"The Woman King", l'odyssée puissante mais sans surprise des combattantes du Dahomey

Premier blockbuster porté par des femmes afro-américaines, "The Woman King" offre un voyage dépaysant avec les puissantes guerrières Agojié. Une épopée féministe spectaculaire, écornée par quelques facilités narratives.

Article rédigé par
Margaux Bonfils et Léna Thobie-Gorce - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
L'actrice multiprimée Viola Davis, redoutable générale des Agojié, guerrières de l'actuel Bénin au XIXe siècle. (SONY PICTURES)

Si la sortie de The Woman King crée l'événement, c'est parce qu'il est le premier blockbuster américain à être porté par des femmes afro-américaines, autant à l’écran (avec Viola Davis dans le rôle principal) que derrière la caméra, avec la réalisatrice Gina Prince-Bythewood aux manettes. Le film, qui raconte l’histoire de ces guerrières intrépides du royaume du Dohamey au XIXe siècle, a conquis le public américain signant un très bon démarrage, et doit maintenant faire ses preuves en France.

Présenté comme étant inspiré de faits réels, The Woman King suit la formation de Nawi (Thuso Mbedu), une jeune recrue des Agojié, une unité de soldates redoutables. Elles assurent la protection du roi de Dahomey (John Boyega, Star Wars 7, 8 et 9) et de son royaume situé dans l’actuel Bénin. À la tête de cette unité d’élite, la générale Nanisca (incarnée par l’actrice oscarisée Viola Davis), elle devra faire face aux menaces d’un royaume rival et aux réseaux d’esclavage toujours plus nombreux.

Guerrières sans fard

Dès les premières minutes du film, le spectateur est averti. Les Agojié sont de vraies guerrières qui tuent de leurs propres mains. Leurs ongles acérés comme des rasoirs servent à trancher ou à planter des corps. Voir des femmes d’une telle violence est rare dans les films hollywoodiens de ce genre. Ici, les Amazones ne sont pas lisses, elles sont souvent sales et couvertes de sang. Ces images perturbent nos représentations habituelles, apportant un vent de fraîcheur et renouvellant les canons du genre. Ces femmes, autonomes et fortes, n’ont pas besoin de personnages masculins pour exister ou survivre. La puissante sororité qui les anime ressort dans le quotidien qu’elle partage dans un quartier du palais qui leur est réservé. Le film cultive aussi cette fierté afroféministe à travers leur passé traumatique. Directement lié à des hommes, le viol ou l’abandon d’un père, les blessures qu’elles partagent les unissent à jamais dans cette vie de combattante.  

Avec un budget colossal de 100 millions de dollarsThe Woman King s'est dôté de moyens spectaculaires et tient ses promesses, notamment au niveau de la richesse des décors, de la beauté des costumes et de la qualité des scènes d’action. Le public se retrouve au cœur de batailles musclées filmées par une caméra nerveuse. Les combats sont sanglants sans toutefois atteindre des excès. Les guerrières sont montrées sous un angle brut, transpirantes et sanguinaires lorsqu'elles sont plongées dans le conflit ou, à l'inverse, soudainement dépassées par l’horreur des affrontements.  

Un scénario "déjà-vu"

Malheureusement, le scénario constitue l'un des points faibles de ce blockbuster. L’intrigue est cousue de fil blanc, sur le modèle de trop nombreux films héroïques. L'histoire et la personnalité de certains personnages sont survolées, à l’image de Oba Ade qui devient une caricature du "méchant". Même chose pour Malik, un Portugais, fils d’un homme blanc et d’une mère native de Dahomey, qui se retrouve cantonné à un rôle de playboy romantique. Sa dualité entre ses racines africaines et l’esclavage perpétré par le Portugal mériterait d'être approfondie.

Des personnages plus complexes relèvent toutefois le niveau, comme Nanisca qui se situe à la frontière du bien et du mal. À l’image de la plupart des Agojié, la générale reste profondément meurtrie par son passé et devra faire la paix avec ses démons pour aller de l’avant. On notera aussi la prestation bluffante de Thuso Mbedu dans le rôle de Nawi, que l'on voit se transformer en guerrière tout au long des deux heures de film. Malgré ces bémols, The Woman King reste divertissant et ouvre la voie à de futures productions mettant à l'honneur des femmes puissantes, racisées et héroïques. Encore trop rares dans l'univers du cinéma hollywoodien.

"The Woman King" de Gina Prince-Bythewood en salle depuis le 28 septembre. (SONY PICTURES)

La fiche

Genre : action, drame
Réalisateur : Gina Prince-Bythewood
Pays : États-Unis
Durée : 2h14
Sortie en France : 28 septembre 2022
Distributeur : Sony Pictures

Synopsis : The Woman King retrace l’extraordinaire histoire des Agojié, une unité de guerrières qui protégèrent le royaume de Dahomey au XIXème siècle en Afrique de l’Ouest. Leurs aptitudes et leur fureur n’ont jamais trouvé d’égal. Inspiré de faits réels, The Woman King suit le destin épique de la Générale Nanisca (Viola Davis), qui entraine une nouvelle génération de recrues et les prépare à la bataille contre un ennemi déterminé à détruire leur mode de vie. Il y a des valeurs qui méritent d’être défendues…

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