Des tableaux de Modigliani passés aux rayons X

Ces techniques novatrices pourraient permettre d'en savoir plus sur les dates des peintures ou leur histoire.

La \"Femme aux yeux bleus\" de Modigliani, passée aux rayons X, au C2RMF.
La "Femme aux yeux bleus" de Modigliani, passée aux rayons X, au C2RMF. (ANNE CHÉPEAU / RADIO FRANCE)

C'est une première en France à cette échelle : toutes les œuvres du peintre Amedeo Modigliani présentes dans les collections publiques françaises font actuellement l’objet d’une étude approfondie, avec le concours du CNRS et du C2RMF, le Centre de recherches et de restauration des musées de France. C'est un lieu très fermé, où les médias ne peuvent d'habitude pas rentrer.

Rayons X ou ultraviolets

Nous sommes dans la réserve pour les peintures, c'est là que sont entreposées les œuvres d'art qui sont "en étude". La Femme aux yeux bleu, peinte par Modigliani vers 1918 et conservée au musée d’Art Moderne de la ville de Paris, a été disposée dans le studio de photographie "pour procéder à des examens"."On l'a installée sur le chevalet en vue de sa photographie", raconte Anaïs Gentil Vincent, docteure en physico-chimie. "Ici, l'œuvre est illuminée par des rayonnements ultraviolets, ce qui permet de mettre en évidence la fluorescence du verni. Les zones qui sont non fluorescentes sont des zones de repeint. Par exemple, ici on voit des parties plus brunes qui sont des repeints postérieurs à Modigliani, des restaurations qui ont été faites au cours du XXe siècle. Mais globalement, c'est une œuvre en bon état."

La \"Femme aux yeux bleus\" de Modigliani, dans le studio de photographie pour procéder aux examens, au C2RMF.
La "Femme aux yeux bleus" de Modigliani, dans le studio de photographie pour procéder aux examens, au C2RMF. (ANNE CHÉPEAU / RADIO FRANCE)

Plusieurs techniques d’analyse sont utilisées. Dans une autre salle, la toile est soumise aux rayons X, ce qui peut notamment permettre de voir si la peinture a été réalisée sur une œuvre précédente : "L'appareil est placé face à l'œuvre, des rayons X sont envoyées sur l'œuvre et un détecteur permet de collecter le signal. On fait un balayage dans le sens de la largeur, ensuite on monte légèrement, puis on refait le balayage dans l'autre sens pour avoir vraiment la cartographie dans sa totalité. On est sur deux jours d'analyse en continu", précise Anaïs Gentil Vincent.

Des techniques pour préciser les dates et les manières de faire

Au total, ce sont 25 peintures et trois sculptures qui vont être analysées jusqu’en avril 2020. L’étude a été lancée par le Musée d’art moderne de Lille (LaM), qui possède plusieurs peintures de l’artiste. Elle devrait notamment permettre de dater précisément certains tableaux car l’œuvre de Modigliani est peu documentée, décrit Michel Menu, qui dirige le département recherche du C2RMF : "Ce qu'on va rechercher de manière prioritaire, c'est comprendre la technique de l'artiste Modigliani : quelle est sa palette, quelle est sa façon de peindre, quelle est la spécificité de son travail. On va pouvoir aussi comprendre comment sa technique a pu évoluer au cours du temps."

Autant d’éléments très utiles pour de futures restaurations. Cette étude pourrait aussi confirmer ou infirmer l’authentification de certaines œuvres. "Dans l'ensemble que nous allons étudier, il est possible de trouver une œuvre qui ne soit pas réellement une œuvre de l'artiste ou qui a été finie par un autre artiste. Dans l'histoire de Modigliani, il y a des exemples qui sont déjà très bien connus", selon Michel Menu. Les résultats de cette étude seront rendus publics en 2020. D’ici là, trois classes de la métropole lilloise sont déjà associées au projet.