"The Bad Guys" de Pierre Perifel et "Icare" de Carlo Vogele : l'école française de l'animation fait toujours recette

La France est au troisième rang mondial dans la production d'animation, mais ses créateurs sont aussi à l'origine de gros succès américains comme la saga "Moi, Moche et Méchant". Deux nouveaux films en salles, "Icare" (depuis le 30 mars) et "The Bad Guys" (le 6 avril), prouvent encore une fois la vitalité de la French touch.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Photo du film d'animation "The Bad Guys" chez Dreamworks (DreamWorks Animation LLC. All Rights Reserved.)

L'un signe The Bad Guys chez Dreamworks, l'autre a quitté Pixar pour gagner en liberté et sort Icare, un film indépendant : deux réalisateurs prouvent sur les écrans qu'en matière d'animation, la "French touch" n'a pas dit son dernier mot.

Courses-poursuites en "muscle car" dans les rues de Los Angeles, clins d'oeil à Pulp Fiction ou Ocean's Eleven... The Bad Guys, en salles mercredi 6 avril, est un pur produit hollywoodien mais également le tout premier long-métrage du studio américain de Shrek ou Kung Fu Panda entièrement réalisé par un Français.

A l'écran, une bande d'animaux à la réputation de "méchants" (un loup, un serpent, un requin, une tarentule et un piranha), soudés dans le crime et recherchés par tous les policiers de la ville. Arrêtée après avoir tenté le coup de trop, la bande passe un marché avec les autorités : devenir "gentille" pour éviter la prison. Ou au moins faire semblant.

"Le film est un hommage au cinéma américain et à Los Angeles, une ville dont je suis tombé amoureux", explique à l'AFP le réalisateur Pierre Perifel, formé à l'école des Gobelins à Paris, avant de faire carrière au sein du studio cofondé par Steven Spielberg, qu'il a rejoint il y a quinze ans. Après avoir travaillé comme animateur de personnages sur trois volets de Kung Fu Panda et d'autres films comme Shrek 4, il signe avec The Bad Guys son premier long-métrage solo au sein du studio, qui grouille de créateurs français.

Un film qui rompt avec la course au réalisme

La France, au troisième rang mondial dans la production d'animation, a souvent brillé par ses pépites indépendantes, des Triplettes de Belleville à Ma vie de courgette en passant par Kirikou, mais ses créateurs sont également à l'origine de succès comme la saga Moi, Moche et Méchant.

Le pays "a depuis bien longtemps une énorme culture de cinéma d'animation et de BD, métissée avec l'influence japonaise, qui est arrivée bien plus tôt qu'aux États-Unis", analyse Pierre Perifel. Cette culture "intéressait Dreamworks pour faire quelque chose de différent".

Le rendu graphique du film, un mélange de 2D et de 3D rappelant la bande dessinée ou l'illustration, rompt délibérément avec la course au réalisme dans laquelle sont engagés la plupart des studios d'animation grand public. "Il y a vraiment une espèce d'envie française d'aller chercher des styles, des influences, d'aller pousser les choses (...) même si sur des gros films, des blockbusters, on ne peut pas pousser les choses à un point où le public ne va pas comprendre", reconnaît-il.

"Je cherchais quelque chose de stylisé, de beau" 

Une réflexion que pourrait partager Carlo Vogele, réalisateur luxembourgeois qui a grandi en France et a fait lui aussi ses études aux Gobelins, l'une des écoles les plus cotées de la planète animation, avant de sortir, le 30 mars, Icare. Le film revisite totalement la mythologie antique pour un voyage aux côtés du jeune Icare, qui va se lier d'amitié avec le Minotaure.

Seul point commun avec les Bad Guys, une esthétique qui emprunte à la BD, avec un mélange réussi de 2D et d'animation 3D. "J'ai travaillé huit ans chez Pixar, avec un boulot précis : animer des personnages", raconte le réalisateur à l'AFP. "Même s'ils font des pépites d'animation grand public, des blockbusters avec un storytelling [façon de raconter les histoires] incroyable, j'avais envie de faire l'inverse avec Icare."

"Le réalisme" auquel prétendent les grosses productions américaines "ne m'intéresse pas, je cherchais quelque chose de stylisé, de beau", explique-t-il. Avant d'en rire : "De toute façon, on n'avait pas le budget pour des prouesses techniques !"

Sans compter l'enjeu "philosophique" pour celui qui ne voulait plus travailler pour le mastodonte Disney, maison mère de Pixar. Et qui considère que la France, qui forme plus d'un millier de professionnels du secteur par an, reste "un vivier de talents inégalé".

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Cinéma

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.