventions des festivals. De quoi faire pencher encore un peu plus la balance du mauvais côté pour les Vieilles Charrues et ses cousins.