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"Varsovie 1983, une affaire d'État", glaçant thriller politique sous l'ère Solidarnosc en Pologne

Le régime totalitaire du général Wojciech Witold Jaruzelski vu par le prisme d’un meurtre politique sous couverture policière. En salle mercredi 4 mai. 

Article rédigé par Jacky Bornet
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Tomasz Zietek dans "Varsovie 1983 , une affaire d'Etat" de Jan P. Matuszynski (2022) (LUKASZ BAK)

Jeune réalisateur polonais, Jan P. Matuszynski confirme son attachement au sujet politique de ses films précédents. Varsovie 1983, une affaire d'État, qui sort mercredi 4 mai, est plus distancié des ressorts du thriller qu'il empruntait précédemment, en dénonçant l’emprise d’un totalitarisme orwellien sur les citoyens, d’après une histoire vraie. 

Années de plomb

En 1983 à Varsovie, deux amis se chamaillent dans la rue jusqu’à ce que la police arrête Grzegorz, battu à mort sous les yeux de Jurek, qui est lui relâché. La mère de la victime, militante du syndicat Solidarność, avait reçu des menaces concernant son fils. Jurek décide de porter plainte contre la police pour dénoncer la mort de son ami. La bavure va prendre l’ampleur d’un procès politique manipulé par le gouvernement du général Jaruzelski.

1983 correspond à la troisième année d’existence du syndicat Solidarność, en pleine dictature communiste sous l’emprise du chef du gouvernement, puis chef de l'État de la République populaire de Pologne de 1981 à 1989, le général Wojciech Witold Jaruzelski. Des années de plomb, pas celles qui qualifient les attentats en Italie, mais celle d’une chape qui oppresse la société polonaise dans les dernières années du communisme. Né en 1984, en ce chant du cygne dictatorial, le réalisateur Jan P. Matuszynski évoque avec éloquence et sobriété les mensonges d’un régime criminel, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir.

Peur, soupçon et méfiance

Le réalisateur expose des faits, rien que des faits. Sa caméra observatrice est distanciée et le film ne cherche ni lyrisme ni sentiments. Le choix de la mise en scène, aux couleurs et lumières froides, renforce l’impression d’oppression. La peur, le soupçon et la méfiance habitent la ville, les rues, les immeubles. Cette "désoladarité" sociale est sans doute la raison pour laquelle le premier syndicat né dans un régime communiste s’est justement appelé Solidarité.

Jurek est seul, même entouré. S’il trouve un soutien, c’est dans le père Popieluszko qui sera assassiné en 1984. Courageux, c’est un chemin de croix qu’il traverse dans ce monde en déliquescence, comme s’il s’enfonçait à chaque étape un peu plus dans un pays dont la gouvernance est obsédée par le contrôle d’une société qui lui échappe. Un héros ordinaire, sacrificiel, dont le destin terrible est restitué avec tact, humilité et respect.

L'affiche de "Varsovie 1983 , une affaire d'Etat" de Jan P. Matuszynski (2022). (MEMENTO DISTRIBUTION)

La fiche

Genre : thriller politique, biopic
Réalisateur : Jan P. Matuszynski
Acteurs : Tomasz Zietek, Sandra Korzeniak, Jacek Braciak
Pays : Pologne / République tchèque / France
Durée : 2h39
Sortie : 4 mai 2022
Distributeur : Memento Distribution

Synopsis : Varsovie 1983. Le fils d’une militante proche de Solidarność est battu à mort par la police. Mensonges menaces : le régime totalitaire du général Jaruzelski va tenter par tous les moyens d’empêcher la tenue d’un procès équitable.

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