"Vivarium", de Lorcan Finnegan : l'enfer est dans le lotissement

Cette fable fantastique sur une expérimentation mystérieuse à l'échelle humaine, pleine de promesses au démarrage, finit par se noyer dans un scénario peu convaincant. 

\"Vivarium\", de  Lorcan Finnegan (2020)
"Vivarium", de  Lorcan Finnegan (2020) (Copyright The Jokers Films)

Vivarium, en salles le 11 mars, second long-métrage de Lorcan Finnegan, évoque l'esprit de la série d'anticipation Black Mirror, pour laquelle le réalisateur irlandais a travaillé à ses débuts. 

Le film s'ouvre sur une salle de classe. La maîtresse mime avec les enfants les arbres agités par le vent. Dehors, un coucou jette par-dessus le nid deux oisillons pour prendre leur place. Un jardinier descend de son arbre tandis qu'une brise fait voleter les cheveux de sa petite amie, notre maîtresse. La vie, tendre et cruelle. 

Le jardinier et la maîtresse forment un joli couple de trentenaires. Eux aussi sont en quête d'un nid et entrent par hasard dans le pimpant local d'un promoteur immobilier. L'agent qui les accueille, chemise blanche, pantalon noir trop court, cheveux bien peignés, leur propose d'aller découvrir un pavillon. "Yonder est un programme magnifique. Il répondra à tous vos besoins, et à tous vos désirs", leur promet le vendeur. 

Imogen Poots et Jesse Eisenberg dans le film \"Vivarium\", de  Lorcan Finnegan (2020)
Imogen Poots et Jesse Eisenberg dans le film "Vivarium", de  Lorcan Finnegan (2020) (MMAGUIRE)

Numéro 9

Le couple suit l'étrange bonhomme jusqu'au lotissement, composé d'une série de maisons toutes identiques, vertes et bien alignées, gazon artificiel. Les tourtereaux visitent sans conviction la confortable maison, au numéro 9 d'une rue qui ressemble comme deux gouttes d'eau à toutes les autres. Les pièces de la maison, impeccables, sont immortalisées dans un tableau accroché au mur, prolongeant la mise en abîme qui caractérise le décor.

\"Vivarium\", de Lorcan Finnegan (2020)
"Vivarium", de Lorcan Finnegan (2020) (Copyright The Jokers Films)

Amusés par l'incongruité des lieux et de la situation, Tom et Gemma (Imogen Poots et Jesse Eisenberg) s'attardent dans le living. Quand ils ressortent sur le pallier, l'agent immobilier, ainsi que sa camionnette, ont disparu. Ils en profitent pour quitter ce lieu bizarre, mais leur voiture tourne en rond dans le labyrinthe du lotissement, et les reconduit inévitablement devant le numéro 9. Panne d'essence, tentative d'évasion à pied en suivant le soleil, appels au secours, rien n'y fait, ils sont prisonniers du décor.

Découragés, Tom et Gemma finissent par s'installer dans cette maison devant laquelle on leur dépose un premier carton avec nourriture et nécessaire vital, puis un deuxième, contenant un bébé…

Salve contre le conformisme

Dans ce lotissement stylisé tout est propre, aseptisé. Pas un brin de vent, pas d'odeurs, les aliments sont sans goût et les nuages ont tous la même forme. Le film dénonce clairement le conformisme consumériste contemporain et les injonctions de la société à fonder une famille, à élever des enfants (correctement), à avoir une jolie maison, à se conformer au modèle en s'abandonnant au bonheur sensé en découler. Mais enfermés dans cette prison dorée, Tom creuse, Gemma s'étiole et l'enfant prend le pouvoir...  

\"Vivarium\", de  Lorcan Finnegan (2020)
"Vivarium", de  Lorcan Finnegan (2020) (Copyright The Jokers Films)

L'idée de départ du film est prometteuse. Dans les pas de l'agent immobilier au sourire forcé (Jonathan Aris), on entre dans ce monde avec curiosité, et effroi. Les comédiens Imogen Poots et Jesse Eisenberg sont engagés et convaincants. Les décors épurés évoquant les tableaux du peintre surréaliste Magritte, sont baignés dans une lumière irréelle, et la mise en scène est soignée et efficace. Bref, tous les ingrédients d'un bon film sont là.

Malheureusement, ce scénario plein de promesses se met très vite à tourner en rond, comme les personnages dans le labyrinthe de leur lotissement. La dimension fantastique détourne le film de ses intentions plus qu'elle ne les sert et le dénouement, pirouette bouclant la boucle, ne parvient pas à créer la surprise.  Dommage.

La fiche

Affiche du fillm \"Vivarium\", de Lorcan Finnegan (2020)
Affiche du fillm "Vivarium", de Lorcan Finnegan (2020) (Copyright The Jokers Films)

Genre : Thriller, Science fiction
Réalisateur : De Lorcan Finnegan
Pays : Irlande, Belgique, Dannemark
Durée : 1h37
Sortie : 11 mars 2020
Distributeur : Les Bookmakers / The Jokers
Synopsis : A la recherche de leur première maison, un jeune couple effectue une visite en compagnie d’un mystérieux agent immobilier et se retrouve pris au piège dans un étrange lotissement.