"Rodeo" : un premier film impétueux et puissant sur l'intégration d'une jeune femme dans une bande de motards accros au cross-bitume

Premier film de Lola Quivoron et coup de cœur du jury de la sélection un Certain Regard à Cannes, "Rodeo" suit l'immersion d'une jeune femme dans un gang de motards adeptes du cross-bitume

Article rédigé par
Camille Bigot - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Julia, dans "Rodeo", de Lola Quivoron.  (Les Films du Losange)

Une porte s'ouvre : des engueulades, une histoire de seuil défoncé et une bécane disparue. Julia, à la tignasse ondulée, jaillit furibonde d’un appartement étriqué donnant sur le couloir d’un immeuble de banlieue. Dès les premières secondes du film Rodeo de Lola Quivoron, présenté au Festival de Cannes dans la sélection Un certain regard et en salle le 7 septembre, le caractère de feu de la jeune femme crève l’écran. Dure à cuire, elle décide d'intégrer une bande de mecs accros au cross-bitume, une pratique souvent associée au "rodéo urbain" ou "sauvage".



Une association qui a d'ailleurs coûté une vive polémique à Lola Quivoron - dont Rodeo est la première réalisation - suite à la projection du film au Festival de Cannes. Dans une interview réalisée par Konbini, l’une des phrases de la cinéaste, coupée et mise en exergue au début du montage, laisse penser que la police serait l’unique responsable d’accidents ayant lieu lors de rodéos. 

Pourtant, à travers l’objectif de sa caméra, jamais les forces de l’ordre n'apparaissent. Et lorsqu'on reproche à la cinéaste de faire l’apologie des "rodéos urbains", elle répond dans les colonnes du Parisien qu’elle n'a filmé les riders que sur de grandes lignes droites en pleine campagne, sans passage piéton, ni voiture. Rien n'a été tourné sur l'asphalte citadin. Le propos du film est définitivement ailleurs. 

Féministe et libre

Une dizaine de minutes après le début du long-métrage, Julia file déjà, les cheveux au vent, sur les routes. Elle vient de voler une bécane en usant d’un stratagème bien à elle. En bande sonore, une musique électro planante donne au spectateur une étrange sensation de puissance. La caïd ose, n’a peur de rien. Pleine d’audace, elle débarque sur une immense route où un ballet de riders, postés sur leur roue arrière, se déploie. 

Les plans s’enchaînent sur les vrombissements quasi assourdissants des bolides. Après avoir trouvé du carburant ça et là, la fougueuse se met en piste elle aussi, entourée par les grands du milieu. Caméra à l’épaule, Lola Quivoron suit chaque figure pour un rendu sous adrénaline, ultra dynamique. Un accident survient. Et voilà Julia devenue la remplaçante de l'un des riders décédés au sein d'une bande de jeunes motards, essentiellement masculins. Elle suscite à la fois attirance et répulsion. Œil énamouré ou regard noir.  

La jeune réalisatrice semble avoir un faible pour les gros plans, voire les très gros plans. Elle filme les visages jusqu’à apercevoir à l’écran les grains de peau. Chaque mimique et frémissement de lèvre est enregistré. Impossible pour les acteurs de mentir face à l’objectif. Tout est juste. Une prouesse pour l'apprentie-comédienne qui interprète le personnage principal, Julie Ledru, dont Rodeo est la toute première expérience au cinéma. C’est à travers Instagram qu'elle a été repérée par Lola Quivoron.

Fureur de vivre 

Férue de moto depuis l’âge de 10 ans, elle s'est elle-même rendue sur de grandes lignes fréquentées par des riders à ses débuts dans le cross-bitume. Elle débarquait en C3, son deux-roues dans le coffre. Les motards étaient estomaqués de voir une fille sur le macadam. Son histoire a inspiré le scénario de Lola Quivoron. À l’origine, la réalisatrice imaginait un homme pour personnage principal. Après sa rencontre avec Julie, elle a changé d’avis et peaufiné le rôle à son image. La colère en plus.

Avec son parler bourru et son irrévérence, le personnage intègre cet univers masculin et tente tant bien que mal d'y faire sa place. Son rêve ? Un braquage géant avec sa clique. Alors qu'on la croit invincible, ses nouvelles relations dévoilent aussi chez Julia une fragilité inattendue et touchante. Un équilibre parfait, qui la rend davantage attachante encore. Foudroyante même. Tout comme la fin du film, violente et terrible, qui laisse le spectateur sonné, complètement rincé par cette fureur de vivre.

L'affiche de "Rodeo" réalisé par Lola Quivoron.  (Les Films du Losange)

La fiche  

Genre : Drame
Réalisatrice : Lola Quivoron
Durée : 1h45
Distributeur : Les Films du Losange
Sortie : 7 septembre 2022

Synopsis : Julia vit de petites combines et voue une passion dévorante, presque animale, à la pratique de la moto. Un jour d’été, elle fait la rencontre d’une bande de motards adeptes du cross-bitume et infiltre ce milieu clandestin, constitué majoritairement de jeunes hommes. Avant qu’un accident ne fragilise sa position au sein de la bande...

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