Vidéo Tim Burton : "Pour moi, les monstres ont toujours été très émouvants", confie le cinéaste avant l'expo "Labyrinthe" à Paris

Article rédigé par
Xavier Allain - Elodie Suigo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Tim Burton dans les coulisses de son exposition "Le Labyrinthe". (Fabian Morasut / Agence Sébastien d'Assigny)
L’univers culte du cinéaste Tim Burton arrive à Paris avec une exposition ludique et immersive, à partir du 19 mai 2023. Il raconte la naissance de sa nouvelle création à franceinfo.

À partir du 19 mai, le cinéaste invite les amateurs à une immersion totale dans son univers si particulier. À travers un "Labyrinthe", Tim Burton dévoile une large partie de son travail, au milieu de personnages devenus culte tels que BettleJuice, L'Étrange Monsieur Jack ou encore Willy Wonka de Charlie et la chocolaterie.

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Cette exposition, unique, va passer l'été à l'Espace Chapiteaux de la Villette à Paris, après un passage remarqué à Madrid. Et que l'on ne se trompe pas : il ne s'agit pas d'une simple compilation d'idées, décors ou autres croquis du génial cinéaste. Non, c'est une création totalement inédite de 5000 m², montée avec l’agence Let's Go!, dans des pièces complètement déroutantes : ici, les "arbres bonbons" de Charlie et la chocolaterie, là, d'étranges cactus avec des yeux, comme sortis d'outre-tombe.

Au coeur de l'exposition Tim Burton : Le Labyrinthe (Fabian Morasut / Agence Sébastien d'Assigny)


Avec plus de 300 itinéraires possibles -  pensés pour les petits et les grands -, ce sont 150 œuvres originales accessibles pour la première fois au public. Présenté comme un véritable "voyage dans le monde intérieur" du cinéaste Tim Burton, on navigue ainsi dans des paysages tantôt inquiétants, tantôt colorés, mais toujours enchanteurs d'Alice au pays des merveilles, à Mars Attack !, en passant par Frankenweenie.

Au coeur de l'exposition Tim Burton : Le Labyrinthe (Fabian Morasut / Agence Sébastien d'Assigny)

En avant-première, Tim Burton s'est confié sur franceinfo sur la genèse, mais aussi les coulisses de cette exposition. Et pour lui, pas de doute : "Lorsqu'on me présente ce labyrinthe, j'ai l'impression que c'est ce qu'il se passe dans ma tête. On a l'impression d'aller dans une maison hantée ou quelque chose comme ça, c'est-à-dire qu'on ne sait pas vraiment où on va. Cela représente le processus de création, dans le sens où ça commence par un dessin, et puis on le transforme en quelque chose d'autre : une sculpture, peut-être un personnage animé, un film, ou peut-être rien du tout. Quand je fais des dessins, ils doivent prendre vie en les transformant en animations", sourit-il. 

"Laisser les gens être qui ils sont"

Et, que ce soit à travers sa filmographie ou cette exposition-événement, on note une chose, toujours et encore : cette "patte" Burton, reconnaissable entre mille, qui met en avant et valorise l'anormalité. "Je ne sais même pas ce que ça veut dire le mot 'normal', tranche Tim Burton. Moi, je me sens normal. J'ai l'impression d'être quelqu'un de normal. De temps en temps, je ne me sens pas très normal, mais la plupart du temps, je vois les choses d'une manière différente. J'ai toujours essayé de résister, de ne pas être catégorisé. Je n'aime pas quand les gens font ça avec les gens, quand ils mettent les gens dans des boîtes. J'ai toujours trouvé que c'était bien de laisser les gens être qui ils sont et de les laisser créer sans essayer de les mettre dans une boîte. Je n'ai jamais trouvé que les monstres étaient des mauvais personnages. Pour moi, ils ont toujours été très émouvants et on peut s'y identifier par rapport aux choses anormales dans les films. C'est comme ça que je me sens."

"Avec la culture dans laquelle j'ai grandi, le mot 'normalité' me donne l'impression que c'est la mort. Ça ne me fait pas me sentir bien. "

Tim Burton

à franceinfo

Ce rapport au bizarre et à la mort hante la création de Tim Burton. Et il ne s'en cache pas : dans le livre Tim Burton : entretiens avec Mark Salisbury, il résume que "Les cimetières font partie de mon âme". Il préfère en plaisanter sur franceinfo : "J'espère que ma connexion avec la mort ne sera pas avant longtemps ! J'ai grandi à Los Angeles, avec des films de zombies, des cérémonies qui célébraient la vie et également avec des images de crânes, et tout ça, qui ne représentent pas vraiment la vie. Je trouve que c'est une manière intéressante de penser à la vie. J'aime le mélange parce que ce n'est pas une question de mort, c'est une question de vie. C'est pour ça que les films de vampires questionnent tout ça. Ce n'est pas une question que soit la mort ou la vie, c'est juste quelque chose de spirituel, finalement."

Tim Burton dans les coulisses de son exposition "Le Labyrinthe". (Fabian Morasut / Agence Sébastien d'Assigny)

Des films "trop sombres" pour certains studios

Tim Burton glisse aussi se "sentir très connecté à ces personnages", et notamment l'un d'eux, cultissime, porté par Johnny Depp au cinéma, en 1991 : Edward aux mains d'argent. "C'est comme ça que je me sentais à un certain âge, en fait ! Quelqu'un qui avait beaucoup d'émotions, qui ne pouvait pas avoir d'amis, avoir de connexions avec les gens autour de lui. Vous savez quand les gens voulaient me faire un câlin, je me retirais avec frayeur. J'ai toujours été intéressé par les fables, les contes de fées. Ce film était, pour moi, comme un symbole de conte de fées, de fable, de sentiments personnels et forts que je ressentais. C'était un mélange émotionnel très puissant pour moi", assure-t-il. 

Une vision particulière telle que le maître de la féerie horrifique avoue avoir parfois eu "des problèmes" avec certains studios. "J'ai voulu dessiner, faire des films pour m'aider à ce que ça sorte de mon esprit. C'est quelque chose que j'aime faire pour m'échapper, en quelque sorte. Mais c'est difficile de faire ça. Des studios me disaient que "c'est trop sombre", comme L'Étrange Noël de Monsieur Jack avec les yeux par exemple, leur taille. Je leur répondais : mais c'est quoi le problème ? C'est compliqué, mais j'ai la chance qu'assez de gens répondent favorablement", assure-t-il.

Au coeur de l'exposition Tim Burton : Le Labyrinthe (Fabian Morasut / Agence Sébastien d'Assigny)

S'il reste mystérieux quant à ces futurs projets cinématographiques, Tim Burton n'en a toutefois pas fini de créer. "Je continue à aller de l'avant. Je suis comme un requin dans l'eau qui avance, je ne regarde pas trop en arrière. Pour ce labyrinthe, je peux dire que c'était une nouvelle expérience pour moi. J'ai pris mon travail et l'ai montré de manière différente. Je l'ai fait grandir et vous vous intégrez à l'intérieur directement. J'ai ressenti quelque chose de différent et d'excitant et c'est ce que j'essaye de vous faire ressentir. C'est ça que je cherche !", conclut-il.

"Tim Burton, Le Labyrinthe", du 19 mai au 20 août 2023 à l'espace Chapiteaux de la Villette, à Paris.

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