Cinq façons de faire de l'art avec son sexe

Fin mai, une artiste luxembourgeoise a exhibé son sexe, à Paris, devant le tableau "L'Origine du monde". Une performance qui en rappelle d'autres.

L\'artiste luxembourgeoise Deborah de Robertis lors de sa performance devant le tableau \"L\'Origine du monde\", au musée d\'Orsay (Paris), le 29 mai 2014.
L'artiste luxembourgeoise Deborah de Robertis lors de sa performance devant le tableau "L'Origine du monde", au musée d'Orsay (Paris), le 29 mai 2014. (GUSTAVE COURBET / YOUTUBE / FRANCETV INFO)

"L'exhibitionnisme ne parle de rien, ce n'est pas un acte de création." Après avoir exposé son sexe, jeudi 29 mai, devant un tableau dans un musée parisien, l'artiste Deborah De Robertis a justifié son acte en mettant en avant son "regard d'artiste". En quoi le sexe peut-il être un moyen d'expression artistique ? Retour sur cinq performances de ce genre.

Un sexe exposé au musée pour évoquer la censure

La toile est connue dans le monde entier. Deborah De Robertis a prêté son visage à "L'Origine du monde", œuvre de Gustave Courbet, mais pas seulement. L'artiste
luxembourgeoise a dévoilé son sexe, assise devant le tableau au musée
d'Orsay à Paris, avant qu'une gardienne tente de cacher son anatomie.

Pourquoi ce choix artistique ? "Dans la bande-son, je dis que 'je suis toutes les femmes'. C'est symbolique, affirme la plasticienne à francetv info pour expliquer sa performance. Et c'est une démarche réfléchie sur la question de la censure aussi. (...) Ces gardiennes qui tentent de me cacher, c'est comme voiler un tableau." Le musée a déposé une plainte, classée sans suite, avec un simple rappel à la loi pour la Luxembourgeoise.

Des oeufs dans le vagin pour exploiter la féminité

Pour sa première peinture, réalisée en avril, Milo Moiré a choisi une méthode peu
orthodoxe. L'artiste a introduit des oeufs remplis de colorants dans son vagin, avant de les "pondre" sur une toile, sous le regard des visiteurs de la foire d'art contemporain de Cologne (Allemagne).

Pourquoi ce choix artistique ? "C'est une expérience personnelle, intuitive, explique-t-elle au Matin. Je crée et j’utilise la source originale de la féminité, mon vagin. (...) J’ai utilisé l’œuf comme le symbole de naissance. La toile exprime le concept de tabula rasa et l’œuf a lui-même, une fois cassé sur la toile, un potentiel artistique." L'artiste s'était déjà baladée nue dans un tram en 2013, rappelle le journal suisse, pour bousculer le quotidien des voyageurs.

Un pénis rélié à un coq pour exprimer une "identité"

La performance a été réalisée à une heure de faible affluence, sur le parvis du Trocadéro, à Paris. En septembre 2013, Steven Cohen apparaît en bustier et string blanc, gants rouges, des plumes au bout des doigts. Couronné d'une coiffe réalisée avec un faisan empaillé, il entame alors une chorégraphie avec un coq relié à son sexe enrubanné, dont le bout est apparent.

Pourquoi ce choix artistique ? "Rien à voir avec le sexe", explique le Sud-Africain de 51 ans. Le pénis n'était pas le "focus", détaille-t-il : il fallait en réalité regarder le costume, qui évoquait les cabarets parisiens. Cette performance traduisait l'expression d'une identité "mâle, blanc, homosexuel, juif", analyse l'artiste. Pas assez pour convaincre le tribunal correction de Paris, qui l'a condamné pour exhibition sexuelle, mais dispensé de peine. 

Un pénis en guise de pinceau pour s'amuser

Pourquoi s'encombrer d'un pinceau ? Tim Patch, alias "Pricasso" ("prick" signifiant "bite" en anglais), a troqué le traditionnel outil du peintre pour son pénis. Le rituel est simple, raconte Libération : l'homme réalise ses oeuvres, seulement vêtu de bottes et d'un chapeau. Le tout peut donner l'impression que l'artiste fait l'hélicoptère avec son sexe, s'amuse le site du quotidien, mais tout cela donne au final "une jolie croûte".

Pourquoi ce choix artistique ? Ne cherchez pas, ici, de démarche militante. L'idée est venue sur un coup de tête, il y a une dizaine d'années, peu après le second divorce de l'artiste australien. "Quand j'y ai pensé pour la première fois, j'étais impatient d'essayer", explique-t-il au New York Daily News (en anglais). Aujourd'hui, son site est une boutique commerciale, où chacun peut commander son portrait, moyennant quelques centaines d'euros.

Des testicules clouées contre "l'Etat policier"

Lui n'hésite pas à se faire violence pour exprimer son art. Après s'être cousu les
lèvres et présenté nu entouré de barbelés par le passé, Piotr Pavlenski a cloué la peau de ses testicules entre des pavés de la place Rouge à Moscou (Russie), en novembre 2013.

Pourquoi ce choix artistique ? L'artiste a expliqué, par la suite, que son action avait pour but de protester contre "l'Etat policier" : "Avec mes performances, je montre les relations entre la société et les autorités", décrypte-t-il. Poursuivi pour "hooliganisme" par les autorités, Piotr Pavlenki a finalement été laissé libre. Un expert a estimé que l'acte litigieux n'avait pas de "mobile politique, idéologique, raciste, et n'était pas dirigé contre un groupe ethnique, social ou religieux", selon un porte-parole de la police.